Les questions parlementaires
Décret du 17 mars 2020 et méthodes non animales
Protection des animaux
Question au Gouvernement n° 3170, Assemblée nationale, 1er juillet 2020
Le résumé de l'OXA
Le député demande à la ministre où en est l'application de la règle des 3R en France et plaide pour des moyens accrus en faveur des méthodes non animales.
2 demandes : réponse partielle à 1, aucune réponse à 1.
Où en est l'application en France de la règle dite des 3R.
Réponse partielle La ministre affirme, sans chiffre, que les méthodes non animales sont prédominantes dans les laboratoires et renvoie à un travail des trois ministères présenté à l'automne.
Des moyens plus importants pour appliquer la règle des 3R et développer les méthodes non animales, comme au Royaume-Uni.
Aucune réponse Aucun moyen ni montant ; la ministre dit seulement que son ministère travaille à la promotion de ces méthodes.
Les erreurs de la réponse
- "membres du Comité national de l'expérimentation animale" : L'instance est la Commission nationale de l'expérimentation animale, que le député nomme ainsi dans le même échange et que la ministre appelle la CNEA deux phrases plus loin.
La fiche
Thèmes : méthodes sans animaux, élevages et provenance des animaux, instances nationales
- Auteur
- M. Loïc Dombreval (La République en Marche, Alpes-Maritimes (2e circonscription))
- Ministère interrogé
- Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation
- Rubrique
- animaux
- Séance
- 1er juillet 2020
- Statut
- Réponse publiée
- Sources
La question
Une question au Gouvernement n'a pas de texte écrit : la question et la réponse sont posées en séance, et l'échange entier est dans la réponse.
La réponse
(Réponse en séance, Assemblée nationale, séance du 1er juillet 2020)
PROTECTION DES ANIMAUX
M. le président. La parole est à M. Loïc Dombreval.
M. Loïc Dombreval. Madame la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, nous venons de l’évoquer, le décret du 17 mars 2020 modifiant certaines dispositions relatives à la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques a déclenché une vive émotion, largement relayée et amplifiée par les réseaux sociaux et les médias.
Cela n’a pas été signalé par notre collègue Vincent Ledoux, mais il faut noter que ce décret double le nombre de représentants de la protection animale au sein de la Commission nationale de l’expérimentation animale – CNEA.
Je vous remercie, madame la ministre, d’avoir précisé la réalité de vos intentions, d’avoir levé toute ambiguïté sur la modification de l’article R. 214-90 du code rural et d’avoir rassuré les associations et nos concitoyens, en confirmant qu’il reste bien illégal et impossible pour un laboratoire d’utiliser des animaux volés, cédés ou vendus par des particuliers.
Au-delà de ce nécessaire éclaircissement, notre échange doit être également l’occasion d’affirmer que la règle dite des « 3R » : réduire et raffiner l’utilisation d’animaux d’expérimentation et la remplacer par des méthodes alternatives, doit être appliquée de façon beaucoup plus volontariste en France, à l'instar de ce qui se fait chez nos voisins britanniques. Oui, la France doit se doter de moyens plus importants pour développer l’application de la règle des 3R et, autant que faire se peut, les méthodes alternatives à l'expérimentation sur les animaux.
Où en est dans notre pays l'application de cette règle essentielle en expérimentation animale : réduire, raffiner, et remplacer ? (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM. – M. Éric Diard applaudit également.)
M. le président. La parole est à Mme la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation.
Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation. Le premier enseignement que je tire de cet emballement dans les médias et sur les réseaux sociaux, que vous avez rappelé, est que le dialogue avec les associations de protection animale demeure essentiel. La Fondation Brigitte Bardot et la Fondation droit animal, éthique et science, qui sont toutes deux membres du Comité national de l'expérimentation animale, ont, très tôt, souligné que l'interprétation du décret du 17 mars faite par certains était mauvaise. C'était d'autant plus respectable de leur part qu'elles avaient été évidemment consultées lors de la rédaction de ce décret.
Ces discussions ont également conforté notre volonté d'ouvrir davantage encore le dialogue avec ces associations. C'est pourquoi, vous l'avez rappelé, nous avons doublé la représentation des associations de protection au sein de la CNEA dans le même décret du 17 mars.
Cela est toutefois encore insuffisant.
M. Éric Diard. Évidemment ! Agissons !
Mme Frédérique Vidal, ministre . Notre pays est un acteur majeur de la recherche en biologie et en santé. Il ne peut pas se satisfaire d'une opposition stérile entre recours à l'animal et méthodes alternatives. Oui, nous appliquerons la règle des 3R que vous avez évoquée. Ces méthodes alternatives sont aujourd'hui prédominantes dans les laboratoires. Le recours à l'animal n'est envisagé que lorsqu'il faut se confronter à la complexité du vivant – nous en avons encore eu un exemple, tout récemment, avec la crise du covid-19 : cette approche demeure essentielle dans certains cas, qu'il s'agisse de santé humaine ou de santé animale.
C'est pourquoi mon ministère, en liaison étroite avec les ministères chargés de l'agriculture et de l'écologie, travaille sur la mise en lumière de la réalité des pratiques des chercheurs, sur la promotion nécessaire des méthodes alternatives et enfin sur l'instruction des jeunes qui auront à les pratiquer. Le résultat de ce travail sera présenté à l'automne. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes LaREM et MODEM.)
M. Éric Diard. Insuffisant !
Les éléments concrets
Ce que la réponse avance de vérifiable. Survoler un élément montre son passage.
- La Fondation Brigitte Bardot et la Fondation droit animal, éthique et science, membres de la Commission nationale de l'expérimentation animale, ont été consultées pour rédiger le décret du 17 mars.
- Le décret du 17 mars a doublé la représentation des associations de protection animale au sein de la CNEA.
Le détail de l'analyse
Les sources de la réponse
- Décret n° 2020-274 du 17 mars 2020 texte juridique
Les organismes cités
- Fondation Brigitte Bardot
- Fondation droit animal, éthique et science
- Commission nationale de l'expérimentation animale (CNEA)
- Ministère chargé de l'agriculture
- Ministère chargé de l'écologie
Sur le site de l'OXA
Recueil établi et publié par l'Observatoire de l'Expérimentation Animale. Les textes des questions et des réponses sont ceux que publient l'Assemblée nationale, le Sénat et le Parlement européen. Un texte que les sources ouvertes ne donnent qu'en anglais est publié dans une traduction de l'OXA, avec l'original.
Cette analyse a été produite par un modèle de langage appliquant la grille de l'OXA décrite dans la méthode du recueil, et contrôlée par des scripts. Elle n'a pas été relue question par question.
Le principe des 3R a été formulé dans les années 1950 par William Russell, zoologiste, et Rex Burch, microbiologiste. Il demande de remplacer les animaux par d'autres méthodes quand elles permettent d'obtenir les mêmes résultats, de réduire le nombre d'animaux de chaque projet sans compromettre la validité statistique des résultats, et de raffiner les méthodes de détention et d'expérimentation pour réduire les souffrances sans compromettre l'objectif du projet. Les milieux de l'expérimentation animale s'en servent souvent pour justifier le statu quo et parler d'éthique. Une littérature grandissante remet en question leur pertinence, faute de cadre éthique normatif et de définition claire.
Les méthodes non animales remplacent l'utilisation d'animaux par d'autres moyens. Par contraste avec l'expérimentation in vivo, sur des animaux vivants, elles forment trois familles, qui se combinent ou fonctionnent séparément : in vitro (organes sur puce, organoïdes, cultures de cellules), in silico (algorithmes prédictifs, jumeaux numériques) et in humano (épidémiologie, participation de volontaires consentants à des recherches et à des essais cliniques).
La Commission nationale pour la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques, dite CNEA, réunit des représentants des différents intérêts concernés. Elle discute notamment des autorisations de projets de formation professionnelle et adresse des recommandations thématiques aux ministères.
La Fondation Droit Animal, Éthique et Sciences (LFDA) consacre l'une de ses campagnes à l'expérimentation animale. Elle demande notamment la protection des décapodes, et récompense des méthodes non animales par le prix Alfred Kastler.
L'éthique est la branche de la philosophie qui réfléchit à la signification des termes moraux, comme bien et mal, et à la manière de déterminer ce qui est bien ou mal selon des critères débattus. Dans les discours sur l'expérimentation animale, "l'éthique" désigne plutôt une réflexion sur le respect de la réglementation et des bonnes pratiques. La formation du Gircor destinée aux membres des "comités d'éthique" définit mal l'éthique et propage des idées fausses sur la philosophie morale.