Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

L’objectif de cette expérimentation, menée chez le jeune bovin engraissé avec des régimes à base d’ensilage d’herbe, est de mesurer les émissions de méthane entérique, les performances zootechniques (in vivo et à l’abattoir), la digestibilité de la ration, la partition de l’azote alimentaire, ainsi que les modifications du métabolisme protéique et de la structure du microbiote ruminal induites par la supplémentation de la ration avec un additif anti-méthanogène. Un objectif secondaire consistera à confirmer ou identifier des proxies plasmatiques, urinaires, fécaux et ruminaux permettant de prédire les émissions de méthane, la digestibilité de la ration et les rejets d’azote urinaire chez le bovin engraissé.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Les bénéfices attendus sont de confirmer l’effet anti-méthanogène de l’additif, d’identifier les mécanismes d’action de l’additif sur le microbiote ruminal et d’évaluer les effets secondaires de cet additif sur la digestion, les rejets d’azote, le métabolisme, les performances et la qualité de la carcasse de l’hôte. L’ambition est d’implémenter des bases de données incluant des données phénotypiques de bovins, tels que l’émission de méthane entérique, la digestibilité de la ration, et les rejets d’azote, ainsi que des prédicteurs de ces phénotypes d’intérêt zootechnique (microbiens, analyse fécale (spir), abondance naturelle isotopique, métabolites sanguins) difficiles à mesurer en pratique avec des méthodes de réference.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Durant les 8-10 mois de l’expérimentation, 3 prélèvements de sang, de fécès et de jus de rumen auront lieu en début, milieu et fin de période. Le volume de sang prélevé au niveau de la veine caudale sera à chaque fois de 18 mL. La prise de sang durera moins de 3 minutes. La collecte de fécès sera de 500g et se fera en quelques secondes lors de la déféquation de l’animal. Le prélèvement de jus de rumen d’un volume de 400 mL sera réalisé en 3 minutes par prélèvement gastro-oesophagien. La fréquence des prélèvements exclue tout type de complications liée à la récupération des animaux. La phase de digestibilité durera 15 jours (5 jours d’habituation à l’environnement et 10 jours de mesures).

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Différents prélèvements (collecte de jus de rumen, fécès, sang) sont prévus pour caractériser la réponse physiologique, métabolique et digestive des bovins allaitants. Le prélèvement de jus de rumen sera réalisé par prélèvement gastro-oesophagien (PGO) et pourrait engendrer une légère iritation de l’oesophage. La prise de sang sera effectuée à la veine caudale et les de prélèvements de fèces par fouille rectale. Ces prélèvements seront réalisés en cage de contention et sont susceptibles d’induire de l’inconfort (léger à modéré) pendant la manipulation. La fréquence des prélèvements des 3 matrices (fécès, sang et jus de rumen) sera limitée au minimum nécessaire à savoir en début, milieu et fin d’expérimentation pour mesurer une cinétique d’action du produit. Au total, les animaux seront prélevés 3 fois pendant l’essai qui durera entre 8 et 10 mois. La contention de l’animal pour ces 3 prélèvements durera 10 minutes maximum. Concernant la digestibilité, les animaux seront à l’attache durant 15 jours dont 5 jours d’habituation. (cf préconisations consortium Eu-smartcow)

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

A l’issue de cette expérimentation, les 16 animaux de la procédure 1 seront vendus sur pieds. Les 24 autres animaux (ceux ayant participé à la procédure 2) seront abbatus car leur carcasse sera évaluée pour l’étude des performances zootechniques à l’abbatoir.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

3R / Remplacement :

La réponse concomittante de l’hôte et du microbiote ruminal à l’additif ne peut à ce jour être remplacé par aucune stratégie in vitro ou in sillico. L’un des objectifs du projet est d’identifier et de valider des indicateurs ou biomarqueurs capables de prédire la digestibilité de la ration et les rejets d’azote, deux paramètres qui nécessitent actuellement l’utilisation de cages de digestibilité. En conséquence, nous avons besoin de méthodes de référence qui ne peuvent être remplacées par la procédure en cours. À terme, ces indicateurs pourraient être proposés comme alternative aux méthodes de référence nécessaires en recherche. L’utilisation des techniques in-vitro pour étudier l’effet de l’additif sur la fermentation ruminale a été déjà réalisée et par conséquent nous avons besoin d’animaux expérimentaux pour confirmer les effets in-vivo.

2. Réduction

3R / Réduction :

Pour cette expérimentation, 40 jeunes bovins seront mobilisés. Ce chiffre est basé sur les résultats obtenus au préalable par notre équipe chez le jeune bovin Charolais en engraissement alimentés avec des régimes comparables. Pour les mesures de digestibilité notre objectif est de démontrer l’absence de différence entre les deux traitements (test d’équivalence). Pour cela nous avons obtenu 20 animaux par traitement en considérant une absence d’effet lorsque la différence entre les deux traitements est inférieur à 2%. Dans le cadre cette expérimentation, les émissions de méthane seront mesurées au moyen de 2 collecteurs et analyseurs d’air (GreenFeed), une alternative toute aussi précise mais moins contraignante que les chambres respiratoires pour les animaux.

3. Raffinement

3R / Raffinement :

Les bâtiments sont dotés d’équipements pemettant un enrichissement du confort des bovins (brosses) et un suivi fin de leur santé et de leur bien-être (outils d’élevage de précision). Les animaux sont habitués à la cage de contention (passage systématique tous les 15 jours pour effectuer des pesées et notes d’état corporel). De plus, les prélèvements de fecès par fouille rectale ne sont réalisés que si les animaux ne défèquent pas naturellement. Concernant la phase d’étude de la digestibilité, les stalles ont été développées pour répondre aux besoins des animaux en termes de bien-être animal. Elles sont ainsi modulables pour s’adapter à la morphologie de l’animal, sont équipées de tapis et offrent un accès à volonté à l’eau et au sel. Ces stalles ouvertes permettent aux animaux de garder un contact visuel, auditif et olfactif entre eux. Concernant les points limites, l’ensemble des manipulations (contention + prélèvement) n’excèdera pas 10 minutes par animal et dans le cas contraire, sera reporté ou annulé. Pour le prélèvement d’adipocyte, une anestésie locale sera mise en place sur la zone d’incision. Les signes de modification de comportement dans la prise alimentaire, la posture, la réactivité ou/et les vocalisations seront surveillés les jours suivants les prélèvements. Dans le moindre doute, le vétérinaire d’élevage sera contacté et les soins prescrits mis en place et si besoin l’animal sera sorti de la procédure.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

En France, l’agriculture représente 19% des émissions de gaz à effets de serre (selon le CITEPA), dont près de la moitié provient des élevages bovins lait et viande. Les émissions de méthane entérique, coproduit de la digestion de la cellulose par les ruminants, représentent environ 50% des émissions de GES d’une exploitation bovine. Le méthane entérique des bovins représente donc près de 5% des GES totaux français. Les élevages bovins lait et viande sont ainsi confrontés aux objectifs de décarbonation des activités. Il convient donc d’acquérir des références sur les bovins allaitants pour lesquels, on dispose de très peu de références. Les jeunes bovins seront en croissance dans des conditions similaires à ceux élevés pour la filière commerciale.