Les questions parlementaires

Budget public des méthodes non animales, Lagleize

Animaux de laboratoire et expérimentation animale

Question écrite n° 26418, Assemblée nationale, 11 février 2020

Le résumé de l'OXA

Le député demande au ministère ses intentions pour réduire l'expérimentation animale, l'état d'avancement des méthodes non animales et les crédits consacrés à leur développement.

3 demandes : réponse partielle à 2, aucune réponse à 1.

  1. Les intentions du Gouvernement pour réduire l'utilisation des animaux et l'expérimentation animale.

    Réponse partielle La réponse rappelle les 3R, l'examen des projets et le projet de Centre 3R national, sans objectif de réduction ; elle défend la pratique ("maillon", "reste encore incontournable") et dit le nombre d'animaux stable.

  2. Rendre public l'état d'avancement du développement des méthodes non animales.

    Réponse partielle La réponse cite l'adhésion du MESRI à FRANCOPA et le Centre 3R national inscrit dans la loi de programmation de la recherche, sans état d'avancement.

  3. Rendre publics les moyens budgétaires consacrés au développement des méthodes non animales.

    Aucune réponse Aucun montant ; la réponse parle d'"efforts conséquents" sans les chiffrer.

Les erreurs de la réponse

  • "comme le reconnait d'ailleurs le considérant 10 de la directive 2010/63/UE" : La directive 2010/63/UE ne contient pas cette phrase, ni au considérant 10 ni ailleurs (texte officiel lu sur EUR-Lex le 05/10/2026). Son considérant 10, que cite la réponse à la question 94272, pose que l'utilisation d'animaux vivants demeure nécessaire tout en visant leur remplacement total.

La fiche

Thèmes : méthodes sans animaux, statistiques, droit européen

Auteur
M. Jean-Luc Lagleize (Mouvement Démocrate et apparentés, Haute-Garonne (2e circonscription))
Ministère interrogé
Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation
Ministère attributaire
Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation
Rubrique
animaux
Question publiée
au Journal officiel du 11 février 2020
Réponse publiée
au Journal officiel du 1er décembre 2020
Statut
Réponse publiée
Événements
  • Question renouvelée le 26 mai 2020
  • Question renouvelée le 8 septembre 2020
Sources

La question

(Question écrite n° 26418 de M. Jean-Luc Lagleize, Assemblée nationale, JO du 11 février 2020)

M. Jean-Luc Lagleize attire l'attention de Mme la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, sur l'expérimentation animale à des fins scientifiques. La question du bien-être animal suscite un intérêt croissant au sein de la population française et européenne. Selon le sondage Eurobaromètre de mars 2016, 89 % des citoyens européens s'accordent à dire que l'Union européenne devrait faire davantage pour promouvoir une plus grande sensibilisation à l'égard du bien-être animal au niveau international. Outre les processus de test potentiellement douloureux, la manière dont les animaux sont élevés, gardés et hébergés peut être une source de détresse et de souffrance. Depuis plus de 40 ans, la Commission européenne travaille en étroite collaboration avec les États membres afin de promouvoir le bien-être animal et d'envisager une réduction ou l'arrêt de ces expérimentations. La législation européenne et française relative à l'expérimentation animale découle de la Convention européenne sur la protection des animaux vertébrés utilisés à des fins expérimentales ou à d'autres fins scientifiques, élaborée par le Conseil de l'Europe en 1985. Celle-ci vise à réduire le nombre d'animaux utilisés à des fins scientifiques en encourageant le développement des méthodes alternatives et le recours au modèle animal uniquement en l'absence d'autres méthodes disponibles pour répondre à l'objet de l'étude. La directive 2010/63/UE du Parlement européen et du Conseil du 22 septembre 2010 relative à la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques questionne, à juste titre, la légitimité l'expérimentation animale et énonce, pour la première fois dans la législation de l'Union européenne, le principe des 3R consistant à réduire, raffiner, remplacer. Malgré ce corpus législatif et réglementaire qui constitue le fondement de la démarche éthique appliquée à l'expérimentation animale en Europe, plus de 12 millions d'animaux sont encore utilisés chaque année en Europe à des fins scientifiques. Aujourd'hui, la France ne participe pas aux projets d'expérimentations certifiés 3R et le nombre d'animaux utilisés en laboratoire ne cesse de croître depuis 2014. Ainsi, il l'interroge sur les intentions du Gouvernement pour réduire l'utilisation des animaux de laboratoire et l'expérimentation animale et rendre public l'état d'avancement et les moyens budgétaires mis à la disposition de la recherche pour le développement des méthodes d'expérimentation alternatives.

La réponse

(Réponse du ministère : Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, JO du 1er décembre 2020)

Les principes des 3R ont été mis en œuvre en France sans attendre la directive européenne de 1986. Ils ont été introduits dans la législation française en 1976 par la loi de la protection de la nature puis insérés dans le code rural dans son article L. 214-3, qui précise que les expériences biologiques médicales et scientifiques impliquant des animaux doivent être limitées aux cas de stricte nécessité. La directive 2010/63/UE du 22 septembre 2010 et la règlementation nationale issue de sa transposition, en date de2013, reposent sur l'application de ces trois principes dans les procédures expérimentales (article R.214-105 du code rural), en fonction desquels les scientifiques doivent systématiquement justifier leur protocole de recherche avant d'engager leurs expérimentations. Le ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation (MESRI) est l'autorité compétente pour délivrer en France les autorisations et pour mener l'enquête statistique annuelle sur les animaux utilisés à des fins scientifiques prévues par cette directive. Le nombre d'animaux utilisés à des fins scientifiques n'est pas en augmentation mais plutôt à la stabilisation en France au cours des dernières années, autour de 1,91 million. Les derniers chiffres européens disponibles portent à 9,39 millions le nombre d'utilisations annuelles en Europe pour l'année 2017. Le MESRI porte une attention particulière à la justification par la communauté scientifique de la non-possibilité d'utilisation de méthodes alternatives (remplacement), ainsi qu'aux conditions dans lesquelles les animaux sont utilisés (réduction et raffinement). Que ce soit en cancérologie, en neurosciences, en immunologie, en génétique, les modèles animaux sont choisis en fonction des objectifs à atteindre qui peuvent aller de l'élucidation des mécanismes moléculaires à l'origine des pathologies jusqu'à la mise au point de nouvelles solutions thérapeutiques, auxquelles l'opinion publique est favorable. Le nombre d'animaux utilisés doit également être justifié au regard du protocole expérimental. Le ministère est également attentif à la qualité statistique des approches expérimentales, qui permettent de limiter au strict nécessaire le nombre d'animaux utilisés pour l'obtention d'un résultat significatif. Enfin, les conditions de bientraitance sont scrupuleusement analysées dans les projets pour prendre en compte la contrainte expérimentale. La France soutient bien évidemment toutes les méthodes alternatives, qui constituent le quotidien de nos chercheurs : l'expérimentation animale doit en effet être vue comme un simple maillon dans une chaîne méthodologique d'investigation du vivant, qui va de la simulation numérique aux essais cliniques sur l'homme, en passant par la culture cellulaire. Dans nombre de cas, ce maillon reste encore incontournable comme le reconnait d'ailleurs le considérant 10 de la directive 2010/63/UE : « il n'est guère envisageable à court terme que la recherche puisse se passer de l'expérimentation animale ». Le fait que la France apparaisse parmi les pays européens utilisant le plus d'animaux n'est que le reflet de l'importance de son effort de recherche dans le secteur de la biologie et de la santé. Par ailleurs, le MESRI est membre de la plateforme française pour le développement des méthodes alternatives (FRANCOPA), qui fait partie de la plateforme ECOPA dont le but est de fédérer l'ensemble des acteurs nationaux œuvrant au développement de telles méthodes au niveau européen. Cette plateforme devrait intégrer le Centre 3R national dont le projet est inscrit dans la loi de programmation de la recherche. Ce centre permettra entre autres de mieux informer sur les efforts conséquents qui sont d'ores et déjà engagés pour promouvoir les approches expérimentales ne faisant pas appel à des modèles animaux et pour les renforcer. Il s'attachera également à produire les argumentations nécessaires à l'adoption d'approches « alternatives » dans le plein sens du terme pour les tests toxicologiques réglementaires qui sont imposés par des réglementations européennes ou internationales.

Les éléments concrets

Ce que la réponse avance de vérifiable. Survoler un élément montre son passage.

  • La loi de 1976 sur la protection de la nature, reprise à l'article L. 214-3 du code rural, limite les expériences sur des animaux aux cas de "stricte nécessité".
  • La réglementation nationale de 2013 transposant la directive 2010/63/UE applique aux procédures les principes de remplacement, de réduction et de raffinement (article R. 214-105 du code rural).
  • En France, le MESRI est l'autorité compétente pour délivrer les autorisations et mener l'enquête statistique annuelle sur les animaux utilisés à des fins scientifiques.
  • Le nombre d'animaux utilisés à des fins scientifiques en France se situe autour de 1,91 million ces dernières années.
  • 9,39 millions d'utilisations annuelles d'animaux en Europe en 2017, derniers chiffres européens disponibles.
  • Selon le considérant 10 de la directive 2010/63/UE, "il n'est guère envisageable à court terme que la recherche puisse se passer de l'expérimentation animale".
  • La France figure parmi les pays européens qui utilisent le plus d'animaux.
  • Le MESRI est membre de FRANCOPA, rattachée à la plateforme européenne ECOPA.
  • Le projet de Centre 3R national est inscrit dans la loi de programmation de la recherche.

Le détail de l'analyse

Recueil établi et publié par l'Observatoire de l'Expérimentation Animale. Les textes des questions et des réponses sont ceux que publient l'Assemblée nationale, le Sénat et le Parlement européen. Un texte que les sources ouvertes ne donnent qu'en anglais est publié dans une traduction de l'OXA, avec l'original.