Les questions parlementaires
Transposabilité à l'humain des tests de toxicité
Expérimentation animale
Question écrite E-3258/01, Parlement européen, 23 novembre 2001
Le résumé de l'OXA
Le député demande à la Commission si le chimpanzé et les autres animaux sont des modèles fiables en toxicologie, et si l'expérimentation animale devrait être interdite au plus vite.
5 demandes : réponse partielle à 4, aucune réponse à 1.
Le chimpanzé est-il un modèle fiable des réactions biologiques humaines ?
Réponse partielle La réponse cite l'avis du Comité scientifique directeur qui écarte les chimpanzés des recherches sur les EST, sans dire s'ils sont un modèle fiable.
Les mesures de toxicité faites sur des animaux sont-elles transposables à l'homme ?
Réponse partielle La réponse admet une utilité limitée dans certains cas, sans position générale.
Des effets toxiques qui apparaissent après des années peuvent-ils être évalués sur des animaux qui vivent 20 à 30 mois ?
Aucune réponse La réponse n'en dit rien.
Une toxicologie fondée sur des cellules, tissus et organes humains est-elle plus fiable que les essais sur animaux ?
Réponse partielle La réponse dit qu'il n'existe pas encore de méthodes pour tous les problèmes toxicologiques, sans comparer leur fiabilité.
L'expérimentation animale devrait-elle être interdite dans les plus brefs délais ?
Réponse partielle La réponse défend sans répondre : certaines expériences restent, selon elle, nécessaires, et elle ne dit pas si elle refuse l'interdiction.
La fiche
Thèmes : valeur scientifique, substances chimiques et toxicologie, interdiction · Espèce : primates
- Auteur
- Paul Lannoye (Verts/ALE)
- Destinataire
- Commission européenne
- Date de la question
- 23 novembre 2001
- Date de la réponse
- 28 janvier 2002
- Statut
- Réponse publiée
- Référence du Journal officiel
- JO C 147 E du 20/06/2002, p. 136
- Sources
La question
(Question écrite E-3258/01 de Paul Lannoye, Parlement européen, 23 novembre 2001)
1. Le chimpanzé ne réagit pas au VIH (le virus qui provoque le sida chez l'homme); il n'est que faiblement affecté par le virus de l'hépatite B (qui provoque l'hépatite chronique et le cancer du foie chez l'homme); mais il meurt (tout comme l'homme) quand il est infecté par le virus Ebola. Cela étant, la Commission considère-t-elle que le chimpanzé, notre parent le plus proche dans l'évolution, est un modèle fiable des réactions biologiques humaines? D'une manière plus générale, compte tenu du fait que toute espèce se définit par une endogamie conjuguée à un matériel génétique unique, qui détermine tous les aspects de ses activités biologiques et, en particulier, ses réactions aux agressions toxiques, la Commission estime-t-elle que les mesures de toxicité effectuées sur tel ou tel modèle animal sont transposables à l'homme? Considère-t-elle que des effets toxiques à long terme (effets cancérigènes, neurotoxicité conduisant à un état neurodégénératif, toxicités à l'origine de dysfonctionnements du foie ou des reins, etc.) qui sont généralement diagnostiqués des années, parfois des décennies, après le début de l'exposition aux agents nocifs peuvent être valablement évalués au moyen de modèles animaux dont l'espérance de vie est limitée à 20 ou 30 mois?
2. La toxicologie est l'étude du comportement biologique d'un être vivant soumis à un agent toxique. Elle peut donc exploiter la masse des notions et des méthodes mises au point par la biologie moderne au cours des dernières décennies et qui ont permis de réaliser des progrès sans précédent. Certaines de ces méthodes, appliquées à l'étude de la toxicité pour les cellules, organes et tissus humains et, au niveau systémique, pour l'homme, permettent de déterminer, avec une rigueur toute scientifique, le(s) cible(s), le(s) effet(s), le(s) mécanisme(s) d'action et l'activité à long terme du produit toxique étudié. La Commission ne juge-t-elle pas cette toxicologie scientifique plus fiable que les essais empiriques effectués sur des modèles animaux, essais qui sont difficilement reproductibles et sans pertinence sous le rapport de la toxicité pour l'homme et qui entraînent la libération de produits hautement toxiques? N'estime-t-elle pas que l'expérimentation animale devrait être interdite dans les plus brefs délais?
La réponse
(Réponse donnée par Mme Wallström au nom de la Commission, 28 janvier 2002)
La Commission est consciente du fait que, dans certains cas, l'expérimentation animale peut s'avérer d'une utilité limitée pour déterminer la gravité des agents nocifs pour l'homme. C'est pourquoi la nécessité de l'expérimentation animale doit être évaluée au cas par cas avec le plus grand soin, et le recours aux primates non humains être considéré comme une question particulièrement délicate. Dans ce contexte, le Comité scientifique directeur est d'avis que, dans l'état actuel des connaissances et en dehors de l'évaluation d'une future stratégie de vaccination, les chimpanzés ne doivent pas être utilisés pour les recherches sur les encéphalopathies spongiformes transmissibles (EST) comme les troubles à long terme associés à l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB). Toutefois, le Comité considère que les lémuriens, les macaques et les saimiris constituent des modèles adaptés et scientifiquement valables pour les EST humaines.
La Commission reconnaît qu'il est souhaitable de limiter, remplacer et affiner l'expérimentation animale et de mettre au point des solutions de substitution appropriées. À cet effet, elle apporte son soutien, dans le cadre du programme Qualité de vie actuel du cinquième programme-cadre de recherche et développement technologique, à plusieurs études consistant notamment à élaborer de nouvelles méthodes in vitro. Dans sa proposition modifiée de sixième programme-cadre pluriannuel(1), la Commission prévoit de continuer à soutenir la recherche sur les méthodes de substitution.
L'une des tâches principales du Centre européen pour la validation de méthodes alternatives (CEVMA) du Centre commun de recherche de la Commission est de valider des méthodes de substitution qui limitent, affinent ou remplacent l'expérimentation animale. Lorsqu'une méthode a été définie, la Commission propose de l'inclure dans la législation communautaire concernée et les expérimentations
animales correspondantes ne doivent plus être utilisées. Ainsi, la Commission a récemment intégré trois méthodes in vitro dans la directive 67/548/CEE du Conseil, du 27 juin 1967, concernant le rapprochement des dispositions législatives, réglementaires et administratives relatives à la classification, l'emballage et l'étiquetage des substances dangereuses(2), lesquelles méthodes sont désormais utilisables à des fins réglementaires. Cependant, il n'existe pas encore de méthodes de substitution pour couvrir tous les problèmes toxicologiques et certaines expérimentations animales sont toujours nécessaires.
Dans son récent Livre blanc Stratégie pour une future politique dans le domaine des substances chimiques(3), la Commission a défini la promotion de l'expérimentation non animale comme un objectif politique, et proposé de recourir le plus possible à des méthodes d'essai n'utilisant pas d'animaux, d'encourager la mise au point de nouvelles méthodes d'expérimentation non animale et de limiter les programmes d'expérimentation.
(1) COM(2001) 709 final.
(2) JO P 196 du 16.8.1967.
(3) COM(2001) 88 final.
Les éléments concrets
Ce que la réponse avance de vérifiable. Survoler un élément montre son passage.
- Selon le Comité scientifique directeur, en l'état actuel des connaissances, pas de chimpanzés pour étudier les EST, hors évaluation d'une future stratégie de vaccination ; lémuriens, macaques et saïmiris jugés adaptés.
- La proposition modifiée de sixième programme-cadre, COM(2001) 709 final, prévoit de continuer à soutenir la recherche sur les méthodes de substitution.
- Valider des méthodes de substitution qui limitent, affinent ou remplacent l'expérimentation animale est l'une des tâches principales du Centre européen pour la validation de méthodes alternatives (CEVMA).
- La Commission a récemment intégré trois méthodes in vitro à la directive 67/548/CEE, désormais utilisables à des fins réglementaires.
- Dans son Livre blanc Stratégie pour une future politique dans le domaine des substances chimiques, COM(2001) 88 final, la Commission a défini la promotion de l'expérimentation non animale comme un objectif politique.
Le détail de l'analyse
Les sources de la réponse
- Avis du Comité scientifique directeur sur les primates dans la recherche sur les EST, sans date avis
- Proposition modifiée de sixième programme-cadre, COM(2001) 709 final texte en préparation
- Directive 67/548/CEE du Conseil du 27 juin 1967, JO P 196 du 16.8.1967 texte juridique
- Livre blanc sur les substances chimiques, COM(2001) 88 final texte en préparation
Les organismes cités
- Comité scientifique directeur
- Centre européen pour la validation de méthodes alternatives (CEVMA, ECVAM)
- Centre commun de recherche (CCR)
Recueil établi et publié par l'Observatoire de l'Expérimentation Animale. Les textes des questions et des réponses sont ceux que publient l'Assemblée nationale, le Sénat et le Parlement européen. Un texte que les sources ouvertes ne donnent qu'en anglais est publié dans une traduction de l'OXA, avec l'original.
Cette analyse a été produite par un modèle de langage appliquant la grille de l'OXA décrite dans la méthode du recueil, et contrôlée par des scripts. Elle n'a pas été relue question par question.
L'expression "expérimentation animale", employée au cours du XXe siècle et encore largement répandue, désigne toutes les utilisations des animaux susceptibles de leur nuire dans le cadre de recherches, de tests ou d'enseignements. L'OXA la retient parce qu'elle n'est ni complaisante, ni concentrée sur les pratiques qui infligent les plus grandes souffrances. La réglementation parle d'"utilisation des animaux à des fins scientifiques" : toute utilisation susceptible de causer à l'animal "une douleur, une souffrance, une angoisse ou des dommages durables équivalents ou supérieurs à ceux causés par l'introduction d'une aiguille effectuée conformément aux bonnes pratiques vétérinaires".