Peut-on se passer de l’expérimentation animale ? La question parait évidente aujourd’hui, alors qu’elle suppose déjà d’avoir résolu toute une partie de la controverse qui s’étale depuis l’Antiquité. À oublier l’histoire du débat, on s’enlise dans des questions faciles et stériles. Avec cette série de vidéos, l’Observatoire de l’Expérimentation Animale veut redonner du sens au débat pour le sortir du statu quo et avancer.
Pour la quatrième vidéo de la série sur l’histoire du débat autour de la vivisection, l’Observatoire de l’Expérimentation Animale parle des début de la méthode expérimentale, des premières sociétés de protection des animaux et des tensions naissantes entre la France et l’Angleterre concernant la vivisection.
Chapitres
- 00:00 Introduction et générique
- 1:17 Refuser la vivisection #4
- 01:32 La naissance de la méthode expérimentale
- 06:20 Controverses et débats au milieu du 19e siècle
- 08:55 Punir les abus de la vivisection
- 13:02 Prestige scientifique et nationalisme
- 15:26 L’introduction de l’anesthésie
- 17:56 Conclusion
- 18:46 Crédits
Transcription
Ci-dessous le texte de la vidéo, chapitre par chapitre.
Introduction (00:00)
Peut-on se passer de l’expérimentation animale ?
De l’Antiquité à la Renaissance, cette question, qui envahit les médias de nos jours, n’est jamais vraiment posée. La vivisection est une pratique qui ne ressent pas le besoin de justifier son existence. On trouve pourtant déjà la plupart des arguments qui composent actuellement le débat : discussions sur la nature des connaissances obtenues de cette manière, croyances religieuses sur la réincarnation ou la supériorité humaine, réflexions éthiques diverses et variées, personnalité des vivisecteurs, et même plus simplement goût ou dégoût pur et simple.
Mais c’est bien le 19e siècle qui marque le plus grand tournant dans l’histoire de l’expérimentation animale et du débat qui l’entoure. Développement de la méthode expérimentale, lutte des classes, féminisme et autres réflexions révolutionnaires sur les droits humains, groupes d’opposition directe, débats sur le bien-fondé de la science et premiers écrits explicitement animalistes : l’Observatoire de l’Expérimentation Animale poursuit cette série de vidéos pour explorer l’évolution de la controverse et aider le débat actuel à sortir de son immobilisme… et du statu quo.
Avec le 19e siècle qui arrive, des règles de l’expérimentation animale scientifique apparaissent, notamment dans le Discours sur l’étude de la physiologie de Xavier Bichat.
La naissance de la méthode expérimentale (01:32)
L’idée, c’est de comparer les animaux expérimentés avec un groupe contrôle, de cadrer l’environnement pour réduire les biais, de répéter les expériences pour vérifier que les résultats ne sont pas dus au hasard, et de vérifier l’état de santé de l’animal au fil de l’expérience afin d’éviter qu’une maladie ou un stress imprévu influencent les observations. À la même époque, François Magendie, qui va devenir célèbre, il fait partie d’un groupe de chercheurs français qui se désignent comme des « physiologistes ». Le but de ces « physiologistes », c’est de découvrir le fonctionnement des organismes et des êtres vivants. Et au cœur de leur méthodologie, il y a… la vivisection, et l’expérimentation systématique et répétée.
En France, le groupe de Magendie, il est acclamé par les milieux scientifiques. En Angleterre, par contre, les gens trouvent ça affreux. D’ailleurs, un visiteur anglais dénonce en 1817 la « manie des vivisections » de Magendie et de ses comparses.
Alors, la vivisection, ça existe, pourtant, en Grande-Bretagne. Mais les sensibilités sont différentes, notamment parce qu’entre 1800 et 1809, il y a déjà eu trois tentatives de faire passer des lois de protection des animaux. Elles n’ont pas réussi, et elles ne concernaient pas forcément la vivisection, mais elles existent et elles interagissent avec l’opinion publique. Et elles vont réussir en 1822, et ce sera une première mondiale.
À cette époque, il y a un anatomiste anglais, qui s’appelle Charles Bell et qui fait des vivisections pour étudier la fonction des nerfs spinaux. Mais lui, il ne pousse pas ses observations aussi loin que le groupe de Magendie. En fait, il a commencé ses recherches dix ans avant Magendie, mais il s’inquiète des souffrances qu’il inflige aux animaux et, du coup, il choisit d’arrêter la vivisection sur des animaux conscients. Pas dans le sens des animaux qui ont une conscience, mais lui, il préfère, par exemple, frapper le crâne d’un lapin pour l’étourdir, pour le rendre inconscient, avant de le disséquer. Et en 1822, il explique justement dans une lettre qu’il n’arrive pas à réaliser les expériences qu’il lui faudrait pour compléter ses recherches, parce que… « je ne peux pas me convaincre que je suis autorisé par la nature ou la religion à m’adonner à ces cruautés ».
Deux ans plus tard, Lewis Gompertz, qui est un inventeur anglais végane avant l’heure et hostile à toute souffrance infligée à des animaux, il fonde la Société pour la Prévention de la Cruauté envers les Animaux et il publie ses Enquêtes morales sur la situation de l’homme et des brutes. Là-dedans, il dit que les mêmes principes moraux devraient s’appliquer équitablement aux personnes humaines et aux autres animaux. Sa Société, elle va très bien marcher, d’autant que quinze ans plus tard, elle va avoir le soutien de la Reine Victoria, et ça va devenir la Société Royale pour la Prévention de la Cruauté envers les Animaux (la RSPCA, qui existe encore aujourd’hui).
Bref, en Angleterre, le contexte n’est pas vraiment favorable à la vivisection décomplexée comme celle de Magendie. Mais tout de même, en 1830, il y a un médecin anglais, Marshall Hall, qui est inspiré par Magendie, et qui monte chez lui un laboratoire pour étudier le système nerveux et la circulation du sang, par le biais de vivisections, donc. Mais contrairement aux Français, Hall, il est conscient des critiques antivivisectionnistes et du coup, il recommande de faire réglementer la vivisection par une « société pour la recherche physiologique », une société privée, du coup, plutôt qu’une réglementation publique, qui serait plus entravante. Et donc, en 1835, dans ses Principes de recherche en physiologie, il propose cinq règles pour encadrer la vivisection :
- Les expériences doivent être absolument nécessaires, et toutes les alternatives doivent être explorées.
- Les expériences doivent avoir des objectifs clairs et atteignables.
- Les expérimentateurs doivent éviter les répétitions non nécessaires et doivent donc s’informer des expériences existantes.
- Les souffrances infligées doivent être aussi minimales que possible.
- Les expérimentateurs doivent s’entourer de témoins pour certifier leurs résultats et réduire le besoin de répétition.
Donc on est en 1835, et on a déjà quelqu’un qui nous liste des principes qui seront vantés, au 21e siècle, comme des principes extrêmement stricts qui empêchent tout abus. Et c’est intéressant de noter que ce sont des principes qui ne naissent pas vraiment d’un intérêt pour les animaux, mais plutôt d’une volonté de calmer l’opinion publique et d’éviter une réglementation plus contraignante.
La « société » de physiologistes de Hall ne sera pas créée avant cinquante ans, et n’arrivera finalement qu’en réaction à la réglementation nationale de la vivisection. Entre-temps, Hall, il va continuer ses vivisections, et être critiqué par les opposants dans les années 1830 et 1840.
Controverses et débats au milieu du 19e siècle (06:20)
De l’autre côté de la Manche, en 1839, il y a enfin un premier débat au sein de l’Académie de médecine. Avec des discussions qui portent principalement sur les motivations des vivisecteurs. D’une part, c’est pour clarifier la différence entre les objectifs thérapeutiques des médecins et ce qu’on appellerait aujourd’hui la recherche fondamentale (donc une recherche dont les objectifs ne semblent pas, au premier abord, être autre chose que la pure curiosité scientifique). Et d’autre part, il y a des gens qui disent que les vivisecteurs ont des motivations carriéristes et professionnelles, et que leurs travaux servent principalement à alimenter « l’ambition, la rivalité entre écoles, la production de données utiles uniquement en interne, pour la science et non pour la société ». Et le débat ne mène nulle part pour l’instant.
L’année suivante, en 1840 donc, il y a le premier laboratoire du monde qui est créé au Collège de France pour François Magendie, non seulement pour avoir du matériel adapté, mais aussi pour isoler les vivisecteurs du regard du public. Parce qu’avant, les expériences, elles se faisaient directement chez le vivisecteur.
Claude Bernard, par exemple, qui va devenir encore plus célèbre que Magendie, dont il est le disciple, et bien Claude Bernard, il racontera vingt-cinq ans plus tard que, dans les années 1840, il était bien embêté par le regard du public :
Il y a vingt-cinq ans, lorsque j’entrai dans la carrière de la physiologie expérimentale, je me trouvai dans des circonstances où j’eus moi-même, comme d’autres, à subir toutes les entraves qui étaient réservées aux expérimentateurs. […] Dès qu’un physiologiste expérimentateur était découvert, il était dénoncé, voué à l’abomination des voisins et livré aux poursuites des commissaires de police. Au début de mes études expérimentales, j’ai éprouvé bien des fois des ennuis de cette nature ; […]. […] mais je dois dire qu’il m’arriva cependant, par le fait du hasard, d’être protégé précisément par un commissaire de police.
Cette histoire du commissaire de police, c’est qu’en 1844, pour ses expériences sur les sucs gastriques, Bernard, il achète des chiens à des revendeurs (donc en gros des gens qui vendent des chiens errants qu’ils ont ramassé dans la rue). Sauf que là, le chien qui lui est vendu, il appartient en fait à un commissaire de police, qui va le retrouver chez Claude Bernard. Du coup, Bernard, il soigne le chien (après avoir montré que sa santé n’a pourtant « pas souffert le moins du monde », d’après lui), et puis il se lie d’amitié avec le commissaire. Et donc, par la suite, quand le public ou les autorités vont vouloir lui chercher des ennuis, il va pouvoir appeler son ami le commissaire de police.
Punir les abus de la vivisection (08:55)
Le 2 décembre 1845, la Société Protectrice des Animaux (la SPA, donc) est créée à Paris, vingt ans après son équivalent anglais dont on a parlé tout à l’heure. En France, la SPA, son but, c’est de combattre « les abus de la force contre les utiles auxiliaires de l’homme civilisé », donc en somme, la maltraitance abusive des animaux domestiques.
Et cinq ans plus tard, en 1850, on a la première loi française de protection animale. C’est la loi Grammont, et elle prévoit une amende pour les personnes « qui auront exercé publiquement et abusivement de mauvais traitement envers les animaux domestiques ». Cette loi, elle est soutenue par la SPA. Et ce n’est pas un hasard de date. Parce qu’en 1848, il y a eu une révolution, qui a amené la Deuxième République, et là, même la SPA, elle trouve un intérêt à « combattre les ardeurs révolutionnaires socialistes par l’intermédiaire de la protection animale ».
Du coup, l’intérêt, c’est de punir ce qui est public, et ce qui est fait par le peuple (d’où l’amende, qui ne risque pas trop d’inquiéter les riches). Sauf que, punir ce qui est public, ça veut simplement dire que la maltraitance va se faire en privé. Et rétrospectivement, publiquement, ça ne laisse apparaitre que des relations plus ou moins gentilles envers les animaux, et ça peut faire croire que les choses ont été résolues.
Mais de toute façon, pour revenir à notre sujet, la loi Grammont, elle ne s’applique pas à la vivisection, même quand la vivisection est faite en public. En même temps, c’est compliqué pour la SPA, à l’époque, parce qu’elle a beaucoup de membres qui sont des vivisecteurs. Et ils ne sont pas là par hypocrisie, c’est probablement sincère, simplement ils ne mettent pas dans la même case leurs animaux de compagnie, et puis les animaux qu’ils découpent ou qu’ils empoisonnent. Du coup, la SPA n’arrive pas vraiment à se positionner sur le sujet, et quand elle esquisse quelques mots, c’est plutôt sur les abus que sur la vivisection en tant que telle.
Ça fait qu’en 1857, la SPA française, elle n’a toujours pas formulé quoi que ce soit à ce sujet, et la RSPCA (la SPA anglaise donc) la met « en demeure » de le faire. Là, il faut quatre ans pour que la SPA française produise un rapport de huit pages. Et c’est un rapport qui esquive complètement la question en disant que la SPA n’a pas les compétences pour aborder le sujet, mais en disant quand même que la vivisection c’est utile et il faut pas la confondre avec des violences « gratuites ». La RSPCA anglaise, forcément, elle est déçue, et elle écrit à Napoléon III, qui est devenu empereur après avoir été président.
En 1863, donc deux ans plus tard, l’Académie de médecine est priée de répondre aux critiques de la RSPCA, et elle lance de nouveaux débats. Sauf que… la commission qui gère les débats est composée principalement de vivisecteurs membres de la SPA (dont certains qui y adhèrent pour l’occasion).
Et à la première séance de débats, il y a l’idée d’interdire les démonstrations publiques et les exercices vétérinaires de vivisection, et la commission reconnait qu’il peut y avoir des « abus ». Bref, le discours ne change pas trop, mais ça crée une tension entre les vivisecteurs physiologistes et les vétérinaires qui pratiquent aussi la vivisection. D’un côté, les physiologistes ils disent que les opérations vétérinaires sont inutiles et cruelles, qu’ils n’apportent aucune compétence spécifique aux vétérinaires français par rapport aux autres pays. Et en face, les vétérinaires, ils se défendent en disant que justement, les vétérinaires étrangers viennent se former en France. Et puis ils nient les accusations selon lesquelles ils ne nourrissent pas les chevaux destinés aux vivisections (alors que ça a l’air quand même bien sourcé). Et ils en profitent pour renvoyer la balle aux vivisecteurs, en dénonçant des expériences répétées inutilement, et des méthodologies ou des interprétations abusives. Fin de la première séance.
Et à la deuxième séance, on ne parle plus des abus. Les membres de la commission, ils sont pressés, et ils adoptent le compte-rendu à l’unanimité, alors qu’il n’est même pas encore écrit, mais l’idée, c’est que les plaintes de la RSPCA sont infondées, il y a pas de quoi s’inquiéter. Évidemment, ça va pas satisfaire le public, et les débats vont continuer au sein de la SPA pendant un moment.
Prestige scientifique et nationalisme (13:02)
Il y a autre chose qui continue, du coup, c’est l’animosité entre les physiologistes et les vétérinaires. Mais là, les physiologistes, ils sont carrément gagnants. Parce que les vétérinaires, ils sont facilement associés à l’agriculture, à leurs patients qui ne sont pas des humains et à leur activité manuelle. C’est pas vraiment glorieux, aux yeux des gens. Alors que les physiologistes, ils profitent du prestige de la science, de la médecine et puis, aussi, de la « gloire scientifique vivante » qui s’appelle Claude Bernard.
Lui, à ce moment-là, il a posé les bases de la méthode expérimentale, qui va avoir un gros impact, positif, en recherche, et donc c’est un atout scientifique. Et le nationalisme, c’est toujours bien opportuniste. Donc, pourquoi se priver de glorifier encore plus Claude Bernard, et de rejeter toutes les critiques de son travail. C’est le représentant de la France, de la nation.
Donc quand Louis Figuier, un autre chercheur, vient présenter des expériences qui le font aboutir à des conclusions différentes de celles de Bernard, il y a un peu de crispation nationale. Bernard, il disait que le foie est responsable de la production du sucre et de sa distribution dans le sang. Figuier, il n’était pas d’accord, il avait d’autres explications. Et l’Académie des sciences, pour trancher, elle réunit une commission qui est composée exclusivement des amis de Claude Bernard, pour reproduire ses expériences, et entériner la vision bernardienne.
Bon, Bernard, il avait effectivement raison sur la fonction glycogénique du foie. Mais la réaction de l’Académie des sciences face à la possibilité qu’il ait eu tort, ça montre que les enjeux politiques étaient plus importants que les enjeux scientifiques.
Et il y a eu un épisode un peu similaire du point de vue des animaux, quelques années plus tard aux États-Unis. Thomas Edison, il veut fournir l’électricité à l’échelle d’une ville. Et il veut le faire avec du courant continu, qui est pourtant plus coûteux que le courant alternatif, d’ailleurs aujourd’hui, on utilise le courant alternatif dans les maisons. Mais lui en 1888, ça lui suffit pas de critiquer le courant alternatif dans les médias, il veut prouver que c’est nul. Donc il va financer des tests d’électrocution, d’abord en privé, puis en public, pour prouver que le courant alternatif est plus dangereux que le courant continu. Et ceux qui vont en payer le prix, comme dans l’histoire de Figuier contre Bernard, ce sont des animaux non humains. En l’occurrence, quarante-quatre chiens, six veaux et deux chevaux.
L’introduction de l’anesthésie (15:26)
Tout ça, aux yeux du public, ça reste tout de même assez cruel. D’autant que, alors que les physiologistes vivisecteurs, ils sont plutôt liés à la profession médicale, avant les années 1870, les applications thérapeutiques de la vivisection, elles sont très loin d’être évidentes. Et en plus, l’anesthésie a tout juste été inventée dans les années 1840, et elle met du temps à s’imposer. En attendant, il y a quelques produits calmants, mais qui sont plutôt là pour éviter que les animaux bougent et fassent rater l’expérience.
Mais voilà, dans les années 1860, l’anesthésie arrive dans les laboratoires de vivisection, et les vivisecteurs ne ratent pas le coche. Ils font les expériences avec anesthésie et des expériences à propos de l’anesthésie. Quand ils sont médecins en même temps, ils vont l’utiliser avec les malades. Et puis, quand ils vont avoir besoin de défendre la vivisection, ça va leur faire un argument bien pratique.
D’ailleurs, en 2009, deux ardents défenseurs de l’expérimentation animale ont écrit que dès 1872, le mouvement antivivisection avait faibli et le public faisait à nouveau confiance aux vivisecteurs, grâce à l’arrivée de l’anesthésie et aux découvertes sur les virus et les bactéries. Avec en plus les premières lois contre la cruauté envers les animaux, d’après eux, le mouvement antivivisection aurait à peu près disparu jusque dans les années 1960.
Sauf que, pas du tout. En réalité, même dans le Manuel pour le laboratoire de physiologie, qui est publié en 1873 spécifiquement pour les vivisecteurs, il n’y a pas de chapitre, ni même de recommandation claire, concernant l’anesthésie.
Et puis l’introduction de l’anesthésie, ça a aussi motivé les vivisecteurs à réaliser des expérimentations invasives, des choses que même eux auraient jugées trop cruelles avant. C’est pour ça que George Hoggan, un médecin antivivisectionniste, il écrit en 1875 qu’il pense que l’anesthésie, c’est « le pire des fléaux pour les animaux viviséquables ».
Et concrètement, l’anesthésie, elle est effectivement vite instrumentalisée pour faire croire au public que les animaux ne souffrent pas dans les laboratoires. Par exemple, Moritz Schiff, un médecin vivisecteur, en 1877, pendant une réunion de la SPA de Genève, il dit tranquillement que l’anesthésie « a pu ôter à l’expérience tout caractère de cruauté, qui autrefois était propre aux expériences de ce genre ». Et voilà donc le pire fléau pour les animaux viviséquables : l’idée que parce qu’ils sont anesthésiés, il n’y a plus aucun problème à les utiliser. Et pourtant…
Conclusion (17:56)
Certes, les découvertes médicales du tournant du siècle font que les opposants peuvent plus difficilement affirmer l’inutilité de l’expérimentation animale pour l’espèce humaine. Pourtant, les années 1870 marquent l’arrivée des associations antivivisectionnistes en Angleterre, avant leur développement en France dans les années 1880.
Et alors que tous les débats sur l’utilité ou l’éthique de la vivisection étaient déjà récurrents depuis le milieu du 17e siècle, l’idée que l’expérimentation animale serait « indispensable » va naitre à la fin du 19e siècle, face à ces mouvements associatifs d’opposition.
Les sources pour cet épisode
Bichat, Xavier (1798). Discours sur l’étude de la physiologie.
Guerrini, Anita (2022). Experimenting with Humans and Animals – From Aristotle to CRISPR (second edition), Baltimore, Johns Hopkins University Press.
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Newton, David E. (2013). The animal experimentation debate: a reference handbook, Santa Barbara, ABC CLIO.
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Bernard, Claude (1867). Rapport sur les progrès et la marche de la physiologie générale en France, Paris, Imprimerie Impériale / Hachette. [https://play.google.com/books/reader?id=Wv1LAAAAcAAJ&hl=fr&pg=GBS.PP3]
Espinosa, Romain (2021). Comment sauver les animaux ?, Paris, PUF.
Bory, Jean-Yves (2018). « La lutte de représentations dans la polémique sur la vivisection au 19e siècle en France », in Animalhumanité, Champs sur Marne, LISAA, p. 175‑192.
Kean, Sam (2021). « The Cruel Animal Testing Behind Thomas Edison’s Quest to Show the Dangers of Alternating Current ». Discover. [https://www.discovermagazine.com/technology/the-cruel-animal-testing-behind-thomas-edisons-quest-to-show-dangers-of-ac]
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Pound, Pandora (2023). Rat Trap – The capture of medicine by animal research, and how to break free, Leicestershire, Troubadour Publishing.
Hoggan, George (1875). « Anaesthetics and the Lower Animals ». Spectator, p. 690.
Société genevoise de protection des animaux (1877). L’Ami des Animaux, 5(2).