Glossaire de l’expérimentation animale

Les mots de l’expérimentation animale, définis par l’OXA : les degrés de gravité et les types de recherche des statistiques et des résumés non techniques, les pratiques de laboratoire et le devenir des animaux, les acteurs qui encadrent l’expérimentation animale, la pratiquent ou la contestent, et les notions qui permettent d’en discuter. Les définitions réglementaires citent les textes. Sur le site, un terme souligné en pointillés renvoie à sa définition.

Degrés de gravité

Gravité

Le « degré de gravité » d’une procédure représente le niveau de souffrance des animaux (après analgésie et anesthésie éventuelles, et sans compter les souffrances liées à la captivité), attendu lors de l’élaboration du projet ou constaté et déclaré dans les statistiques annuelles. La réglementation française et européenne définit quatre degrés de gravité : léger, modéré, sévère et sans réveil.

Léger

Le degré « léger » de gravité correspond d’après la réglementation aux procédures « en raison desquelles les animaux sont susceptibles d’éprouver une douleur, une souffrance ou une angoisse légère de courte durée ainsi que celles sans incidence significative sur le bien-être ou l’état général des animaux ».

Modéré

Le degré « modéré » de gravité correspond d’après la réglementation aux procédures « en raison desquelles les animaux sont susceptibles d’éprouver une douleur, une souffrance ou une angoisse modérée de courte durée ou une douleur, une souffrance ou une angoisse légère de longue durée ainsi que celles susceptibles d’avoir une incidence modérée sur le bien-être ou l’état général des animaux ».

Sans réveil

Le degré « sans réveil » de gravité correspond d’après la réglementation aux procédures « menées intégralement sous anesthésie générale, au terme desquelles l’animal ne reprend pas conscience » avant d’être tué.

Sévère

Le degré « sévère » de gravité correspond d’après la réglementation aux procédures « en raison desquelles les animaux sont susceptibles d’éprouver une douleur, une souffrance ou une angoisse intense ou une douleur, une souffrance ou une angoisse modérée de longue durée ainsi que celles susceptibles d’avoir une incidence grave sur le bien-être ou l’état général des animaux ».

Types de recherche

Animaux génétiquement modifiés

L’élevage d’animaux génétiquement modifiés pour répondre à des demandes ou à des problématiques spécifiques s’est largement développé depuis les années 1980 et génère chaque année un « surplus » d’animaux qui ne correspondent pas aux attentes et seront donc généralement tués sans être utilisés. La modification génétique peut être neutre du point de vue de l’animal, ou bien générer un « phénotype dommageable », c’est-à-dire provoquer des souffrances.

Conservation des espèces

Les projets classés dans les catégories « conservation des espèces » et « protection de l’environnement » sont variés. Leurs objectifs vont de l’optimisation de l’élevage d’animaux destinés à être tués et mangés à l’étude d’animaux d’espèces plus ou moins menacées, pour comprendre le fonctionnement de leur écosystème et leur adaptation aux changements d’environnement, en passant par l’étude de l’impact des polluants et des activités humaines sur les animaux, et par l’étude de méthodes de mise à mort d’animaux d’espèces jugées envahissantes.

Enquêtes médicolégales

Les utilisations liées à des enquêtes médicolégales ne sont pas évidentes à définir, dans la mesure où elles sont (presque) inexistantes, certains projets classés dans cette catégorie semblant y être par erreur.

Enseignement supérieur

L’utilisation d’animaux dans l’enseignement supérieur se fait notamment lors des travaux pratiques en biologie, par le biais de dissections, mais aussi de l’apprentissage des manipulations d’animaux pour les prélèvements et d’actes plus invasifs réalisés sous anesthésie avant de tuer l’animal.

Formation professionnelle

La formation des personnes qui appliquent les procédures, soignent les animaux ou les tuent passe par l’utilisation d’animaux : un tuteur les supervise jusqu’à ce qu’elles aient démontré leurs compétences sur les espèces concernées. La qualification des personnels est réglementée par un arrêté ministériel.

Production de routine

La production de routine consiste à utiliser les animaux comme réservoirs biologiques afin de produire notamment des anticorps ou d’autres substances à base de sang, ou de fournir des selles, du sperme, du liquide céphalo-rachidien ou d’autres fluides corporels destinés à divers usages.

Recherche appliquée

La recherche appliquée consiste à tester des hypothèses concernant des effets spécifiques de produits ou de procédures (en expérimentation animale, sur divers troubles et maladies). Il peut aussi bien s’agir d’observer le comportement d’animaux en réponse à des situations stressantes, que de générer chez eux des maladies cardiaques, musculaires ou neurologiques afin d’étudier les effets de modifications génétiques ou d’administration de divers produits sur ces maladies.

Recherche fondamentale

La recherche fondamentale consiste à développer les connaissances sur divers sujets (en expérimentation animale, sur divers systèmes biologiques) sans perspective directe d’application mais avec l’idée que les connaissances pourront guider la « recherche appliquée » par la suite. Il peut par exemple s’agir d’explorer l’activité cérébrale face à des tâches diverses de manière plus ou moins invasive afin de comprendre le rôle et le fonctionnement des diverses structures du cerveau.

Utilisations réglementaires

Les utilisations réglementaires consistent à réaliser sur des animaux des tests dont l’emploi et la méthodologie sont imposés par des réglementations nationales ou internationales. C’est le cas des tests de toxicité et du contrôle de qualité des lots de produits médicamenteux, mais aussi des tests de produits chimiques ou de pesticides avant leur mise sur le marché.

Devenir des animaux

Mise à mort

La réglementation impose que les animaux soient mis à mort « en limitant au minimum la douleur, la souffrance et l’angoisse qu’ils éprouvent », par une personne compétente, selon des méthodes fixées par espèce, avec des dérogations possibles. Elles vont de la surdose d’anesthésique à la décapitation, en passant par le gazage ou la percussion de la boîte crânienne.

À la fin d’une procédure, un animal « susceptible de continuer à éprouver une douleur, une souffrance ou une angoisse ou d’avoir des dommages durables d’un niveau modéré ou sévère » est mis à mort. Les procédures sans réveil se terminent par la mise à mort de l’animal sous anesthésie. D’autres animaux sont tués pour prélever leurs organes ou leurs tissus, ou sans avoir été utilisés (surplus).

Les laboratoires parlent souvent d' »euthanasie » ou de « sacrifice ». L’OXA dit « mise à mort », comme la directive européenne, qui n’emploie jamais le mot « euthanasie » (ce dernier désignant une mort donnée dans l’intérêt de celui qui meurt).

Point limite

Le point limite est le critère qui met fin à une procédure pour un animal. Ce peut être la mort elle-même : la directive européenne classe comme sévères les essais de toxicité « dont le point limite est la mort » ou le test de la nage forcée « dont le point limite est l’épuisement ». Elle demande de remplacer la mort, « dans la mesure du possible », par des « points limites précoces adaptés » : la procédure s’arrête quand l’animal atteint un état défini à l’avance, et il est mis à mort s’il risque de continuer à souffrir.

Réutilisation

Un animal déjà utilisé peut être réutilisé dans une nouvelle procédure. Quand un animal jamais utilisé pourrait l’être à sa place, la directive européenne pose des conditions : procédures précédentes légères ou modérées, animal qui « a pleinement retrouvé son état de santé et de bien-être général », nouvelle procédure légère, modérée ou sans réveil, avis vétérinaire. Par dérogation exceptionnelle, un animal peut être réutilisé après une seule procédure sévère.

Les statistiques comptent des utilisations : un animal réutilisé y figure plusieurs fois. La grande majorité des animaux utilisés le sont pour la première fois, et sont généralement mis à mort pendant ou après le projet.

Surplus

Le mot « surplus » range dans une catégorie comptable les animaux élevés pour les laboratoires puis tués, ou morts, sans avoir été utilisés dans une procédure : malades, d’un statut génétique qui n’est pas celui recherché, ou élevés en trop. Les lignées d’animaux génétiquement modifiés en produisent beaucoup.

Ces animaux n’entrent pas dans les statistiques annuelles, sauf, depuis 2022, ceux génotypés par une technique invasive. Les autres ne sont déclarés à la Commission européenne que tous les cinq ans. Pour 2022, la France en a déclaré 2 765 934, dont 2 129 931 souris et 380 490 animaux tués pour prélever leurs organes ou leurs tissus : davantage que les 2 128 058 utilisations de la même année. Dans l’Union, la Commission en a compté 9,5 millions pour 2022.

Acteurs

Réglementation

ALURES

ALURES est la base de données de la Commission européenne où les États membres publient les résumés non techniques des projets autorisés. Le ministère chargé de la recherche y dépose les résumés des projets français, que l’OXA republie sur le site.

CNEA

La Commission nationale pour la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques, dite CNEA, réunit des représentants des différents intérêts concernés. Elle discute notamment des autorisations de projets de formation professionnelle et adresse des recommandations thématiques aux ministères.

CNREEA

Le Comité national de réflexion éthique sur l’expérimentation animale (CNREEA) réunit des représentants des pouvoirs publics et de différentes spécialités. Il encadre l’activité des « comités d’éthique en expérimentation animale » et adresse des recommandations thématiques à la CNEA.

Comité d’éthique

En France, l’évaluation des projets que la réglementation européenne impose avant leur autorisation revient aux « comités d’éthique en expérimentation animale » (CEEA ou C2EA). Ce sont des groupes locaux créés à l’initiative des laboratoires, qui examinent leurs demandes d’autorisation de projet avant leur envoi au ministère chargé de la recherche. Ils doivent réunir cinq « compétences » : conception de projet, réalisation de projet, soins et mise à mort des animaux, pratique vétérinaire, et un membre « non-spécialiste ». Ils n’ont aucune obligation de compétence en méthodes n’utilisant pas d’animaux, en biostatistiques, en droit, ni même en éthique, et sont majoritairement composés de personnes qui travaillent pour les laboratoires dont ils évaluent les projets.

DDPP

Les directions départementales de la protection des populations (DDPP), placées sous l’autorité des préfets, inspectent et agréent les laboratoires et leurs fournisseurs. Le ministère chargé de l’agriculture coordonne leur action.

Ministère chargé de l’agriculture

Le ministère chargé de l’agriculture coordonne, par son système d’information RESYTAL, les inspections des établissements éleveurs, fournisseurs et utilisateurs d’animaux, menées par les directions départementales de la protection des populations (DDPP).

Ministère chargé de la recherche

Le ministère chargé de la recherche (direction générale de la recherche et de l’innovation) délivre les autorisations de projet sur la base des avis des « comités d’éthique en expérimentation animale » (CEEA), publie les résumés non techniques (RNT) des projets autorisés, et recueille et diffuse les chiffres annuels de l’expérimentation animale en France.

Ministère chargé des armées

Le ministère chargé des armées gère l’inspection et l’agrément de ses laboratoires ainsi que l’évaluation et l’autorisation de leurs projets.

Structure chargée du bien-être des animaux

La directive européenne impose à chaque établissement qui élève, fournit ou utilise des animaux une structure chargée du bien-être des animaux (SBEA). Elle réunit au moins la ou les personnes responsables du bien-être et des soins des animaux, un scientifique dans les établissements utilisateurs, et prend conseil auprès du vétérinaire désigné. Elle conseille le personnel, établit le suivi interne des animaux et suit les projets et leurs effets sur les animaux.

Elle est interne à l’établissement. Ses réseaux nationaux sont gérés par la profession, notamment par le Gircor et l’Afstal.

Profession

Afstal

L’Afstal est une association professionnelle centrée sur l’amélioration des techniques de l’expérimentation animale. Avec le Gircor, elle gère les réseaux nationaux des structures chargées du bien-être des animaux et des « comités d’éthique en expérimentation animale ».

Charte de transparence

La « charte de transparence » sur l’expérimentation animale a été lancée par le Gircor en 2021, dans la lignée de nombreux pays européens, et signée par de nombreux établissements. Son contenu et son application montrent qu’il s’agit d’une stratégie de communication, axée sur des éléments de langage partagés, comme l’expression « recours aux animaux à des fins scientifiques et réglementaires ».

Établissement utilisateur

Un établissement utilisateur est un laboratoire, public ou privé, qui héberge des animaux et leur applique des procédures. Il doit être agréé, et les DDPP l’inspectent. Il dépose les demandes d’autorisation de projet, relève d’un comité d’éthique et dispose d’une structure chargée du bien-être des animaux. La réglementation le distingue des éleveurs et des fournisseurs, qui produisent ou procurent les animaux. Un même projet peut se dérouler dans plusieurs établissements utilisateurs.

Gircor

Le Gircor est l’interprofession de l’expérimentation animale. Il communique et fait du lobbying pour ses adhérents, parmi lesquels le CNRS, l’Inserm, l’Institut Pasteur et Sanofi, et figure au registre des représentants d’intérêts de la HATVP. Il emploie l’appellation « recherche animale » depuis le début des années 2010, et a lancé en 2021 une « charte de transparence ».

Alternatives

FC3R

Le FC3R, centre français pour les 3R, a été fondé en 2021 pour promouvoir le développement des 3R. Avec un budget maigre, il lance des appels d’offres, fournit des ressources, diffuse des informations et promeut des formations spécialisées.

Associations

Animal Testing

L’association Animal Testing veut défendre les animaux utilisés dans les laboratoires et offrir un point de contact aux lanceurs et lanceuses d’alerte. Elle a mené plusieurs enquêtes, en caméra cachée ou par recueil de témoignages.

Antidote Europe

L’association Antidote Europe dénonce les risques de l’expérimentation animale en matière d’évaluation toxicologique. Elle a participé à la première initiative citoyenne européenne pour la fin de l’expérimentation animale.

LFDA

La Fondation Droit Animal, Éthique et Sciences (LFDA) consacre l’une de ses campagnes à l’expérimentation animale. Elle demande notamment la protection des décapodes, et récompense des méthodes non animales par le prix Alfred Kastler.

One Voice

L’association One Voice consacre une campagne à l’expérimentation animale. Elle demande davantage de transparence, promeut le développement des méthodes non animales et a mené plusieurs enquêtes, notamment sur l’utilisation des primates.

Pro Anima

Le Comité scientifique Pro Anima travaille à la reconnaissance des méthodes non animales sous l’angle de la sécurité sanitaire et de la fiabilité scientifique. Il récompense des travaux fondés sur ces méthodes par le prix Descroix-Vernier EthicScience.

Transcience

Transcience travaille à faire appliquer la réglementation de l’expérimentation animale, à la faire progresser et à valoriser les méthodes non animales. L’association réunit des compétences scientifiques, juridiques, économiques et éthiques.

Concepts

3R

Le principe des 3R a été formulé dans les années 1950 par William Russell, zoologiste, et Rex Burch, microbiologiste. Il demande de remplacer les animaux par d’autres méthodes quand elles permettent d’obtenir les mêmes résultats, de réduire le nombre d’animaux de chaque projet sans compromettre la validité statistique des résultats, et de raffiner les méthodes de détention et d’expérimentation pour réduire les souffrances sans compromettre l’objectif du projet. Les milieux de l’expérimentation animale s’en servent souvent pour justifier le statu quo et parler d’éthique. Une littérature grandissante remet en question leur pertinence, faute de cadre éthique normatif et de définition claire.

Méthodes non animales

Méthodes non animales

Les méthodes non animales remplacent l’utilisation d’animaux par d’autres moyens. Par contraste avec l’expérimentation in vivo, sur des animaux vivants, elles forment trois familles, qui se combinent ou fonctionnent séparément : in vitro (organes sur puce, organoïdes, cultures de cellules), in silico (algorithmes prédictifs, jumeaux numériques) et in humano (épidémiologie, participation de volontaires consentants à des recherches et à des essais cliniques).

L’acronyme NAMs désigne, selon les contextes, ces méthodes non animales ou de « nouvelles approches méthodologiques », expression qui peut diluer l’idée du remplacement : l’OXA retient « méthodes non animales ». Ces méthodes dépendent encore parfois de l’expérimentation animale : milieux de culture issus de tumeurs de souris ou de fœtus de veaux, modèles informatiques nourris de données animales, organoïdes greffés à des animaux. Leur développement ne suffit pas à mettre fin à l’expérimentation animale : tant que de nouveaux modèles animaux peuvent être créés, la pratique n’a pas de fin.

Éthique

Blessure morale

Les milieux professionnels de l’expérimentation animale parlent régulièrement de « fatigue compassionnelle » pour désigner les souffrances psychologiques des personnels de laboratoire exposés et/ou participant aux souffrances des animaux. L’OXA préfère les notions de « blessure morale » et de « traumatisme lié à l’acte », utilisées par des spécialistes en psychologie et en sociologie et permettant un diagnostic différentiel et des perspectives de remédiation plus adaptées.

Éthique

L’éthique est la branche de la philosophie qui réfléchit à la signification des termes moraux, comme bien et mal, et à la manière de déterminer ce qui est bien ou mal selon des critères débattus. Dans les discours sur l’expérimentation animale, « l’éthique » désigne plutôt une réflexion sur le respect de la réglementation et des bonnes pratiques. La formation du Gircor destinée aux membres des « comités d’éthique » définit mal l’éthique et propage des idées fausses sur la philosophie morale.

Objection de conscience

L’objection de conscience à l’expérimentation animale consiste, pour des étudiants, étudiantes ou personnes en poste, à refuser de participer à des pratiques qui utilisent des animaux. L’exprimer peut inciter au développement et à la mise à disposition de méthodes non animales dans l’enseignement et la formation. Elle n’est pas reconnue dans le droit français. Une proposition de loi qui vise à la reconnaître pour les étudiants a été déposée à l’Assemblée nationale le 17 avril 2025. Au 1er octobre 2026, elle n’a connu que son renvoi en commission.

Sentience

La sentience est la capacité d’éprouver des choses subjectivement, d’avoir des expériences vécues positives ou négatives : douleur, plaisir, peur, bien-être. Ce qui arrive à un être sentient lui importe, en bien ou en mal. Presque tous les animaux utilisés en expérimentation animale sont sentients. Faire de la sentience le critère de la considération morale, c’est le sentientisme.

Selon la déclaration de New York sur la conscience animale, rendue publique en 2024 par des chercheurs et chercheuses en biologie, en neurosciences et en philosophie, les données étayent solidement la sentience des mammifères et des oiseaux. Elles en font une possibilité réaliste chez tous les vertébrés et chez de nombreux invertébrés, dont les céphalopodes, les crustacés décapodes et les insectes. Dans « The Edge of Sentience » (Oxford University Press, 2024, en accès libre), le philosophe Jonathan Birch propose une démarche de précaution pour décider malgré cette incertitude.

Sentientisme

Le sentientisme fait de la sentience le critère de la considération morale : les êtres sentients, humains ou non, ont des intérêts qui doivent être pris en compte. L’espèce n’est pas un critère pertinent pour déterminer la considération accordée à un individu, pas plus que la couleur de peau, l’intelligence, la richesse ou l’origine. Le sentientisme s’oppose ainsi à l’anthropocentrisme et au spécisme.

La page de l’OXA sur le spécisme retient ce critère : la capacité à être affecté positivement ou négativement par ce qui arrive « fonde la considération morale ».

Spécisme

Le mot « spécisme » désigne une discrimination fondée sur l’appartenance à une espèce, ou plus largement à un groupe non humain, dont les membres sont considérés comme des moyens au service de nos objectifs (consommation, divertissement, recherche). Cette idée, pourtant arbitraire, consolide un système d’oppression structuré par de multiples pratiques génératrices de souffrances.

Appellations

Expérimentation animale

L’expression « expérimentation animale », employée au cours du XXe siècle et encore largement répandue, désigne toutes les utilisations des animaux susceptibles de leur nuire dans le cadre de recherches, de tests ou d’enseignements. L’OXA la retient parce qu’elle n’est ni complaisante, ni concentrée sur les pratiques qui infligent les plus grandes souffrances. La réglementation parle d' »utilisation des animaux à des fins scientifiques » : toute utilisation susceptible de causer à l’animal « une douleur, une souffrance, une angoisse ou des dommages durables équivalents ou supérieurs à ceux causés par l’introduction d’une aiguille effectuée conformément aux bonnes pratiques vétérinaires ».

Recherche animale

L’appellation « recherche animale » est employée depuis le début des années 2010 par le Gircor, groupe interprofessionnel et lobby de l’expérimentation animale, dans le but de produire chez le grand public une représentation moins négative de cette pratique. L’expression « recours aux animaux à des fins scientifiques et réglementaires », introduite par le Gircor en 2021 dans sa « charte de transparence », fait le même travail.

Vivisection

Le mot « vivisection » a été employé à partir du XIXe siècle pour désigner l’utilisation des animaux dans les recherches en physiologie et en médecine, voire toutes les expériences et dissections menées dans un but scientifique. Il est aujourd’hui repris par des groupes et des personnes opposés à l’expérimentation animale, mais il rend mal compte de sa diversité, des « simples » prises de sang aux pratiques qui infligent des souffrances sévères. L’OXA l’emploie pour parler de la période où la pratique portait ce nom.

Pratiques

Appréciation rétrospective

L’appréciation rétrospective est le bilan d’un projet terminé. Elle évalue « si les objectifs du projet ont été réalisés », les dommages infligés aux animaux (nombre, espèces, gravité réelle des procédures) et ce qui pourrait renforcer l’application des 3R. Elle est obligatoire pour les projets qui utilisent des primates et pour ceux qui comportent des procédures sévères. En France, le comité d’éthique dont relève l’établissement la réalise, sur les documents que celui-ci lui transmet.

Elle n’est pas rendue publique en France : un résumé non technique ne dit jamais si les bénéfices annoncés ont été obtenus.

Autorisation de projet

Un projet qui utilise des animaux ne peut commencer qu’après son autorisation. En France, l’établissement envoie une demande d’autorisation de projet (DAP) au ministère chargé de la recherche, après son évaluation par un comité d’éthique. La demande comporte un résumé non technique. L’autorisation vaut cinq ans au plus.

L’évaluation doit vérifier notamment que « les objectifs du projet justifient l’utilisation d’animaux », par une analyse dommage-avantage qui met en balance la souffrance infligée aux animaux et les résultats escomptés. Elle classe aussi chaque procédure selon son degré de gravité.

Enrichissement

La réglementation impose un « enrichissement » dans les compartiments des animaux : un espace « présentant une complexité adéquate pour leur permettre d’exprimer un large répertoire de comportements normaux« . Le terme est galvaudé : il s’agit souvent d’un simple jouet ou d’une maisonnette, placés dans un environnement dénué d’intérêt pour l’animal. La cage standard est elle-même une privation, et l’objet ajouté compense un manque imposé.

Les surfaces restent celles des normes : 800 cm², un peu plus qu’une feuille A4, pour deux à quatre rats selon leur poids.

Inspection

La directive européenne impose d’inspecter chaque année au moins un tiers des établissements qui utilisent des animaux, choisis selon une analyse de risque, et au moins une fois par an ceux qui élèvent, fournissent ou utilisent des primates. Une partie des inspections se fait sans avertissement. Rien n’impose d’inspecter chaque année un établissement sans primates.

En France, les services vétérinaires des DDPP mènent les inspections, sous la coordination du ministère chargé de l’agriculture. Ils relèvent régulièrement des non-conformités, mais les sanctions sont extrêmement rares et ne dépassent jamais quelques milliers d’euros d’amende.

Résumé non technique

Chaque demande d’autorisation de projet comporte un résumé non technique (RNT), rédigé par l’établissement. Anonyme, il présente les objectifs du projet, les dommages et les avantages escomptés, le nombre et les types d’animaux, et la manière dont le projet applique les 3R. Depuis 2021, les États membres le transmettent à la Commission européenne dans les six mois suivant l’autorisation, et la Commission le publie dans ALURES.

Ces textes de communication ne sont ni sourcés ni relus par des pairs. Ils renseignent sur le cadre de pensée des établissements plutôt que sur des faits établis : ils détaillent les bénéfices attendus et décrivent peu les contraintes imposées aux animaux. La durée qu’ils affichent est celle de l’autorisation prévue, sans rapport établi avec la durée réelle du projet.

Utilisation d’animaux

Les statistiques françaises et européennes comptent des utilisations d’animaux dans des procédures : un animal réutilisé dans une nouvelle procédure compte une fois de plus. La directive européenne appelle procédure toute utilisation d’un animal à des fins scientifiques ou éducatives « susceptible de causer à cet animal une douleur, une souffrance, une angoisse ou des dommages durables équivalents ou supérieurs à ceux causés par l’introduction d’une aiguille« . Les réutilisations restent rares : faute de mieux, le nombre d’utilisations donne une idée du nombre d’animaux.

Les statistiques annuelles laissent de côté les invertébrés autres que les céphalopodes, les animaux tués pour prélever leurs tissus et la plupart des animaux élevés puis tués sans avoir été utilisés (surplus). Depuis 2022, elles comptent les animaux génotypés par une technique invasive : 326 033 utilisations de plus cette année-là, sur 2 128 058. Un total d’avant 2022 ne se compare à un total d’après qu’à périmètre égal.

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