Les questions parlementaires
Établissements publics de recherche membres du Gircor
Adhésion d'établissements publics de recherche à une association inscrite au registre des représentants d'intérêts de la HATVP
Question écrite n° 09185, Sénat, 18 juin 2026
Le résumé de l'OXA
Le sénateur demande si les organismes publics adhérents du Gircor adhèrent aussi à des réseaux de méthodes non animales, et comment le ministère garantit leur neutralité.
2 demandes : réponse partielle à 2.
Si les établissements adhérents du Gircor adhèrent aussi à des associations ou réseaux qui promeuvent les méthodes non animales, et lesquels.
Réponse partielle La réponse cite le FC3R, que ces organismes ont fondé en 2021, sans dire s'ils adhèrent à une association ou à un réseau consacré aux méthodes non animales.
Les mesures prises par le ministère pour garantir la neutralité scientifique et institutionnelle des établissements publics de recherche.
Réponse partielle La réponse défend l'adhésion au Gircor comme une mission d'information, sans répondre : elle ne cite aucune mesure.
La fiche
Thèmes : opinion et associations, instances nationales, méthodes sans animaux
- Auteur
- M. Arnaud Bazin (Les Républicains, Val-d'Oise)
- Ministère interrogé
- Enseignement supérieur, recherche et espace
- Rubrique
- Recherche, sciences et techniques
- Question publiée
- au Journal officiel du 18 juin 2026
- Réponse publiée
- au Journal officiel du 24 septembre 2026
- Statut
- Réponse reçue
- Sources
La question
(Question écrite n° 09185 de M. Arnaud Bazin, Sénat, JO du 18 juin 2026)
M. Arnaud Bazin attire l'attention de M. le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace sur l'adhésion de plusieurs établissements publics de recherche à une association inscrite au registre des représentants d'intérêts tenu par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Il apparaît en effet que certains établissements publics à caractère scientifique et technologique (EPST) et établissements publics à caractère industriel et commercial (EPIC), parmi lesquels le centre national de la recherche scientifique (CNRS), l'institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), le commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) ou encore l'Institut Pasteur, sont adhérents du Gircor (groupe interprofessionnel de réflexion et de communication sur la recherche) dont l'objet déclaré inclut des activités de représentation d'intérêts et de communication visant à éclairer la décision publique sur l'utilisation d'animaux à des fins scientifiques, les plus récentes apparaissant sur le site de le HATVP. Le site internet de l'association témoigne du soutien avéré de celle-ci à l'utilisation des modèles animaux dans la recherche biomédicale et l'on y incite même les chercheurs à prendre parti sur certains projets pourtant très controversés, comme celui d'un centre d'élevage de primates à Rousset. Le Gircor est par ailleurs membre actif d'une organisation européenne exerçant également des activités de représentation d'intérêts dans ce domaine, l'European Animal Research Association. L'adhésion d'établissements publics à une structure exerçant une activité déclarée de représentation d'intérêts soulève plusieurs interrogations, notamment au regard du principe de neutralité des personnes publiques, de l'usage de fonds publics pour financer de telles activités, et de la représentation équilibrée des différentes approches scientifiques existantes dans un débat en pleine évolution. En effet, si certains de ces établissements conduisent également des travaux sur les méthodes de recherche non animales, il n'apparaît pas clairement qu'ils soient adhérents, à titre institutionnel, à des associations ou réseaux ayant pour objet principal la promotion, la validation ou la diffusion de ces approches alternatives. Dans un contexte où les orientations scientifiques et réglementaires relatives à l'expérimentation animale font l'objet de débats importants, l'absence d'adhésion parallèle à des structures représentant d'autres approches méthodologiques peut interroger quant à l'équilibre des positions institutionnelles exprimées au nom de la recherche publique.
Aussi, il souhaiterait savoir si ces mêmes établissements adhèrent également à des associations ou réseaux promouvant le développement, la validation ou la diffusion des méthodes de recherche non animales et, le cas échéant, lesquels . Il souhaiterait également connaître les mesures mises en place par le ministère afin de garantir la neutralité scientifique et institutionnelle des établissements publics de recherche.
La réponse
(Réponse du ministère : Enseignement supérieur, recherche et espace, JO du 24 septembre 2026)
L'utilisation d'animaux à des fins scientifiques reste aujourd'hui nécessaire pour certaines recherches, notamment en matière de recherche biomédicale. Malgré les progrès importants accomplis dans le développement de méthodes alternatives, celles-ci ne permettent pas, à ce jour, de se substituer dans tous les domaines au recours aux modèles animaux. Cette réalité a notamment été rappelée par l'Académie vétérinaire de France dans son avis de 2025 relatif à « L'éthique et la reconnaissance due aux animaux utilisés à des fins scientifiques », ainsi que par la Commission européenne dans sa réponse, en 2023, à l'initiative citoyenne européenne « Pour des cosmétiques sans cruauté - s'engager en faveur d'une Europe sans expérimentation animale ». Dans ce contexte, l'adhésion d'organismes de recherche tels que l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) ou l'Institut Pasteur au Groupe interprofessionnel de réflexion et de communication sur la recherche (Gircor) s'inscrit dans leurs missions d'information, de diffusion des connaissances scientifiques et d'amélioration des pratiques de recherche. Sur un sujet qui fait légitimement l'objet d'interrogations et d'attentes fortes de la société, il importe en effet que les organismes de recherche puissent contribuer à mettre à la disposition du public une information scientifique fiable et transparente, portant à la fois sur les conditions dans lesquelles des animaux sont utilisés à des fins scientifiques et sur le développement de méthodes alternatives. Les activités du Gircor s'articulent à cet égard autour de trois missions : répondre aux interrogations du public sur le recours aux animaux et sur les méthodes alternatives dans le domaine de la recherche, contribuer à l'amélioration des pratiques pour une recherche éthique et responsable à travers notamment l'application des 3R (remplacer, réduire, raffiner les utilisations d'animaux) et promouvoir la transparence des structures utilisant des animaux à des fins scientifiques. Son activité ne se limite donc pas à l'information relative à l'expérimentation animale mais participe également à la diffusion et à la promotion des méthodes permettant de s'y substituer. Les organismes de recherche mentionnés participent activement à la promotion des méthodes alternatives sans animaux. Ils ont notamment fondé, en 2021, le Centre français sur les 3R (FC3R), centre de référence en France sur le sujet ayant pour mission de promouvoir des méthodes alternatives et innovantes des 3R, et dont le comité de pilotage est présidé par le président-directeur général de l'INSERM. Cette démarche permet ainsi de garantir une approche scientifique équilibrée, fondée sur l'état des connaissances et attentive au développement de méthodes alternatives au recours aux animaux.
Les éléments concrets
Ce que la réponse avance de vérifiable. Survoler un élément montre son passage.
- L'Académie vétérinaire de France a rendu en 2025 un avis relatif à "L'éthique et la reconnaissance due aux animaux utilisés à des fins scientifiques".
- La Commission européenne a répondu en 2023 à l'initiative citoyenne européenne "Pour des cosmétiques sans cruauté - s'engager en faveur d'une Europe sans expérimentation animale".
- L'Inserm, le CNRS, le CEA et l'Institut Pasteur adhèrent au Groupe interprofessionnel de réflexion et de communication sur la recherche (Gircor).
- L'Inserm, le CNRS, le CEA et l'Institut Pasteur ont fondé en 2021 le Centre français sur les 3R (FC3R).
- Le comité de pilotage du FC3R est présidé par le président-directeur général de l'Inserm.
Le détail de l'analyse
Les sources de la réponse
Les organismes cités
- Groupe interprofessionnel de réflexion et de communication sur la recherche (Gircor)
- Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP)
- Centre national de la recherche scientifique (CNRS)
- Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm)
- Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA)
- Institut Pasteur
- European Animal Research Association (EARA)
- Académie vétérinaire de France
- Commission européenne
- Centre français sur les 3R (FC3R)
Sur le site de l'OXA
Recueil établi et publié par l'Observatoire de l'Expérimentation Animale. Les textes des questions et des réponses sont ceux que publient l'Assemblée nationale, le Sénat et le Parlement européen. Un texte que les sources ouvertes ne donnent qu'en anglais est publié dans une traduction de l'OXA, avec l'original.
Cette analyse a été produite par un modèle de langage appliquant la grille de l'OXA décrite dans la méthode du recueil, et contrôlée par des scripts. Elle n'a pas été relue question par question.
Le Gircor est l'interprofession de l'expérimentation animale. Il communique et fait du lobbying pour ses adhérents, parmi lesquels le CNRS, l'Inserm, l'Institut Pasteur et Sanofi, et figure au registre des représentants d'intérêts de la HATVP. Il emploie l'appellation "recherche animale" depuis le début des années 2010, et a lancé en 2021 une "charte de transparence".
Les méthodes non animales remplacent l'utilisation d'animaux par d'autres moyens. Par contraste avec l'expérimentation in vivo, sur des animaux vivants, elles forment trois familles, qui se combinent ou fonctionnent séparément : in vitro (organes sur puce, organoïdes, cultures de cellules), in silico (algorithmes prédictifs, jumeaux numériques) et in humano (épidémiologie, participation de volontaires consentants à des recherches et à des essais cliniques).
Le FC3R, centre français pour les 3R, a été fondé en 2021 pour promouvoir le développement des 3R. Avec un budget maigre, il lance des appels d'offres, fournit des ressources, diffuse des informations et promeut des formations spécialisées.
L'éthique est la branche de la philosophie qui réfléchit à la signification des termes moraux, comme bien et mal, et à la manière de déterminer ce qui est bien ou mal selon des critères débattus. Dans les discours sur l'expérimentation animale, "l'éthique" désigne plutôt une réflexion sur le respect de la réglementation et des bonnes pratiques. La formation du Gircor destinée aux membres des "comités d'éthique" définit mal l'éthique et propage des idées fausses sur la philosophie morale.
L'expression "expérimentation animale", employée au cours du XXe siècle et encore largement répandue, désigne toutes les utilisations des animaux susceptibles de leur nuire dans le cadre de recherches, de tests ou d'enseignements. L'OXA la retient parce qu'elle n'est ni complaisante, ni concentrée sur les pratiques qui infligent les plus grandes souffrances. La réglementation parle d'"utilisation des animaux à des fins scientifiques" : toute utilisation susceptible de causer à l'animal "une douleur, une souffrance, une angoisse ou des dommages durables équivalents ou supérieurs à ceux causés par l'introduction d'une aiguille effectuée conformément aux bonnes pratiques vétérinaires".
Le principe des 3R a été formulé dans les années 1950 par William Russell, zoologiste, et Rex Burch, microbiologiste. Il demande de remplacer les animaux par d'autres méthodes quand elles permettent d'obtenir les mêmes résultats, de réduire le nombre d'animaux de chaque projet sans compromettre la validité statistique des résultats, et de raffiner les méthodes de détention et d'expérimentation pour réduire les souffrances sans compromettre l'objectif du projet. Les milieux de l'expérimentation animale s'en servent souvent pour justifier le statu quo et parler d'éthique. Une littérature grandissante remet en question leur pertinence, faute de cadre éthique normatif et de définition claire.