Les questions parlementaires
Projet national de méthodes non animales et contrôles
expérimentation animale
Question écrite n° 15615, Assemblée nationale, 31 mars 2003
Le résumé de l'OXA
La députée demande à la ministre de la recherche ses mesures sur les méthodes substitutives, les contrôles vétérinaires, les comités d'éthique et un financement conditionné aux trois R.
4 demandes : réponse à 1, réponse partielle à 2, aucune réponse à 1.
Un projet national de développement des méthodes substitutives de recherche et de test.
Aucune réponse La réponse n'annonce ni projet ni moyen pour ces méthodes ; elle invoque seulement leur absence.
Des contrôles rigoureux par des inspecteurs vétérinaires.
Réponse partielle La réponse affirme que les vétérinaires-inspecteurs contrôlent tous les laboratoires depuis 1988, sans chiffre ni mesure nouvelle : elle défend le dispositif sans répondre.
La mise en place de comités d'éthique institutionnalisés.
Réponse La réponse décrit les comités régionaux créés depuis 2002 par quatre organismes publics et annonce un comité national créé par décret ; elle ne dit pas si l'avis d'un comité deviendra obligatoire.
Conditionner le financement de la recherche au respect de la règle des trois R.
Réponse partielle La réponse signale que l'avis d'un comité d'éthique est exigé pour des crédits européens, sans dire si l'État conditionnera ses propres financements.
La fiche
Thèmes : méthodes sans animaux, droit européen, "comités d'éthique en expérimentation animale" · Espèces : chiens, chats
- Auteur
- Mme Bérengère Poletti (Union pour un Mouvement Populaire, Ardennes (1re circonscription))
- Ministère interrogé
- recherche
- Rubrique
- Animaux
- Question publiée
- au Journal officiel du 31 mars 2003
- Réponse publiée
- au Journal officiel du 21 juillet 2003
- Statut
- Réponse publiée
- Sources
La question
(Question écrite n° 15615 de Mme Bérengère Poletti, Assemblée nationale, JO du 31 mars 2003)
Mme Bérengère Poletti attire l'attention de Mme la ministre déléguée à la recherche et aux nouvelles technologies sur les expérimentations menées sur des animaux en France, notamment sur les chiens et les chats. La directive communautaire n° 86/609/CEE réglementant le champ d'application de l'expérimentation animale, définit des mesures pour assurer des normes de base en matière d'hébergement et de soins et exige que les animaux soient les moins maltraités possible. La règle des trois R contenue dans la directive (art. 7-2, 7-3, 7-4 et 23) impose aux personnes responsables de la pratique et de la régulation de l'expérimentation de remplacer celle-ci par des méthodes substitutives ; de raffiner les protocoles d'expérimentation pour minimiser la souffrance des animaux ; et de réduire le nombre d'animaux utilisés dans la recherche. Le 24 avril 1998, la Commission européenne a formellement averti le gouvernement français de son intention de sanctionner les manquements de la France en ce qui concerne l'application correcte de six mesures de la directive. Ainsi, si d'autres Etats européens se sont engagés dans la création de comités d'éthique institutionnels, la France reste sur ce sujet en retrait. Elle lui demande par conséquent quelles mesures elle envisage de prendre afin de mettre en oeuvre un véritable projet national de développement des méthodes substitutives de recherche et de test, d'imposer des contrôles rigoureux par des inspecteurs vétérinaires, de mettre en place des comités d'éthique institutionnalisés et de conditionner le financement de la recherche au respect de la règle des trois R.
La réponse
(Réponse du ministère : recherche, JO du 21 juillet 2003)
Le dispositif législatif et réglementaire français fixe le cadre et les règles de conduite des expériences pratiquées sur les animaux, prenant en compte le fait que ces derniers sont des êtres sensibles, pourvus de capacités cognitives et émotionnelles, et capables de souffrir. La France, qui a transcrit dans son droit la réglementation européenne (convention STE 123), s'est dotée d'une très sérieuse réglementation qui est scrupuleusement respectée par tous les expérimentateurs et qui implique que toutes les expérimentations soient justifiées par de solides impératifs scientifiques. Depuis 1988, l'ensemble des vétérinaires-inspecteurs contrôle avec efficacité tous les laboratoires, ce qui garantit un strict respect de la réglementation. Le CNRS, l'INRA, l'INSERM et le CEA, sous l'égide du ministère chargé de la recherche, ont, depuis 2002, mis en place des comités régionaux d'éthique en matière d'expérimentation animale susceptibles de répondre aux interrogations des chercheurs et aux attentes morales de la société. Ces comités s'inscrivent dans les principes énoncés dans une charte à laquelle ont adhéré les directions de ces organismes. Ils ont pour mission de s'assurer que les chercheurs ont respecté la réglementation et que les protocoles expérimentaux sont en conformité avec les bonnes pratiques de l'expérimentation animale. Ces comités sont composés de représentants des organismes signataires, mais également de personnalités reconnues pour leurs compétences en sciences humaines et d'un vétérinaire inspecteur proposé par le collège des directeurs des services vétérinaires. L'intérêt majeur de ce dispositif tient à la reconnaissance institutionnelle d'une place spécifique pour l'éthique, de façon distincte de la mise en oeuvre des bonnes pratiques. Il tient également au fait que ce dispositif est de portée nationale, tout en préservant, par son organisation régionale, une proximité suffisante avec les problématiques de recherche. En outre, un comité national de réflexion éthique sur l'expérimentation animale est en cours de création par décret interministériel. Ce comité national aura pour mission d'émettre des avis et des recommandations sur les questions éthiques relatives à l'utilisation des animaux en recherche, notamment sur l'usage de nouvelles pratiques expérimentales et technologiques. Il sera représentatif de l'ensemble de la société et sera constitué, outre de personnalités désignées par les ministres concernés, de représentants des associations de protection animale, des associations de malades et de consommateurs. En l'absence de méthodes alternatives, ce dispositif institutionnel se traduit, de la part de la communauté scientifique, par une attitude qui est tout à fait sensible aux problèmes éthiques de l'expérimentation animale, qu'elle souhaite limiter au strict nécessaire. Comme la plupart des revues internationales exigent l'avis d'un comité d'éthique avant d'accepter la publication de certains articles scientifiques et que cet avis est aussi nécessaire pour l'obtention de crédits émanant de l'Europe ou d'autres sources de financement. Il est clair que ces exigences vont aider à la diffusion des bonnes pratiques au sein des laboratoires.
Les éléments concrets
Ce que la réponse avance de vérifiable. Survoler un élément montre son passage.
- La France a transcrit dans son droit la convention STE 123.
- Depuis 1988, en France, l'ensemble des vétérinaires-inspecteurs contrôle tous les laboratoires.
- Des comités régionaux d'éthique sont mis en place depuis 2002 par le CNRS, l'INRA, l'INSERM et le CEA, sous l'égide du ministère chargé de la recherche.
- Les comités régionaux d'éthique en matière d'expérimentation animale réunissent des représentants des organismes signataires, des personnalités des sciences humaines et un vétérinaire inspecteur.
- L'avis d'un comité d'éthique est exigé pour obtenir des crédits émanant de l'Europe ou d'autres sources de financement.
Le détail de l'analyse
Les sources de la réponse
Les organismes cités
- Centre national de la recherche scientifique (CNRS)
- Institut national de la recherche agronomique (INRA)
- Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM)
- Commissariat à l'énergie atomique (CEA)
- Collège des directeurs des services vétérinaires
- Comité national de réflexion éthique sur l'expérimentation animale
- Commission européenne
Sur le site de l'OXA
Recueil établi et publié par l'Observatoire de l'Expérimentation Animale. Les textes des questions et des réponses sont ceux que publient l'Assemblée nationale, le Sénat et le Parlement européen. Un texte que les sources ouvertes ne donnent qu'en anglais est publié dans une traduction de l'OXA, avec l'original.
Cette analyse a été produite par un modèle de langage appliquant la grille de l'OXA décrite dans la méthode du recueil, et contrôlée par des scripts. Elle n'a pas été relue question par question.
Le principe des 3R a été formulé dans les années 1950 par William Russell, zoologiste, et Rex Burch, microbiologiste. Il demande de remplacer les animaux par d'autres méthodes quand elles permettent d'obtenir les mêmes résultats, de réduire le nombre d'animaux de chaque projet sans compromettre la validité statistique des résultats, et de raffiner les méthodes de détention et d'expérimentation pour réduire les souffrances sans compromettre l'objectif du projet. Les milieux de l'expérimentation animale s'en servent souvent pour justifier le statu quo et parler d'éthique. Une littérature grandissante remet en question leur pertinence, faute de cadre éthique normatif et de définition claire.
L'expression "expérimentation animale", employée au cours du XXe siècle et encore largement répandue, désigne toutes les utilisations des animaux susceptibles de leur nuire dans le cadre de recherches, de tests ou d'enseignements. L'OXA la retient parce qu'elle n'est ni complaisante, ni concentrée sur les pratiques qui infligent les plus grandes souffrances. La réglementation parle d'"utilisation des animaux à des fins scientifiques" : toute utilisation susceptible de causer à l'animal "une douleur, une souffrance, une angoisse ou des dommages durables équivalents ou supérieurs à ceux causés par l'introduction d'une aiguille effectuée conformément aux bonnes pratiques vétérinaires".