Les questions parlementaires
Élevages de chiens de Mézilles et Gannat, Fait
Expérimentation animale, élevages de chiens de Mézilles et Gannat
Question écrite n° 11942, Assemblée nationale, 10 octobre 2023
Le résumé de l'OXA
Le député interroge la ministre sur les élevages de chiens de Mézilles et Gannat et demande des mesures contre les souffrances et pour la transparence des données.
3 demandes : réponse à 1, réponse partielle à 2.
Les mesures que le Gouvernement envisage pour limiter les souffrances des animaux utilisés à des fins d'expérimentation.
Réponse partielle La réponse donne la part des procédures sévères, 14 % et 4 % pour les chiens, et annonce un travail du FC3R avec le CNREEA, mais renvoie toute mesure à une analyse sans date.
Assurer la collecte des données sur l'utilisation des animaux exigée par la réglementation européenne.
Réponse La réponse décrit la collecte annuelle auprès de tous les laboratoires, close seulement à 100 % des réponses, et sa transmission à la Commission européenne.
Favoriser la transparence de ces données sur les conditions de détention, d'exploitation et d'expérimentation des animaux.
Réponse partielle La réponse cite la diffusion des statistiques au public et leur envoi à One Voice ; elle ne dit rien des rapports d'inspection ni des comptes rendus de visites préfectorales que la question dit difficiles d'accès.
La fiche
Thèmes : élevages et provenance des animaux, transparence, conditions et devenir des animaux · Espèce : chiens
- Auteur
- M. Philippe Fait (Renaissance, Pas-de-Calais (4e circonscription))
- Ministère interrogé
- Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche
- Ministère attributaire
- Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche
- Rubrique
- animaux
- Question publiée
- au Journal officiel du 10 octobre 2023
- Réponse publiée
- au Journal officiel du 12 mars 2024
- Statut
- Réponse publiée
- Sources
La question
(Question écrite n° 11942 de M. Philippe Fait, Assemblée nationale, JO du 10 octobre 2023)
M. Philippe Fait appelle l'attention de Mme la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche sur l'expérimentation animale et la situation des élevages de chiens de Mézilles et Gannat. Selon une enquête réalisée par deux ONG, Anima au Danemark et Camp Beagle au Royaume-Uni, des milliers de chiens élevés aux États-Unis d'Amérique d'Amérique par l'entreprise d'élevage américaine Marshall BioResources seraient vendus aux laboratoires français en transitant par le Danemark. Ils seraient retenus dans des élevages à Mézilles et Gannat avant d'être remis à des laboratoires à des fins de tests. Selon les dernières statistiques du ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation en 2016, près de 2 millions d'animaux ont été sujets aux expérimentations des laboratoires français. En 2021, le chiffre est identique. La réglementation européenne (2010/63/UE) est pourtant claire lorsqu'elle impose aux États membres de l'Union européenne de décliner la règle des 3R (réduire, raffiner, remplacer) dans le cadre de l'expérimentation animale. Ces chiens sont soumis à des injections de produits, des prises de sang, des prélèvements de tissus, d'organes, des ponctions, des biopsies, des gavages, des tests cutanés, cardiaques et cérébraux. Les beagles et les golden retrievers sont les races privilégiées en raison de leur docilité et leur sensibilité rendant leur expérimentation d'autant plus cruelle. La Commission européenne a institué en 2015 la base de données ALURES qui prévoit de regrouper des données sur les expérimentations menées par chaque pays membre. Ces données permettent d'extraire des statistiques sur le niveau de souffrance reçu par les animaux dans ce cadre. Cependant, les laboratoires ne respecteraient pas ces exigences de transparence, ce qui compliquerait les rapports d'inspection publics permettant aux services de l'État de les contrôler, afin d'assurer l'application de la directive européenne évoquée précédemment. De plus, l'accès aux comptes rendus de visites préfectorales engagées dans ce cadre présente de réelles difficultés. Les données compilées par l'association One Voice mettent en évidence un niveau de souffrance plus élevé dans le pays pour les animaux utilisés à des fins d'expérimentation, à l'inverse des pays scandinaves comme la Finlande qui tendent à limiter au maximum les expérimentations causant trop de souffrances aux animaux. À la lumière de ces éléments, il lui demande de lui indiquer quelles mesures le Gouvernement envisage afin de limiter les souffrances infligées aux animaux utilisés à des fins d'expérimentation et de bien vouloir tout mettre en œuvre pour assurer la collecte et favoriser la transparence de ces données censées rendre compte des conditions de détention, d'exploitation et surtout d'expérimentation de ces animaux, exigée par la réglementation européenne en vigueur.
La réponse
(Réponse du ministère : Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, JO du 12 mars 2024)
L'utilisation d'animaux à des fins scientifiques est une activité fortement réglementée. Elle n'est possible qu'après l'obtention d'un avis favorable du comité d'éthique en expérimentation animale et l'autorisation du projet par le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche. Malgré les progrès importants des méthodes alternatives et les efforts de recherche pour remplacer le recours aux animaux, ce recours reste une nécessité scientifique comme l'a rappelé la Commission européenne (réponse du 25 juillet 2023 de la Commission européenne à l'Initiative citoyenne européenne Save cruelty free cosmetics – commit to a Europe without animal testing). Le nombre d'animaux utilisés à des fins scientifiques, entre les années 2016 et 2021, est resté stable (- 1 %). Une analyse plus détaillée montre qu'au cours de cette période, le nombre d'animaux utilisés pour des recherches liées à la conservation des espèces a augmenté d'un facteur 3, tandis que le nombre d'animaux utilisés en recherche biomédicale (recherches fondamentale, translationnelle et réglementaire) a diminué de 4 %. Effectivement, la France importe des chiens en provenance des États-Unis d'Amérique. Les données statistiques montrent qu'en 2021, 603 chiens (23 % du total de cette année) provenaient des États-Unis soit deux fois moins qu'en 2016 (1 261 chiens). Le ministère considère que la présence et le développement d'élevages de chiens sur le territoire français contribuent non seulement à l'objectif de souveraineté nationale en recherche biomédicale mais également à préserver le bien-être de ces chiens en évitant les contraintes de leur transport par avion. La réglementation impose la collecte annuelle des données statistiques relative à l'utilisation d'animaux dans des procédures expérimentales puis leur transmission à la Commission européenne. Tous les ans, les services du ministère assurent la collecte, auprès de l'intégralité des laboratoires français, des données, leur synthèse, leur transmission à la Commission européenne et leur diffusion auprès du public. Les données transmises à la Commission européenne sont également adressées à l'association One Voice citée. Le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche ne clôt cette enquête que lorsqu'il dispose de 100 % des réponses et veille ainsi à ce que chaque laboratoire fournisse les données prévues par la réglementation européenne. En 2021, les procédures classées au niveau sévère en France représentent 14 % pour l'ensemble des espèces et 4 % pour les chiens. Le Centre français pour les 3R (FC3R) a initié, en lien avec le Comité national de réflexion éthique en expérimentation animale (CNREEA), un travail sur ce sujet. Une analyse de ce constat est nécessaire avant de définir des mesures : l'application des critères de classements sont-ils appliqués de façon similaire par les laboratoires français et européen ? Les pratiques de recherche sont-elles différentes en France ? Le ministère apporte son appui et travaille avec le FC3R et le CNREEA sur ce constat. À la différence de la Finlande, la France a une position forte dans les domaines de la médecine humaine ou vétérinaire avec plusieurs leaders mondiaux grâce à ses nombreux laboratoires de recherche et à ses nombreuses entreprises privées dans le secteur des biotechs. Ces acteurs contribuent à la souveraineté nationale dans le domaine de la santé. Le ministère veille à ce que leurs activités soient réalisées dans le respect de la réglementation française et européenne. Cette réglementation est la plus protectrice du bien-être des animaux au niveau mondial. Par ailleurs, le ministère soutient le FC3R, notamment ses appels d'offre permettant de limiter le recours aux animaux (2022 – remplacement : alternatives aux modèles animaux et produits d'origine animale en recherche ; 2023 – approches numériques). L'utilisation justifiée et nécessaire des animaux à des fins scientifiques, la garantie de leur bien-être et le rayonnement de la recherche française sont des préoccupations majeures du ministère.
Les éléments concrets
Ce que la réponse avance de vérifiable. Survoler un élément montre son passage.
- Un projet utilisant des animaux n'est possible qu'après l'avis favorable d'un "comité d'éthique en expérimentation animale" et l'autorisation du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche.
- En France, entre 2016 et 2021, le nombre d'animaux utilisés à des fins scientifiques est resté stable (- 1 %) ; il a triplé pour la conservation des espèces et baissé de 4 % en recherche biomédicale.
- En France, en 2021, 603 chiens, soit 23 % du total de l'année, venaient des États-Unis, contre 1 261 en 2016.
- La réglementation impose la collecte annuelle des données statistiques sur l'utilisation d'animaux dans des procédures et leur transmission à la Commission européenne.
- Chaque année, le ministère collecte auprès de tous les laboratoires français les données statistiques sur l'utilisation d'animaux, les transmet à la Commission européenne et les diffuse au public.
- Les données statistiques sur l'utilisation d'animaux transmises à la Commission européenne sont aussi adressées à l'association One Voice.
- Le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche ne clôt l'enquête statistique annuelle qu'avec 100 % des réponses des laboratoires.
- En 2021, en France, les procédures classées sévères représentent 14 % pour l'ensemble des espèces et 4 % pour les chiens.
- Le Centre français pour les 3R (FC3R) a lancé des appels d'offre en 2022, sur le remplacement des modèles animaux et des produits d'origine animale en recherche, et en 2023, sur les approches numériques.
Le détail de l'analyse
Les sources de la réponse
- Réponse de la Commission européenne du 25 juillet 2023 à l'initiative citoyenne européenne Save cruelty free cosmetics, commit to a Europe without animal testing texte en préparation
- Statistiques annuelles de l'utilisation des animaux à des fins scientifiques en France, 2016 et 2021 chiffre sourcé
- Appels d'offre du FC3R, 2022 (remplacement) et 2023 (approches numériques) autre
Les organismes cités
Les questions liées
La même question, posée plusieurs fois
- Élevages de chiens de Mézilles et Gannat, BordatQuestion écrite n° 11686, Assemblée nationale, 3 octobre 2023
- Élevages de chiens de Mézilles et Gannat, VignonQuestion écrite n° 11943, Assemblée nationale, 10 octobre 2023
Les questions qui ont reçu la même réponse
Recueil établi et publié par l'Observatoire de l'Expérimentation Animale. Les textes des questions et des réponses sont ceux que publient l'Assemblée nationale, le Sénat et le Parlement européen. Un texte que les sources ouvertes ne donnent qu'en anglais est publié dans une traduction de l'OXA, avec l'original.
Cette analyse a été produite par un modèle de langage appliquant la grille de l'OXA décrite dans la méthode du recueil, et contrôlée par des scripts. Elle n'a pas été relue question par question.
Le FC3R, centre français pour les 3R, a été fondé en 2021 pour promouvoir le développement des 3R. Avec un budget maigre, il lance des appels d'offres, fournit des ressources, diffuse des informations et promeut des formations spécialisées.
Le Comité national de réflexion éthique sur l'expérimentation animale (CNREEA) réunit des représentants des pouvoirs publics et de différentes spécialités. Il encadre l'activité des "comités d'éthique en expérimentation animale" et adresse des recommandations thématiques à la CNEA.
L'association One Voice consacre une campagne à l'expérimentation animale. Elle demande davantage de transparence, promeut le développement des méthodes non animales et a mené plusieurs enquêtes, notamment sur l'utilisation des primates.
La directive européenne impose d'inspecter chaque année au moins un tiers des établissements qui utilisent des animaux, choisis selon une analyse de risque, et au moins une fois par an ceux qui élèvent, fournissent ou utilisent des primates. Une partie des inspections se fait sans avertissement. Rien n'impose d'inspecter chaque année un établissement sans primates.
En France, l'évaluation des projets que la réglementation européenne impose avant leur autorisation revient aux "comités d'éthique en expérimentation animale" (CEEA ou C2EA). Ce sont des groupes locaux créés à l'initiative des laboratoires, qui examinent leurs demandes d'autorisation de projet avant leur envoi au ministère chargé de la recherche. Ils doivent réunir cinq "compétences" : conception de projet, réalisation de projet, soins et mise à mort des animaux, pratique vétérinaire, et un membre "non-spécialiste". Ils n'ont aucune obligation de compétence en méthodes n'utilisant pas d'animaux, en biostatistiques, en droit, ni même en éthique, et sont majoritairement composés de personnes qui travaillent pour les laboratoires dont ils évaluent les projets.
L'expression "expérimentation animale", employée au cours du XXe siècle et encore largement répandue, désigne toutes les utilisations des animaux susceptibles de leur nuire dans le cadre de recherches, de tests ou d'enseignements. L'OXA la retient parce qu'elle n'est ni complaisante, ni concentrée sur les pratiques qui infligent les plus grandes souffrances. La réglementation parle d'"utilisation des animaux à des fins scientifiques" : toute utilisation susceptible de causer à l'animal "une douleur, une souffrance, une angoisse ou des dommages durables équivalents ou supérieurs à ceux causés par l'introduction d'une aiguille effectuée conformément aux bonnes pratiques vétérinaires".
Le ministère chargé de la recherche (direction générale de la recherche et de l'innovation) délivre les autorisations de projet sur la base des avis des "comités d'éthique en expérimentation animale" (CEEA), publie les résumés non techniques (RNT) des projets autorisés, et recueille et diffuse les chiffres annuels de l'expérimentation animale en France.
Les projets classés dans les catégories "conservation des espèces" et "protection de l'environnement" sont variés. Leurs objectifs vont de l'optimisation de l'élevage d'animaux destinés à être tués et mangés à l'étude d'animaux d'espèces plus ou moins menacées, pour comprendre le fonctionnement de leur écosystème et leur adaptation aux changements d'environnement, en passant par l'étude de l'impact des polluants et des activités humaines sur les animaux, et par l'étude de méthodes de mise à mort d'animaux d'espèces jugées envahissantes.
Les statistiques françaises et européennes comptent des utilisations d'animaux dans des procédures : un animal réutilisé dans une nouvelle procédure compte une fois de plus. La directive européenne appelle procédure toute utilisation d'un animal à des fins scientifiques ou éducatives "susceptible de causer à cet animal une douleur, une souffrance, une angoisse ou des dommages durables équivalents ou supérieurs à ceux causés par l'introduction d'une aiguille". Les réutilisations restent rares : faute de mieux, le nombre d'utilisations donne une idée du nombre d'animaux.
Le degré "sévère" de gravité correspond d'après la réglementation aux procédures "en raison desquelles les animaux sont susceptibles d'éprouver une douleur, une souffrance ou une angoisse intense ou une douleur, une souffrance ou une angoisse modérée de longue durée ainsi que celles susceptibles d'avoir une incidence grave sur le bien-être ou l'état général des animaux".