Les questions parlementaires
Origine et réutilisation des primates en 2023
Animaux utilisés à des fins scientifiques : statistiques de 2023, primates non humains, projet de centre national de primatologie
Question écrite n° 04872, Sénat, 29 mai 2025
Le résumé de l'OXA
Le sénateur demande pourquoi l'origine exigée des primates n'est pas respectée, comment les primates réutilisés sont suivis, et comment se justifie le budget du centre de primatologie.
5 demandes : réponse partielle à 1, aucune réponse à 4.
Ce qui empêche la France de respecter pleinement l'obligation d'utiliser des primates issus de parents élevés en captivité ou de colonies autonomes.
Aucune réponse La réponse ne dit rien des 28 % de primates utilisés en première intention hors de cette obligation ; elle explique seulement que l'origine des primates réutilisés n'a pas à être déclarée.
Le dispositif qui assure la traçabilité des primates réutilisés.
Aucune réponse La réponse n'en parle pas.
La prise en compte du passé expérimental des primates réutilisés dans l'évaluation des demandes d'autorisation de projet.
Aucune réponse La réponse n'en parle pas.
La prise en compte du cumul des souffrances subies par les primates réutilisés.
Aucune réponse La réponse n'en parle pas.
Comment se justifie l'écart entre les 30 millions d'euros du centre de primatologie et le million d'euros annuel du FC3R.
Réponse partielle La réponse défend le centre, qui doit sécuriser l'accès aux primates et limiter les importations, et cite les 48 millions d'euros du PEPR sur six ans, sans répondre sur l'écart.
La fiche
Thèmes : élevages et provenance des animaux, statistiques, financement · Espèce : primates
- Auteur
- M. Arnaud Bazin (Les Républicains, Val-d'Oise)
- Ministère interrogé
- Éducation nationale, enseignement supérieur et recherche
- Ministère attributaire
- Enseignement supérieur et recherche
- Rubrique
- Recherche, sciences et techniques
- Question publiée
- au Journal officiel du 29 mai 2025
- Réponse publiée
- au Journal officiel du 7 août 2025
- Statut
- Réponse reçue
- Événements
- Transmise le 30 mai 2025 au ministère : Enseignement supérieur et recherche
- Sources
La question
(Question écrite n° 04872 de M. Arnaud Bazin, Sénat, JO du 29 mai 2025)
M. Arnaud Bazin attire l'attention de Mme la ministre d'État, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche sur les statistiques d'animaux utilisés à des fins scientifiques et notamment les PNH (primates non humains) et sur le projet de construction d'un centre national de primatologie. Selon les données de l'enquête statistique publiée en avril 2025 sur l'utilisation des animaux à des fins scientifiques, 2 046 754 animaux ont été utilisés en 2023 dans les laboratoires français. Malgré une légère baisse par rapport à l'année précédente, ce chiffre reste stable autour de 2 millions depuis plus d'une décennie nonobstant les engagements européens en faveur d'une transition vers des méthodes alternatives. Depuis novembre 2022, conformément à l'article 10 de la directive 2010/63 UE, les PNH utilisés dans des procédures doivent obligatoirement être issus de PNH élevés en captivité ou bien issus de colonies autonomes. D'après cette enquête, en 2023, la France respecte cette obligation pour 72 % seulement des PNH utilisés en première intention. Le pourcentage global (PNH utilisés + PNH réutilisés) est vraisemblablement bien inférieur (plus proche de 50 à 60 %) étant donné que pour ce qui concerne les PNH réutilisés (1 087 animaux soit près d'un tiers des primates), on ne connaît ni l'origine géographique, ni la génération filiale - F0/F1/F2...).
Il aimerait donc comprendre ce qui fait obstacle au respect intégral de cette obligation. La réutilisation des PNH est un sujet particulièrement préoccupant qui manque de transparence. Il souhaiterait connaître les dispositifs mis en place pour assurer le suivi des PNH faisant l'objet de réutilisations : leur traçabilité d'une part ; l'intégration de leur anamnèse dans l'évaluation des demandes d'autorisation de projet les concernant (leur passé expérimental impactant indubitablement leur futur expérimental) d'autre part ; et bien-sûr la prise en compte du cumul des souffrances endurées (en sus de la douleur, les PNH, possédant un néocortex préfrontal, sont capables de conceptualisation - la souffrance - faisant appel à des capacités de conscience réflexive, d'imagination, d'abstraction et de projection dans le temps).
Par ailleurs, en juin 2024 le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a fait paraître un appel d'offre pour la construction d'un centre de primatologie dans les Bouches-du-Rhône afin de « satisfaire aux besoins de la recherche académique nationale » (laquelle mobilise environ 1/3 des PNH utilisés). Aux 30 millions d'euros hors TVA de la construction s'ajouteront des frais de fonctionnement faramineux (plus de 1700 PNH y sont prévus). Ce budget est sans commune mesure avec celui du FC3R (centre des méthodes alternatives à l'expérimentation animale) doté d'un seul million d'euros annuel. Il aimerait comprendre comment une telle disproportion se justifie, en totale opposition avec la directive européenne 2010/63/UE, qui impose de limiter le recours aux animaux, de favoriser les méthodes alternatives et de garantir la transparence sur ces pratiques.
La réponse
(Réponse du ministère : Enseignement supérieur et recherche , JO du 7 août 2025)
Depuis 2022, le ministère chargé de l'enseignement supérieur et de la recherche met en oeuvre les recommandations de la Commission européenne publiées la même année dans son guide sur les animaux génétiquement altérés. Cette mise en oeuvre conduit à élargir le champ des animaux comptabilisés en incluant de façon plus large les élevages. En 2022, le nombre d'animaux comptabilisés était de 2 128 058 dont 1 849 859 utilisations directes pour les projets de recherche. En 2023, les chiffres sont respectivement de 2 046 754 et de 1 507 403. La stabilité relative des données statistiques (- 4 %) est la conséquence de l'élargissement du périmètre des animaux comptabilisés. À périmètre équivalent, le nombre d'animaux directement utilisés dans les projets de recherche a en réalité diminué de 19 %. La France respecte intégralement les règles applicables aux données statistiques définies par la Commission européenne dans la décision d'exécution 2020/569 du 16 avril 2020 établissant un format commun et un contenu d'information pour la transmission des informations à déclarer par les États membres en vertu de la directive 2010/63/UE relative à la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques. L'alinéa 2.1.2 du B de l'annexe III B précise notamment que les informations relatives au lieu de naissance et à la génération pour les primates réutilisés ne doivent pas être mentionnées. Par ailleurs, l'extension du centre de primatologie du Centre national de la recherche scientifique dans les Bouches-du-Rhône permettra de sécuriser l'accès aux primates qui, bien que ne représentant que 0,1 % du nombre total d'animaux utilisés en recherche, sont critiques pour certains programmes de recherche comme ceux liés aux maladies émergentes ou aux nouvelles approches thérapeutiques. Cela permettra également de limiter la dépendance de la France vis-à-vis de pays tiers, et d'éviter des transports aériens pour les importations d'animaux. Enfin, des projets de développement de méthodes alternatives sont également déployés. Outre le centre français pour les 3R (remplacer, réduire, raffiner), différents projets sont soutenus par le programme France 2030, à travers le programme et équipement prioritaire de recherche « organes et organoïdes sur puce » (financé à hauteur de 48 millions d'euros sur six années) ou le soutien apporté à la société Neuro Engineering Technologies Research Institut, start-up industrielle spécialisée dans le développement d'organes sur puces.
Les éléments concrets
Ce que la réponse avance de vérifiable. Survoler un élément montre son passage.
- Depuis 2022, le ministère chargé de l'enseignement supérieur et de la recherche applique le guide de la Commission sur les animaux génétiquement altérés, qui inclut plus largement les élevages dans le décompte.
- En 2022, en France, 2 128 058 animaux ont été comptabilisés, dont 1 849 859 utilisations directes dans des projets de recherche.
- En France, de 2022 à 2023, le total des animaux comptabilisés baisse de 4 % ; à périmètre équivalent, le nombre d'animaux directement utilisés dans les projets baisse de 19 %.
- En 2023, en France, 2 046 754 animaux ont été comptabilisés, dont 1 507 403 utilisations directes.
- La décision d'exécution 2020/569 exclut de déclarer le lieu de naissance et la génération des primates réutilisés.
- En France, les primates représentent 0,1 % du nombre total d'animaux utilisés en recherche.
- Le programme et équipement prioritaire de recherche "organes et organoïdes sur puce", du programme France 2030, est financé à hauteur de 48 millions d'euros sur six ans.
- Le programme France 2030 soutient la start-up Neuro Engineering Technologies Research Institut, spécialisée dans le développement d'organes sur puces.
Le chiffre en contexte
"À périmètre équivalent, le nombre d'animaux directement utilisés dans les projets de recherche a en réalité diminué de 19 %" : Dans son enquête statistique 2024, dont le document date de février 2026, après la réponse, le ministère chargé de la recherche réanalyse les données de 2022 et compte 1 664 806 utilisations directes en recherche, au lieu de 1 849 859. Avec ce chiffre, la baisse de 2022 à 2023 est donc de 9,5 %, pour 1 507 403 utilisations en 2023.
Le détail de l'analyse
Les sources de la réponse
Les organismes cités
- Commission européenne
- Centre national de la recherche scientifique (CNRS)
- Centre français sur les 3R (FC3R)
- Neuro Engineering Technologies Research Institut
Sur le site de l'OXA
Recueil établi et publié par l'Observatoire de l'Expérimentation Animale. Les textes des questions et des réponses sont ceux que publient l'Assemblée nationale, le Sénat et le Parlement européen. Un texte que les sources ouvertes ne donnent qu'en anglais est publié dans une traduction de l'OXA, avec l'original.
Cette analyse a été produite par un modèle de langage appliquant la grille de l'OXA décrite dans la méthode du recueil, et contrôlée par des scripts. Elle n'a pas été relue question par question.
Un animal déjà utilisé peut être réutilisé dans une nouvelle procédure. Quand un animal jamais utilisé pourrait l'être à sa place, la directive européenne pose des conditions : procédures précédentes légères ou modérées, animal qui "a pleinement retrouvé son état de santé et de bien-être général", nouvelle procédure légère, modérée ou sans réveil, avis vétérinaire. Par dérogation exceptionnelle, un animal peut être réutilisé après une seule procédure sévère.
Un projet qui utilise des animaux ne peut commencer qu'après son autorisation. En France, l'établissement envoie une demande d'autorisation de projet (DAP) au ministère chargé de la recherche, après son évaluation par un comité d'éthique. La demande comporte un résumé non technique. L'autorisation vaut cinq ans au plus.
Le FC3R, centre français pour les 3R, a été fondé en 2021 pour promouvoir le développement des 3R. Avec un budget maigre, il lance des appels d'offres, fournit des ressources, diffuse des informations et promeut des formations spécialisées.
L'utilisation d'animaux dans l'enseignement supérieur se fait notamment lors des travaux pratiques en biologie, par le biais de dissections, mais aussi de l'apprentissage des manipulations d'animaux pour les prélèvements et d'actes plus invasifs réalisés sous anesthésie avant de tuer l'animal.
Le ministère chargé de la recherche (direction générale de la recherche et de l'innovation) délivre les autorisations de projet sur la base des avis des "comités d'éthique en expérimentation animale" (CEEA), publie les résumés non techniques (RNT) des projets autorisés, et recueille et diffuse les chiffres annuels de l'expérimentation animale en France.