Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

La dermatite atopique (DA) est l’inflammation cutanée chronique la plus courante. Les traitements actuels, comme les glucocorticoïdes topiques, ont des effets secondaires et perdent en efficacité avec le temps. De nouvelles thérapies soulageant les symptômes et ciblant les mécanismes de la DA avec moins d’effets indésirables sont requises. Nous avons identifié une cible thérapeutique dont le blocage permet de réduire l’inflammation cutanée dans différents modèles. Nos collaborateurs ont mis au point un inhibiteur de cette cible, qui peut être appliquée sur la peau directement. Son efficacité est toutefois limitée par sa dégradation rapide et son passage limité de la barrière cutanée. Nous avons créé et sélectionné 4 dérivés de cet inhibiteur, plus stables et très efficaces in vitro, et que nous souhaitonsà présent comparer in vivo pour identifier le plus efficace pour limiter l’inflammation cutanée dans des modèles de DA. Nous souhaitons également identifier les mécanismes qui expliquent l’efficacité de ces composés et les bénéfices possibles de leur utilisation conjointe avec une application cutanée de corticoïdes.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Ce projet vise répond à un manque important de traitements locaux efficaces pour la DA. Il pourrait permettre de développer un nouveau traitement appliqué directement sur la peau, agissant sur une cible précise, avec des bénéfices attendus à moyen terme (d’ici 5 à 10 ans). Ce nouveau traitement pourrait aussi être utilisé en complément des crèmes à base de corticoïdes déjà existantes. Cette association pourrait renforcer l’effet anti-inflammatoire tout en permettant de réduire les doses de corticoïdes, et donc leurs effets indésirables et le recours à des traitements généraux plus lourds, souvent coûteux et associés à davantage d’effets secondaires. Notre approche repose sur des résultats scientifiques antérieurs montrant que notre cible joue un rôle dans l’inflammation de la peau et même si l’efficacité de notre stratégie de blocage n’est pas encore prouvée avec certitude, les données disponibles sont suffisamment encourageantes pour justifier des études précliniques.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Nous effectuerons des applications cutanées de composés visant à induire la dermatite atopique (DA), puis des composés inhibiteurs à tester ainsi que de composés contrôles ou de leurs véhicules. Ces applications, qui prennent une à deux minutes seront quotidiennes pendant 12 jours ou réalisées certains jours (J0,1,5, 6,7,8,9) sur une période de 10 jours. Nous effectuerons des mesures quotidiennes de l’épaisseur des oreilles pendant la phase de suivi, et, dans certains protocoles, un prélèvement de sang sur animaux vigiles deux heures après la dernière application du traitement. Ce prélèvement implique une immunobilisation de l’animal pendant 20 à 40 secondes, pour un prélèvement qui dure de 10 à 30 secondes.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Les nuisances pour ces animaux seront légères à modérées. En effet, l’application de MC903 et de DNFB engendre une inflammation avec un gonflement plus ou moins important de l’oreille et des démangeaisons qui seront notamment très présentes dans les groupes traités avec le véhicule : nuisance légère (groupes contrôles sans DA ou avec DA traitée de façon optimale) à modérée (groupes DA). Un prélèvement de sang sera réalisé au niveau sous-mandibulaire sur animal vigile par un expérimentateur aguerri : nuisance légère. La manipulation des animaux et la prise de mesure d’épaisseur de l’oreille quotidienne peut engendrer une nuisance légère . Pour limiter autant que possible l’éventuelle douleur à l’application des composés et le stress chez les animaux, l’administration des différents composés sera réalisée sous anesthésie gazeuse et nous serons très vigilants pour limiter tout désagrément additionnel pour les souris. Le prélèvement de sang sera réalisé sur animal vigile par une expérimentateur aguerri.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Suite à la dernière mesure d’épaisseur des oreilles, les souris seront euthanasiées pour analyse post mortem de la peau et des organes lymphoïdes (ganglions drainant la peau, rate, moelle).

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

3R / Remplacement :

Dans l’état actuel des connaissances, reproduire in vitro les mécanismes immunologiques complexes et intégrés responsables de la dermatite atopique et de l’hypersensibilité retardée et explorer les bénéfices potentiels de traitements ciblés sur cette pathologie n’est pas possible. Dans le cadre de ce projet, nous avons déjà réalisé de nombreux travaux in vitro pour pré-sélectionner les composés à tester et limiter leur nombre. A présent, nous disposons de quatre composés ayant un effet in vitro et avons pour objectif de sélectionner le meilleur d’entre eux puis de caractériser les mécanismes responsables de son efficacité, le cas échéant. Le recours à l’expérimentation animale est donc nécessaire, en complément des autres approches déjà menées in vitro et in silico.

2. Réduction

3R / Réduction :

Afin de réduire le nombre d’animaux nécessaires pour ce projet, nous avons sélectionné les 4 composés à tester sur la base d’expériences réalisées in vitro et ex vivo sur des cellules primaires humaines. Le nombre d’animaux dans chaque groupe a été défini sur la base de travaux précédents, de sorte à assurer autant que possible l’identification de différences statistiques le cas échéant. Pour nous aider, nous avons utilisé des calculs de puissance. Nous avons de plus prévu des plans d’expériences qui permettront d’arrêter certains groupes rapidement si un composé ne fonctionnait pas, par exemple.

3. Raffinement

3R / Raffinement :

Dans le cadre de l’application des différents composés, nous limiterons le temps de contention et manipulerons les souris avec précaution pour réduire le stress, ce qui améliorera la reproductibilité des résultats. Ces applications seront réalisées sous anesthésie gazeuse, au niveau des oreilles Chaque protocole sera réalisé par les mêmes expérimentateurs, avec un expérimentateur qui appliquera les composés et prendra les mesures, et un second qui identifiera les souris et prendra les notes (mesures et toute observation utile pour chaque souris). La prise de mesure avec le micromètre étant très dépendante d’opérateur, nous privilégierons la prise de mesure par un même expérimentateur pour accroitre la robustesse de nos données. La surveillance quotidienne des animaux visera à vérifier des paramètres généraux révélateurs de l’état dénéral des souris (comportement, posture, allure de la fourrure, blessures éventuelles) au-delà des paramètres liés à l’expérience (léchage, grattage, oreille gonflée ou rouge). Une grille de scores combinés incluant des critères locaux et généraux sera utilisée pour grader l’éventuelle altération de l’état des animaux. Toute altération de l’état général d’une souris conduira à un suivi plus poussé avec pesées quotidiennes. Si le point limite, défini sur la base d’un score combinant les atteintes locales et l’état général, était atteint, la souris sera euthanasiée.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Les mécanismes cellulaires impliqués dans la DA et l’hypersensibilité retardée ne peuvent pas être complètement reproduits in vitro à l’heure actuelle. Les modèles de DA et d’hypersensibilité chez la souris présentent des similitudes importantes avec la physiopathologie de ces atteintes chez l’homme, et le récepteur cible des inhibiteurs testés est très conservé entre homme et souris. Ceci soutient la pertinence de la réalisation de nos expériences chez la souris. Les souris utilisées seront de jeunes adultes, dont le système immunitaire est pleinement mature. Elle seront issues du commerce ou de nos élevages, et agées de 6 à 14 semaines lors de leur entrée en protocole, pour nous permettre de constituer des groupes de souris d’effectif suffisant sans amplifier de façon excessive nos élevages.