Les questions parlementaires
Reclassement des tests cosmétiques en tests chimiques
expérimentation animale
Question écrite n° 33516, Assemblée nationale, 10 février 2004
Le résumé de l'OXA
Le député demande au Gouvernement sa position et ses intentions sur le recours contre la directive 2003/15/CE et sur les statistiques des tests cosmétiques.
3 demandes : réponse à 2, réponse partielle à 1.
La position et les intentions officielles du Gouvernement sur le recours contre la directive 2003/15/CE.
Réponse Le Gouvernement défend le recours : selon lui, l'industrie ne disposera pas en 2009 de méthodes non animales complètes, et une application trop rapide exposerait les consommateurs.
La position du Gouvernement sur l'arrêt immédiat des tests cosmétiques, en utilisant les ingrédients déjà disponibles, comme le propose le rapport de One Voice.
Réponse Le Gouvernement le refuse : il juge les affirmations des associations sans fondement scientifique, et l'usage des seuls produits existants contraire au progrès.
La position du Gouvernement sur le reclassement des tests cosmétiques en tests de toxicité chimique, que ses statistiques masqueraient selon ce rapport.
Réponse partielle La réponse admet que la répartition des animaux dans les rubriques n'est pas toujours adéquate, mais juge les écarts peu significatifs, sur 0,11 % du total ; elle ne dit rien du contournement allégué.
Les erreurs de la réponse
- "La possibilité d'utiliser les 8 000 produits cosmétiques existants" : Il s'agit d'ingrédients : la question parle des "huit mille ingrédients disponibles sur le marché", et la réponse à AN 33212 d'un inventaire de près de 8 000 ingrédients (décision 96/335/CE).
La fiche
Thèmes : cosmétiques, statistiques, méthodes sans animaux
- Auteur
- M. Yves Cochet (Non inscrit, Paris (11e circonscription))
- Ministère interrogé
- écologie
- Ministère attributaire
- recherche
- Rubrique
- Animaux
- Question publiée
- au Journal officiel du 10 février 2004
- Réponse publiée
- au Journal officiel du 14 décembre 2004
- Statut
- Réponse publiée
- Sources
La question
(Question écrite n° 33516 de M. Yves Cochet, Assemblée nationale, JO du 10 février 2004)
M. Yves Cochet souhaite attirer l'attention de Mme la ministre de l'écologie et du développement durable sur la situation préoccupante des tests sur les animaux utilisés par l'industrie cosmétique. Le ministère de l'industrie a déposé un recours à l'encontre de la Commission européenne à propos de la directive 2003/15/CE visant à interdire les tests et la vente des produits cosmétiques testés sur animaux à partir de 2009. Ce recours engagé par la France, alors même qu'un consensus avait été obtenu entre les différents pays européens après des années de travail, représente une menace de régression en matière de protection animale et de sécurité du consommateur. Un rapport publié par One Voice démontre qu'il est possible d'utiliser d'autres méthodes d'évaluation, et de mettre un terme dès aujourd'hui à tous les tests cosmétiques, comme cela est déjà le cas en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas en utilisant les huit mille ingrédients disponibles sur le marché. Il se dégage de cette étude que les statistiques publiées par le ministère de la recherche dissimulent un reclassement par les laboratoires des tests à des fins cosmétiques en tests d'évaluation de la toxicité de produits chimiques, ceci afin de contourner l'interdiction prévue par la directive 2003/15/CE et de rendre dérisoire la part d'animaux utilisés lors de ces tests cosmétiques très contestés. Aussi il lui demande de lui indiquer quelles sont officiellement la position et les intentions du Gouvernement à ce sujet. - Question transmise à M. le ministre délégué à la recherche.
La réponse
(Réponse du ministère : recherche, JO du 14 décembre 2004)
La France a engagé ce recours à l'encontre de la directive 2003/15/CE en s'appuyant sur la directive 86/609/CEE qui stipule que les expérimentations animales doivent être remplacées par des méthodes alternatives dès lors que de telles méthodes existent et sont scientifiquement acceptables. Il apparaît clairement que d'ici à 2009, les industriels ne disposeront pas d'un arsenal complet de méthodes alternatives qui puissent se substituer complètement aux méthodes expérimentales sur les animaux. Dans ces conditions, une mise en oeuvre trop rapide de la directive 2003/15/CE pourrait présenter un risque pour les consommateurs, les industriels n'étant pas en mesure de garantir une sécurité suffisante en cas d'utilisation de leurs nouveaux produits. Les affirmations des associations antivivisectionnistes qui pensent qu'il est possible de remplacer toutes les expérimentations sur les animaux par des méthodes substitutives ne sont fondées sur aucun argument scientifique mais professées par quelques partisans de principe de l'abolition de l'expérimentation animale. Face à eux, la totalité du monde scientifique, public et privé, persiste à dire qu'il faut encore, dans certains cas, recourir aux expérimentations sur les animaux. Bien entendu, si celles-ci demeuraient nécessaires après 2009, dans le domaine de la cosmétologie, elles continueraient à être réalisées conformément à la réglementation française, sévère et bien respectée. La possibilité d'utiliser les 8 000 produits cosmétiques existants pourrait paraître suffisante pour satisfaire les consommateurs, mais ceci serait un obstacle à toute possibilité de progrès et d'évolution en cosmétologie. Quant aux chiffres, contestés, fournis dans l'enquête réalisée par le ministère chargé de la recherche, ils portent sur un nombre réduit d'animaux (0,11 % du total) dont la répartition dans les rubriques réglementaires européennes n'est pas toujours très adéquate, ce qui explique des variations de pourcentages qui sont peu significatives. La position du Gouvernement consiste à vouloir garantir à la fois la sécurité des consommateurs et les possibilités de progrès. Dans cette perspective, en 2004, il a souhaité dynamiser les efforts de tous les laboratoires en proposant la création d'une fondation pour les méthodes alternatives, en partenariat avec les industriels. Cette fondation devrait permettre de promouvoir les méthodes substitutives, de susciter des recherches et de fédérer les compétences. Par ailleurs la création du Comité national de réflexion éthique appliquée à l'expérimentation animale va, dès 2005, renforcer les précautions déjà prises en matière de bien-être des animaux de laboratoire.
Les éléments concrets
Ce que la réponse avance de vérifiable. Survoler un élément montre son passage.
- La France a engagé un recours contre la directive 2003/15/CE.
- La directive 86/609/CEE prévoit le remplacement des expérimentations animales par des "méthodes alternatives" dès lors qu'elles existent et sont scientifiquement acceptables.
- Selon l'enquête du ministère chargé de la recherche, dont les chiffres sont contestés, les tests cosmétiques portent sur 0,11 % du total des animaux.
- En 2004, le Gouvernement a proposé la création d'une fondation pour les "méthodes alternatives", en partenariat avec les industriels.
- Le Comité national de réflexion éthique appliquée à l'expérimentation animale doit être créé en 2005.
Le détail de l'analyse
Les sources de la réponse
- Directive 2003/15/CE texte juridique
- Directive 86/609/CEE texte juridique
- Enquête statistique du ministère chargé de la recherche sur l'utilisation des animaux, année non précisée chiffre sourcé
Les organismes cités
Sur le site de l'OXA
Recueil établi et publié par l'Observatoire de l'Expérimentation Animale. Les textes des questions et des réponses sont ceux que publient l'Assemblée nationale, le Sénat et le Parlement européen. Un texte que les sources ouvertes ne donnent qu'en anglais est publié dans une traduction de l'OXA, avec l'original.
Cette analyse a été produite par un modèle de langage appliquant la grille de l'OXA décrite dans la méthode du recueil, et contrôlée par des scripts. Elle n'a pas été relue question par question.
Les méthodes non animales remplacent l'utilisation d'animaux par d'autres moyens. Par contraste avec l'expérimentation in vivo, sur des animaux vivants, elles forment trois familles, qui se combinent ou fonctionnent séparément : in vitro (organes sur puce, organoïdes, cultures de cellules), in silico (algorithmes prédictifs, jumeaux numériques) et in humano (épidémiologie, participation de volontaires consentants à des recherches et à des essais cliniques).
L'association One Voice consacre une campagne à l'expérimentation animale. Elle demande davantage de transparence, promeut le développement des méthodes non animales et a mené plusieurs enquêtes, notamment sur l'utilisation des primates.
L'expression "expérimentation animale", employée au cours du XXe siècle et encore largement répandue, désigne toutes les utilisations des animaux susceptibles de leur nuire dans le cadre de recherches, de tests ou d'enseignements. L'OXA la retient parce qu'elle n'est ni complaisante, ni concentrée sur les pratiques qui infligent les plus grandes souffrances. La réglementation parle d'"utilisation des animaux à des fins scientifiques" : toute utilisation susceptible de causer à l'animal "une douleur, une souffrance, une angoisse ou des dommages durables équivalents ou supérieurs à ceux causés par l'introduction d'une aiguille effectuée conformément aux bonnes pratiques vétérinaires".