Les questions parlementaires
Décret du 17 mars 2020 et objection de conscience
Expérimentation animale
Question au Gouvernement n° 3155, Assemblée nationale, 1er juillet 2020
Le résumé de l'OXA
Le député demande à la ministre si le décret du 17 mars 2020 permet de vendre des animaux de compagnie aux laboratoires, et son agenda sur l'objection de conscience.
5 demandes : réponse à 1, aucune réponse à 4.
Une réponse publique sur la possibilité, ouverte selon le député par le décret du 17 mars 2020, de vendre un animal de compagnie à des laboratoires.
Réponse La ministre répond que le code rural interdit cette vente et que le décret la rend plus explicite ; elle parle de fausse nouvelle.
La position de la ministre sur les méthodes substitutives à l'expérimentation animale.
Aucune réponse La réponse n'en dit rien.
Instaurer un droit à l'objection de conscience pour les chercheurs, notamment les plus jeunes, qui refuseraient l'expérimentation animale.
Aucune réponse La réponse n'en dit rien.
L'agenda de la ministre sur ces questions et leur inscription à l'ordre du jour de l'Assemblée.
Aucune réponse Aucune date ; le député repose la question dans sa réplique, qui reste sans réponse dans le texte publié.
D'où viennent les 26 % d'animaux qui, selon le député, ne figurent pas chaque année sur les listes des établissements agréés.
Aucune réponse Question de la réplique, sans réponse dans le texte publié.
La fiche
Thèmes : élevages et provenance des animaux, réglementation, méthodes sans animaux
- Auteur
- M. Vincent Ledoux (Agir ensemble, Nord (10e circonscription))
- Ministère interrogé
- Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation
- Rubrique
- animaux
- Séance
- 1er juillet 2020
- Statut
- Réponse publiée
- Sources
La question
Une question au Gouvernement n'a pas de texte écrit : la question et la réponse sont posées en séance, et l'échange entier est dans la réponse.
La réponse
(Réponse en séance, Assemblée nationale, séance du 1er juillet 2020)
EXPÉRIMENTATION ANIMALE
M. le président. La parole est à M. Vincent Ledoux.
M. Vincent Ledoux. L'enfer n'existe pas pour les animaux, prétendait Victor Hugo : ils y sont déjà. Certes la conscience de la réalité animale ne cesse de progresser, même si c'est trop lentement et on scrute désormais les petits reculs qui peuvent se nicher dans les détails.
Ce fut le cas le 17 mars 2020, lorsqu'un décret est venu modifier le code rural relativement à l'expérimentation animale. Vous nous avez répondu sur ce point et nous vous en remercions, mais nous souhaitons que vous nous répondiez aujourd'hui publiquement, devant la représentation nationale. Nous ne pouvons pas admettre qu'on puisse vendre un animal de compagnie à des laboratoires en vue d'expérimentations animales. C'est tout simplement impensable.
M. Jean-Luc Mélenchon. Bravo !
M. Vincent Ledoux. Le groupe Agir ensemble juge en outre utile que vous fassiez connaître votre position relative aux méthodes substitutives à l'expérimentation animale. Quatre-vingt-six pour cent des Français sont favorables à l'interdiction de l'expérimentation animale dès lors que des méthodes substitutives existent. Ne faut-il pas instaurer un droit à l'objection de conscience, déjà mis en œuvre dans d'autres pays européens en faveur des chercheurs, notamment les plus jeunes, qui refuseraient d'en passer par l'expérimentation animale ? Nous souhaiterions connaître votre agenda en la matière et savoir si ces questions seront inscrites à l'ordre du jour de notre assemblée.
M. le président. La parole est à Mme la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation.
Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation. Je vous remercie de me donner aujourd'hui l'occasion de rappeler publiquement que la provenance des animaux utilisés à des fins d'expérimentation scientifique n'est pas ouverte à tous les trafics : c'est ce qu'on appelle une fausse nouvelle et il est très important que nous puissions aujourd'hui en parler.
En effet, le code rural interdit la vente d'animaux à des fins d'expérimentation scientifique – interdiction encore plus explicite depuis le décret du 17 mars 2020. Lorsque nous avons transposé la directive européenne, nous avons d'abord précisé que l'utilisation d'animaux venant d'établissements agréés ne pouvait tolérer que deux dérogations : pour des fins scientifiques, et lorsque les établissements étaient incapables de fournir les animaux. La Communauté européenne nous a demandé de retirer cette seconde dérogation, pour en revenir au droit strict : en aucun cas, l'incapacité des établissements agréés de fournir des animaux à des fins de recherche scientifique ne permet de se tourner vers d'autres sources d'approvisionnement. Tel est l'objet du décret du 17 mars – c'est-à-dire, précisément, le contraire de ce dont nous sommes accusés. Nous œuvrons bien en faveur de la cause animale. Le décret a d'ailleurs été élaboré avec la commission nationale de l'expérimentation animale, ainsi qu'avec des représentants d'associations de défense des animaux, que je tiens à remercier. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LaREM.)
M. le président. La parole est à M. Vincent Ledoux.
M. Vincent Ledoux. Tous les ans, 26 % des animaux utilisés à des fins scientifiques ne figurent pas sur les listes des établissements agréés. D'où viennent-ils ? Par ailleurs, madame la ministre, quel est votre agenda concernant l'objection de conscience et les méthodes substitutives à l'expérimentation animale ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe Agir ens.)
Les éléments concrets
Ce que la réponse avance de vérifiable. Survoler un élément montre son passage.
- Le code rural interdit la vente d'animaux à des fins d'expérimentation scientifique.
- Le décret du 17 mars 2020 retire la dérogation qui permettait d'autres sources d'approvisionnement quand les établissements agréés ne pouvaient pas fournir les animaux.
- Le décret du 17 mars 2020 a été élaboré avec la commission nationale de l'expérimentation animale et des représentants d'associations de défense des animaux.
Le détail de l'analyse
Les sources de la réponse
- Décret n° 2020-274 du 17 mars 2020 texte juridique
- Code rural et de la pêche maritime texte juridique
Les organismes cités
- Commission européenne (Communauté européenne dans la réponse)
- Commission nationale de l'expérimentation animale (CNEA)
- Groupe Agir ensemble
Sur le site de l'OXA
Recueil établi et publié par l'Observatoire de l'Expérimentation Animale. Les textes des questions et des réponses sont ceux que publient l'Assemblée nationale, le Sénat et le Parlement européen. Un texte que les sources ouvertes ne donnent qu'en anglais est publié dans une traduction de l'OXA, avec l'original.
Cette analyse a été produite par un modèle de langage appliquant la grille de l'OXA décrite dans la méthode du recueil, et contrôlée par des scripts. Elle n'a pas été relue question par question.
L'objection de conscience à l'expérimentation animale consiste, pour des étudiants, étudiantes ou personnes en poste, à refuser de participer à des pratiques qui utilisent des animaux. L'exprimer peut inciter au développement et à la mise à disposition de méthodes non animales dans l'enseignement et la formation. Elle n'est pas reconnue dans le droit français. Une proposition de loi qui vise à la reconnaître pour les étudiants a été déposée à l'Assemblée nationale le 17 avril 2025. Au 1er octobre 2026, elle n'a connu que son renvoi en commission.
L'expression "expérimentation animale", employée au cours du XXe siècle et encore largement répandue, désigne toutes les utilisations des animaux susceptibles de leur nuire dans le cadre de recherches, de tests ou d'enseignements. L'OXA la retient parce qu'elle n'est ni complaisante, ni concentrée sur les pratiques qui infligent les plus grandes souffrances. La réglementation parle d'"utilisation des animaux à des fins scientifiques" : toute utilisation susceptible de causer à l'animal "une douleur, une souffrance, une angoisse ou des dommages durables équivalents ou supérieurs à ceux causés par l'introduction d'une aiguille effectuée conformément aux bonnes pratiques vétérinaires".
La Commission nationale pour la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques, dite CNEA, réunit des représentants des différents intérêts concernés. Elle discute notamment des autorisations de projets de formation professionnelle et adresse des recommandations thématiques aux ministères.