Les questions parlementaires
Recommandations du COMETS sur le centre de Rousset
Recommandations du COMETS concernant le projet du centre national de primatologie de Rousset
Question écrite n° 09278, Sénat, 25 juin 2026
Le résumé de l'OXA
Le sénateur demande au ministre s'il discutera avec le CNRS d'un redimensionnement du centre de Rousset, et quand il fixera une trajectoire de réduction des primates utilisés.
2 demandes : réponse partielle à 2.
Si le ministre engagera des discussions avec la direction du CNRS pour redimensionner le projet, sur la base d'une instruction scientifique collective contradictoire.
Réponse partielle La réponse défend la taille du projet, qu'elle dit très en deçà des besoins nationaux, et soutient les initiatives du CNRS pour un dialogue contradictoire ; elle ne dit pas si le ministre discutera d'un redimensionnement.
Dans quels délais le ministre établira une feuille de route de réduction progressive du recours aux primates dans la recherche.
Réponse partielle La réponse ne fixe ni feuille de route ni délai ; elle cite une baisse de 38 % des primates utilisés entre 2021 et 2024 et défend leur usage pour certaines recherches.
Les erreurs de la réponse
- "Le Comité d'éthique du CNRS (COMETS) a reconnu que ce projet répond à des enjeux concrets de bien-être animal, de sécurité sanitaire et de maîtrise des meilleures pratiques" : Dans son avis n° 2026-48 du 27 janvier 2026, le COMETS se montre interrogatif sur ce projet. S'il juge l'élevage en France préférable à l'importation pour la bientraitance des primates, il estime que le projet ne peut être acceptable que si des questions de fond reçoivent des réponses documentées, par une expertise scientifique collective et contradictoire, et s'il s'inscrit dans une trajectoire précise de réduction de l'utilisation des primates. Une de ses membres recommande de s'y opposer.
La fiche
Thèmes : élevages et provenance des animaux, instances nationales, financement · Espèce : primates
- Auteur
- M. Guy Benarroche (GEST, Bouches-du-Rhône)
- Ministère interrogé
- Enseignement supérieur, recherche et espace
- Rubrique
- Recherche, sciences et techniques
- Question publiée
- au Journal officiel du 25 juin 2026
- Réponse publiée
- au Journal officiel du 15 octobre 2026
- Statut
- Réponse reçue
- Sources
La question
(Question écrite n° 09278 de M. Guy Benarroche, Sénat, JO du 25 juin 2026)
M. Guy Benarroche attire l'attention de M. le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace sur l'avis du comité d'éthique (COMETS) du centre national de la recherche scientifique (CNRS), publié le 27 janvier 2026, relatif à l'utilisation d'animaux à des fins scientifiques et aux recommandations qu'il formule concernant le projet de centre national de primatologie (CNP) de Rousset dans les Bouches-du-Rhône.
Saisi par le président-directeur général du CNRS, le COMETS s'est notamment interrogé sur la pertinence d'une nouvelle source d'approvisionnement de la France en primates non humains et sur la manière dont ce projet s'articule avec l'objectif fixé par le droit de l'Union européenne de réduire au strict nécessaire l'utilisation des primates non humains en recherche, voire d'y mettre fin dès que cela sera scientifiquement possible.
Dans sa conclusion, le COMETS estime que le projet ne pourrait être acceptable qu'à plusieurs conditions, notamment la réalisation d'une instruction scientifique collective contradictoire et l'établissement d'une trajectoire précise de réduction de l'utilisation des primates non humains dans la recherche académique. Ces préconisations apparaissent comme des conditions préalables à la réalisation du projet.
Par ailleurs, dans une tribune publiée le 18 avril 2026 dans le journal Le Monde, cent soixante-dix scientifiques, parmi lesquels de nombreux chercheurs et chercheuses du CNRS, ont demandé que ces recommandations soient effectivement mises en oeuvre et que le dimensionnement du projet soit revu au regard des enjeux éthiques et des arguments scientifiques. Ils soulignent notamment que la France est, de loin, le premier utilisateur européen de primates non humains pour la recherche fondamentale et appliquée, avec une moyenne annuelle de 703 animaux utilisés entre 2021 et 2024, hors réutilisations, contre 174 au Royaume-Uni et 105 en Allemagne. Ils observent également que cette consommation plus importante ne se traduit pas par un niveau de publications scientifiques supérieur à celui de ces deux pays, alors même que les domaines de recherche concernés sont comparables.
Enfin, plusieurs éléments interrogent sur la soutenabilité économique du projet. En prenant en compte un investissement initial d'environ 31 millions d'euros, l'acquisition de macaques reproducteurs pour un montant d'environ 10 millions d'euros ainsi qu'un coût annuel de fonctionnement estimé à 5,1 millions d'euros, le coût de revient de chaque primate produit pourrait atteindre près de 28 500 euros, dans l'hypothèse d'une production annuelle de 250 animaux. Ce montant apparaît nettement supérieur aux coûts actuellement observés sur le marché. Dans un contexte de réduction attendue de la demande et de fortes contraintes pesant sur les finances publiques, la pérennité économique de ce projet suscite des interrogations.
Il lui demande en conséquence s'il entend engager des discussions avec la direction du CNRS en vue d'un redimensionnement du projet sur la base d'une instruction scientifique collective contradictoire, conformément aux recommandations du COMETS, et dans quels délais il envisage d'établir une feuille de route fixant une trajectoire de réduction progressive du recours aux primates non humains dans la recherche.
La réponse
Réponse parue après la date des données du recueil, relevée par le suivi des réponses de l'OXA. Source : la page de la question sur le site du Sénat.
(Réponse du ministère : Enseignement supérieur, recherche et espace, JO du 15 octobre 2026)
La France est engagée dans le remplacement du recours aux primates dès que des méthodes alternatives fiables le permettent. Les enquêtes annuelles publiés par le ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace font ainsi apparaître une diminution de 38 % du nombre de primates utilisés en recherche entre 2021 et 2024. Toutefois, à ce jour, aucune méthode alternative ne permet de se passer totalement du recours aux primates pour certaines recherches essentielles, notamment dans les domaines des maladies neurodégénératives et des infections émergentes, telles que celles liées aux virus Ebola ou aux hantavirus. Avec un objectif limité à l'utilisation de 250 individus par an, le projet de Centre national de primatologie (CNP) de Rousset, dans les Bouches-du-Rhône, porté par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), demeure très en deçà des besoins nationaux. À titre de comparaison, environ 70 000 utilisations de primates sont recensées chaque année aux États-Unis, tandis que 30 000 primates sont élevés annuellement à des fins de recherche en Chine. Les investissements et les coûts de fonctionnement prévus pour le projet du CNP reflètent les exigences élevées auxquelles il doit répondre en matière de bien-être animal et de sécurité biologique. Les coûts associés apparaissent ainsi proportionnés aux enjeux d'indépendance de la France et de l'Europe en matière d'innovation biomédicale. Le Comité d'éthique du CNRS (COMETS) a reconnu que ce projet répond à des enjeux concrets de bien-être animal, de sécurité sanitaire et de maîtrise des meilleures pratiques. Le ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace soutient les initiatives du CNRS visant à organiser le dialogue contradictoire souhaité par son comité d'éthique.
Les éléments concrets
Ce que la réponse avance de vérifiable. Survoler un élément montre son passage.
- Les enquêtes annuelles du ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace font apparaître une baisse de 38 % du nombre de primates utilisés en recherche entre 2021 et 2024.
- Le projet de Centre national de primatologie de Rousset, porté par le CNRS, a un objectif limité à l'utilisation de 250 primates par an.
- Environ 70 000 utilisations de primates sont recensées chaque année aux États-Unis, et 30 000 primates sont élevés chaque année pour la recherche en Chine.
Le chiffre en contexte
"une diminution de 38 % du nombre de primates utilisés en recherche entre 2021 et 2024" : Selon les enquêtes statistiques 2021 et 2024 du ministère chargé de la recherche, les 38 % portent sur les primates utilisés pour la première fois, toutes finalités confondues, 2 819 en 2021 et 1 738 en 2024. Les utilisations de primates, elles, passent de 3 593 à 2 905, soit 19 % de moins, parce que la part des réutilisations monte de 21,5 % à 40 %. Et en recherche fondamentale et appliquée, elles passent de 1 209 à 1 120, soit 7 % de moins.
Le détail de l'analyse
Les sources de la réponse
- Enquêtes statistiques annuelles du ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace, 2021 à 2024 chiffre sourcé
- Utilisation d'animaux à des fins scientifiques dans les établissements français, Enquête statistique 2021
- Utilisation d'animaux à des fins scientifiques dans les établissements français, Enquête statistique 2022
- Utilisation d'animaux à des fins scientifiques dans les établissements français, Enquête statistique 2023
- Utilisation d'animaux à des fins scientifiques dans les établissements français, Enquête statistique 2024
- Avis du Comité d'éthique du CNRS (COMETS) sur le projet de Centre national de primatologie de Rousset avis
Les organismes cités
- Comité d'éthique du CNRS (COMETS)
- Centre national de la recherche scientifique (CNRS)
- Le Monde
Recueil établi et publié par l'Observatoire de l'Expérimentation Animale. Les textes des questions et des réponses sont ceux que publient l'Assemblée nationale, le Sénat et le Parlement européen. Un texte que les sources ouvertes ne donnent qu'en anglais est publié dans une traduction de l'OXA, avec l'original.
Cette analyse a été produite par un modèle de langage appliquant la grille de l'OXA décrite dans la méthode du recueil, et contrôlée par des scripts. Elle n'a pas été relue question par question.
L'utilisation d'animaux dans l'enseignement supérieur se fait notamment lors des travaux pratiques en biologie, par le biais de dissections, mais aussi de l'apprentissage des manipulations d'animaux pour les prélèvements et d'actes plus invasifs réalisés sous anesthésie avant de tuer l'animal.
Le ministère chargé de la recherche (direction générale de la recherche et de l'innovation) délivre les autorisations de projet sur la base des avis des "comités d'éthique en expérimentation animale" (CEEA), publie les résumés non techniques (RNT) des projets autorisés, et recueille et diffuse les chiffres annuels de l'expérimentation animale en France.
Un animal déjà utilisé peut être réutilisé dans une nouvelle procédure. Quand un animal jamais utilisé pourrait l'être à sa place, la directive européenne pose des conditions : procédures précédentes légères ou modérées, animal qui "a pleinement retrouvé son état de santé et de bien-être général", nouvelle procédure légère, modérée ou sans réveil, avis vétérinaire. Par dérogation exceptionnelle, un animal peut être réutilisé après une seule procédure sévère.
La recherche fondamentale consiste à développer les connaissances sur divers sujets (en expérimentation animale, sur divers systèmes biologiques) sans perspective directe d'application mais avec l'idée que les connaissances pourront guider la "recherche appliquée" par la suite. Il peut par exemple s'agir d'explorer l'activité cérébrale face à des tâches diverses de manière plus ou moins invasive afin de comprendre le rôle et le fonctionnement des diverses structures du cerveau.