Revue de presse de l’expérimentation animale, du 24 au 30 octobre 2026

Le ministère avance une baisse sans point de départ, PETA montre des macaques nouveau-nés

Revue de la semaine, du 24 au 30 octobre 2026.

En France, le ministère de la recherche fait état d’une baisse de 23 % des animaux non humains utilisés, sans point de départ ni méthode. Aux États-Unis, l’association PETA publie des vidéos de macaques nouveau-nés séparés de leur mère, et une entreprise veut en élever 30 000. En Inde, le projet de réglementation de l’expérimentation animale est contesté.

Chiffres : le ministère répond à un député par une baisse de 23 %, sans publier sa méthode

En France, le ministère de la recherche répond à un député par une baisse de 23 % des animaux utilisés, sans dire depuis quand ni comment il compare les années.

Dans une question de juin 2025, le député écologiste Charles Fournier relevait 2 046 754 animaux utilisés en 2023, dont près d’un quart pour entretenir des lignées d’animaux génétiquement modifiés (question n° 7649). Le ministère répond, au Journal officiel du mardi 20 octobre, qu’un guide européen de 2022 l’a conduit à « élargir le périmètre des animaux pris en compte », ce qui « masque » une baisse de 23 % des « utilisations directes », à 1 381 683 en 2024. Son enquête statistique de 2024 compte à part les animaux qui servent à entretenir ou à créer ces lignées. Elle indique que les données de 2022 ont été « réanalysées », ce qui fait passer 184 353 utilisations des procédures à l’entretien et à la création de lignées, sans dire comment. Elle attribue aussi la hausse de la seconde catégorie depuis 2022 à des déclarations plus précises. Selon la réponse, enfin, la directive européenne de 2010 « classe les interventions chirurgicales au niveau modéré », quand son annexe VIII range parmi les sévères celles qui risquent une douleur intense ou durable.

Mise en perspective. Le député demandait comment réduire le nombre d’animaux utilisés, et le ministère répond par un changement de comptage. Selon sa propre enquête, des animaux changent de catégorie depuis 2022 et les déclarations se précisent encore. Les chiffres d’avant 2022 ne se comparent donc pas à ceux de 2024, et 2023 reste une année de transition. Rien ne permet de parler de réduction avant les prochaines enquêtes.

Éthique : des vidéos montrent des macaques nouveau-nés séparés de leur mère pour des expériences

Aux États-Unis, des vidéos filmées de 2017 à 2019 montrent des macaques de deux jours retirés à leur mère pour des expériences sur une toxine, à l’université de Washington.

L’université les a remises en septembre à l’association PETA, qui les avait demandées au titre de l’accès aux documents publics, rapporte The Guardian le lundi 26 octobre. On y voit, au centre national de recherche sur les primates de l’université, de petits macaques avec des électrodes sur la tête, pendant des tests de réflexes et de mémoire. Le projet, de 2014 à 2020, étudiait l’acide domoïque, une toxine d’algues marines, et selon le journal, 32 femelles gestantes en ont reçu chaque jour. Leurs 28 petits ont ensuite été nourris au biberon, puis logés seuls dès trois semaines. Les instituts nationaux de santé étatsuniens (NIH) ont financé le projet pour plus de 4,2 millions de dollars, et les singes ont été tués à la fin, selon PETA. L’université présente les études sur des animaux comme nécessaires à certaines questions complexes, et le centre dit ne mener aucune étude sur des petits aujourd’hui, mais conserver des protocoles actifs pour en mener. PETA demande la fermeture des sept centres nationaux de primates du pays.

Mobilisations : en Inde, Maneka Gandhi demande de réécrire le projet de réglementation avant la fin de la consultation

En Inde, les opposants au projet de réglementation de l’expérimentation animale demandent de le réécrire, avant la fin de la consultation publique, le jeudi 5 novembre.

Selon The Tribune, le projet confierait aux comités d’éthique des établissements l’autorisation des expériences « légères » et « modérées ». Aujourd’hui, selon l’ancienne ministre indienne Maneka Gandhi, militante de la cause animale, celles qui portent sur des animaux plus grands qu’un rat passent devant le comité national. Le projet laisserait aussi chaque établissement classer lui-même ses expériences, selon elle. Dans un entretien au Hindustan Times publié le lundi 26 octobre, elle juge le texte impossible à corriger et demande qu’il soit réécrit avec des scientifiques indépendants. Selon elle, priver un rat de nourriture pendant un jour, ou isoler en cage un animal qui vit en groupe, y serait une expérience légère. De son côté, le gouvernement dit vouloir simplifier les autorisations, et le projet inscrit aussi les « 3R », le remplacement, la réduction et le raffinement des expériences. À Chandigarh, des bénévoles de l’association Peedus People ont tenu des pancartes contre un texte qui, selon eux, exposerait les chiens et les chats des rues aux expériences, rapporte The Tribune le dimanche 25 octobre.

Mise en perspective. Le projet inscrit les « 3R » dans la réglementation. Mais il laisse les comités des établissements autoriser les expériences légères et modérées, qui passent aujourd’hui devant le comité national pour les animaux plus grands qu’un rat : c’est un recul du contrôle de l’expérimentation animale.

Élevages : une entreprise veut élever 30 000 macaques aux États-Unis pour tester des médicaments

Aux États-Unis, l’entreprise Safer Human Medicine veut élever environ 30 000 macaques pour tester la sécurité de médicaments.

Selon le magazine CEOWORLD du mercredi 28 octobre, elle a levé 28 millions de dollars, dont 20 millions du fonds 8VC de Joe Lonsdale, cofondateur de l’entreprise d’analyse de données Palantir. Le magazine ne date pas cette levée, et ne précise pas si les 30 000 macaques désignent la taille de l’élevage ou les singes produits chaque année. L’entreprise est dirigée par Jim Harkness, ancien directeur des opérations d’Envigo, éleveur d’animaux pour les laboratoires, qui compare les primates aux terres rares, selon le magazine. Son élevage prévu à Bainbridge, en Géorgie, n’a pas avancé : selon CEOWORLD, le comté a renoncé en février 2024 à l’accord signé avec elle, et des procédures sont en cours après une opposition locale à laquelle PETA a pris part. Elle n’exploite donc qu’un site, acquis en 2025 à LaBelle, en Floride, pour détenir des singes en quarantaine. Le magazine rappelle que l’agence étatsunienne du médicament (FDA) a annoncé en avril 2025 un plan pour réduire les tests sur des animaux, en commençant par les anticorps monoclonaux, des médicaments très testés sur des primates.

Mise en perspective. En comparant les singes à des terres rares, le patron de Safer Human Medicine parle d’eux comme d’une matière première stratégique. Le magazine ne dit rien de la vie de ces macaques, ni de ce que leur feraient les tests de sécurité.

Méthodes non animales : selon une étude, des relecteurs de revues demandent d’ajouter des expériences sur des animaux

Des relecteurs de revues scientifiques demandent à des chercheurs qui travaillent avec des méthodes non animales d’ajouter des expériences sur des animaux, selon une étude venue d’une association de médecins opposée à l’expérimentation animale.

Cette association étatsunienne, le Physicians Committee for Responsible Medicine (PCRM), présente l’étude le mercredi 28 octobre (page du PCRM), parue dans la revue Research Evaluation. Sur 189 chercheurs interrogés, environ la moitié disent qu’un relecteur leur a demandé d’ajouter des expériences sur des animaux. La plupart ont refusé, au prix de rejets, de revues moins cotées ou de retards, et environ un cinquième disent avoir mené des expériences sur des animaux qu’ils jugeaient inutiles, pour devancer ces demandes. Il s’agit toutefois de réponses déclarées, et le PCRM ne dit pas comment les chercheurs ont été choisis. L’équipe a aussi comparé plus de 1,1 million d’articles parus de 2009 à 2023 : les études qui utilisent des animaux y sont plus souvent publiées, et dans des revues mieux cotées, sans que le PCRM donne de chiffre. Deux revues, qu’il ne nomme pas, ont changé leurs règles pour les relecteurs.

En bref

  • Écosse. 1 142 363 procédures ont été menées sur des animaux en Écosse de 2021 à 2025, dont 358 864 en 2025, selon le rapport Animal Testing in Scotland: Situation Report 2026 de l’association OneKind (The Ferret, 25 octobre).
  • Pays-Bas. Wageningen University & Research a utilisé 35 876 animaux en 2025, 41 % de moins, surtout parce qu’elle a moins utilisé de poissons sauvages, selon son communiqué repris par Mirage News, sans année de comparaison.
  • Pittsburgh. Les NIH financent trois projets sur 113 chats à l’université de Pittsburgh, 4,59 millions de dollars en tout, selon l’association White Coat Waste Project, qui milite contre le financement public de ces expériences. Selon elle, leur moelle épinière est sectionnée, et ils sont tués à la fin.
  • Histoire. Dans The Conversation, Émilie Dardenne, professeure à l’université Rennes 2, retrace le double combat de Frances Power Cobbe (1822-1904), contre les violences faites aux épouses et contre la vivisection.