Les questions parlementaires
Soutien public aux méthodes non animales
Méthodes alternatives à l'expérimentation animale
Question écrite n° 7393, Assemblée nationale, 17 avril 2018
Le résumé de l'OXA
Une députée demande plus de soutien public aux méthodes non animales, une CNEA plus diverse, la publication annuelle des statistiques et des résumés, et un encadrement plus strict.
5 demandes : réponse à 1, réponse partielle à 4.
Renforcer le soutien des pouvoirs publics aux méthodes non animales, dans la recherche et dans l'enseignement.
Réponse partielle La réponse décrit FRANCOPA, créée en 2007, un rapport de 2011 mis à jour en 2016 et des laboratoires de référence, sans annoncer de soutien nouveau ni de montant ; rien sur l'enseignement.
Diversifier la composition de la CNEA.
Réponse partielle La réponse défend la composition actuelle, dite pluraliste, sans dire si elle refuse de la modifier.
Rendre obligatoire la publication annuelle des statistiques.
Réponse La réponse dit les statistiques déjà publiées chaque année, comme l'exige la réglementation européenne, et annonce encore au futur, dans une réponse publiée le 21 mai 2019, celles de 2017 pour le courant de l'année 2018.
Rendre obligatoire la publication annuelle des résumés non techniques des projets.
Réponse partielle La réponse annonce une nouvelle série de résumés pour les projets autorisés en 2017 et 2018, sans date ni rythme annuel.
Encadrer plus strictement le recours à l'expérimentation animale dans les projets publics et privés.
Réponse partielle La réponse défend l'encadrement européen et l'autorisation des projets par le ministère, sans dire si elle le renforcera.
La fiche
Thèmes : méthodes sans animaux, instances nationales, transparence
- Auteur
- Mme Typhanie Degois (La République en Marche, Savoie (1re circonscription))
- Ministère interrogé
- Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation
- Rubrique
- animaux
- Question publiée
- au Journal officiel du 17 avril 2018
- Réponse publiée
- au Journal officiel du 21 mai 2019
- Statut
- Réponse publiée
- Événements
- Question renouvelée le 2 octobre 2018
- Question renouvelée le 29 janvier 2019
- Sources
La question
(Question écrite n° 7393 de Mme Typhanie Degois, Assemblée nationale, JO du 17 avril 2018)
Mme Typhanie Degois interroge Mme la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, sur les méthodes alternatives à l'expérimentation animale. L'Union européenne s'est saisie du sujet depuis 1986. Aujourd'hui, la directive européenne 2010/63/UE datant de 2010 impose aux États membres de l'Union européenne de décliner la règle des 3R (réduire, raffiner, remplacer) dans le cadre de l'expérimentation animale, mais également de collecter et de publier chaque année des informations statistiques sur l'utilisation d'animaux dans les procédures scientifiques. Les derniers résultats publiés et basés sur les procédures expérimentales clôturées en 2016 montrent que 1,92 millions d'animaux ont été les sujets d'expérimentations. L'espèce de la souris est l'animal le plus utilisé représentant 59,6 % des espèces animales sujettes, viennent ensuite poisson, rat, lapin, chien, chat, primate. Même si depuis 2010 une baisse du nombre d'animaux utilisés est constatée, qui s'explique par un recours croissant aux méthodes dites alternatives, la réduction de la taille des échantillons, le partage des données, la réutilisation plus systématique des animaux dans plusieurs procédures ne sont pas strictement des méthodes de remplacement ou de substitution à l'expérimentation animale. En effet, l'ensemble de ces méthodes ne vise qu'à réduire ou améliorer le recours aux animaux dans le cadre de recherches. Pourtant, les progrès scientifiques et technologiques offrent aujourd'hui de nouvelles perspectives dans le cadre des travaux en recherche appliquée et en toxicologie. Se développent ainsi des nouvelles méthodes telles que l'ingénierie tissulaire, les technologies des cellules souches ou encore la modélisation et la bio-informatique, et la toxicogénomique, reconnues pour leur fiabilité et sécurité. Ces dernières permettent alors de ne plus solliciter d'animaux tout en permettant des avancées de la science. Toutefois, malgré l'innovation qu'elles représentent, ces méthodes de recherche ne sont que trop peu soutenues par l'État. Par ailleurs, il conviendrait de diversifier davantage la composition de la commission nationale de l'expérimentation animale et d'obliger la publication annuelle des statistiques et des résumés non techniques de projets comme en dispose la directive de 2010. En conséquence, elle lui demande de renforcer le soutien des instances publiques aux méthodes alternatives à l'expérimentation animale dans les recherches scientifiques et dans l'enseignement. Il convient également d'encadrer plus strictement le recours à l'expérimentation animale dans les projets scientifiques publics comme privés.
La réponse
(Réponse du ministère : Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, JO du 21 mai 2019)
Au sujet du développement de méthodes alternatives à l'expérimentation animale, il convient de rappeler en premier lieu que l'action du Gouvernement s'inscrit, en la matière, dans le cadre d'une réglementation européenne qui, établissant un encadrement strict du recours à l'expérimentation animale à des fins de recherche, repose sur un triptyque dit règle des 3R : réduire, raffiner et remplacer. Ces trois principes directeurs doivent être considérés comme complémentaires et ne doivent pas être opposés. Le développement de techniques de substitution à l'expérimentation animale est nécessaire, mais il n'est pas possible d'envisager, en l'état des sciences et des techniques, que la recherche pourrait, à court ou moyen terme, se passer de l'expérimentation animale. Aussi, les actions relevant du raffinement des techniques et de la réduction du recours à ce type d'expérimentation sont essentielles, et c'est pourquoi la Directive 2010/63/UE prévoit par ailleurs la mise en place d'une procédure d'autorisation des projets recourant à l'expérimentation animale à des fins de recherche qui, en France, est de la compétence du ministère chargé de la recherche. Pour le développement des méthodes de substitution, a été créé en 2007, en collaboration avec l'AFSSAPS, une plate-forme française pour le développement des méthodes alternatives (FRANCOPA) dans le but de fédérer l'ensemble des acteurs nationaux agissant dans le domaine des méthodes alternatives à l'expérimentation animale, et de promouvoir l'échange des connaissances sur le sujet. FRANCOPA s'inscrit dans le réseau des seize plates-formes nationales européennes dédiées aux méthodes alternatives dont les activités sont coordonnées par la plate-forme européenne ECOPA. La plate-forme FRANCOPA s'est structurée autour de quatre piliers : la recherche académique, les agences réglementaires, l'industrie et les associations de protection des animaux, auxquels doit être ajouté un dernier acteur, le ministère chargé de la recherche. Dans le cadre de FRANCOPA, un colloque intitulé « Se dispenser d'essai chez l'animal dans les tests réglementaires » a été organisé au ministère chargé de la recherche en septembre 2011, et a été introduit par le directeur général pour la recherche et l'innovation. Un rapport a également été élaboré en 2011, puis mis à jour en 2016, avec pour objet l'état des lieux des méthodes alternatives dans le domaine de l'expérimentation animale en France. Les recommandations issues de ce rapport sont mises en oeuvre par le ministère. Par ailleurs, le Gouvernement a identifié, en s'appuyant sur FRANCOPA, plusieurs laboratoires de référence nationaux, enregistrés auprès des instances européennes, en vue d'accélérer la validation de nouvelles méthodes alternatives, dans la mesure où le Centre européen de validation des méthodes alternatives (CEVMA) n'a pu valider qu'une trentaine de méthodes depuis trente ans. Cela montre bien que la validation demeure un sujet difficile et que ce type de méthode ne peut remplacer que dans certaines situations l'utilisation des animaux. Il faut noter que la composition de la commission nationale de l'expérimentation animale se veut pluraliste, puisqu'y sont représentés les ministères concernés, les professionnels de la recherche publique et privée, mais aussi des associations de protection des animaux et de la nature. D'autre part, conformément aux exigences tirées de la réglementation européenne, les statistiques concernant le recours à l'expérimentation animale en France sont publiées selon un rythme annuel et les statistiques 2017, réalisées une fois que les procédures expérimentales de l'année 2017 étaient terminées, seront disponibles courant de l'année 2018. De la même façon, une nouvelle série de résumés non techniques des projets autorisés au cours des années 2017 et 2018 sera prochainement mise à disposition du grand public.
Les éléments concrets
Ce que la réponse avance de vérifiable. Survoler un élément montre son passage.
- La directive 2010/63/UE prévoit une procédure d'autorisation des projets recourant à l'expérimentation animale, qui relève en France du ministère chargé de la recherche.
- La plate-forme française pour le développement des méthodes alternatives (FRANCOPA) a été créée en 2007, en collaboration avec l'AFSSAPS.
- FRANCOPA fait partie du réseau des seize plates-formes nationales européennes dédiées aux "méthodes alternatives", dont les activités sont coordonnées par la plate-forme européenne ECOPA.
- FRANCOPA réunit la recherche académique, les agences réglementaires, l'industrie, les associations de protection des animaux et le ministère chargé de la recherche.
- Un colloque intitulé "Se dispenser d'essai chez l'animal dans les tests réglementaires" a été organisé dans le cadre de FRANCOPA au ministère chargé de la recherche en septembre 2011.
- Un rapport sur l'état des lieux des "méthodes alternatives" dans le domaine de l'expérimentation animale en France a été élaboré en 2011, puis mis à jour en 2016.
- Le Centre européen de validation des méthodes alternatives (CEVMA) a validé une trentaine de méthodes en trente ans.
- La commission nationale de l'expérimentation animale réunit les ministères concernés, des professionnels de la recherche publique et privée et des associations de protection des animaux et de la nature.
- Les statistiques du recours à l'expérimentation animale en France sont publiées chaque année, conformément à la réglementation européenne ; celles de 2017 sont annoncées pour le courant de 2018.
Le détail de l'analyse
Les sources de la réponse
Les organismes cités
Sur le site de l'OXA
Recueil établi et publié par l'Observatoire de l'Expérimentation Animale. Les textes des questions et des réponses sont ceux que publient l'Assemblée nationale, le Sénat et le Parlement européen. Un texte que les sources ouvertes ne donnent qu'en anglais est publié dans une traduction de l'OXA, avec l'original.
Cette analyse a été produite par un modèle de langage appliquant la grille de l'OXA décrite dans la méthode du recueil, et contrôlée par des scripts. Elle n'a pas été relue question par question.
Les méthodes non animales remplacent l'utilisation d'animaux par d'autres moyens. Par contraste avec l'expérimentation in vivo, sur des animaux vivants, elles forment trois familles, qui se combinent ou fonctionnent séparément : in vitro (organes sur puce, organoïdes, cultures de cellules), in silico (algorithmes prédictifs, jumeaux numériques) et in humano (épidémiologie, participation de volontaires consentants à des recherches et à des essais cliniques).
La Commission nationale pour la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques, dite CNEA, réunit des représentants des différents intérêts concernés. Elle discute notamment des autorisations de projets de formation professionnelle et adresse des recommandations thématiques aux ministères.
Chaque demande d'autorisation de projet comporte un résumé non technique (RNT), rédigé par l'établissement. Anonyme, il présente les objectifs du projet, les dommages et les avantages escomptés, le nombre et les types d'animaux, et la manière dont le projet applique les 3R. Depuis 2021, les États membres le transmettent à la Commission européenne dans les six mois suivant l'autorisation, et la Commission le publie dans ALURES.
L'expression "expérimentation animale", employée au cours du XXe siècle et encore largement répandue, désigne toutes les utilisations des animaux susceptibles de leur nuire dans le cadre de recherches, de tests ou d'enseignements. L'OXA la retient parce qu'elle n'est ni complaisante, ni concentrée sur les pratiques qui infligent les plus grandes souffrances. La réglementation parle d'"utilisation des animaux à des fins scientifiques" : toute utilisation susceptible de causer à l'animal "une douleur, une souffrance, une angoisse ou des dommages durables équivalents ou supérieurs à ceux causés par l'introduction d'une aiguille effectuée conformément aux bonnes pratiques vétérinaires".
Le ministère chargé de la recherche (direction générale de la recherche et de l'innovation) délivre les autorisations de projet sur la base des avis des "comités d'éthique en expérimentation animale" (CEEA), publie les résumés non techniques (RNT) des projets autorisés, et recueille et diffuse les chiffres annuels de l'expérimentation animale en France.
Les utilisations réglementaires consistent à réaliser sur des animaux des tests dont l'emploi et la méthodologie sont imposés par des réglementations nationales ou internationales. C'est le cas des tests de toxicité et du contrôle de qualité des lots de produits médicamenteux, mais aussi des tests de produits chimiques ou de pesticides avant leur mise sur le marché.