Les questions parlementaires
Dérogations aux élevages agréés, Bergé
Provenance des animaux utilisés à des fins scientifiques
Question écrite n° 30891, Assemblée nationale, 7 juillet 2020
Le résumé de l'OXA
La députée demande à la ministre de la recherche à quels cas concrets répond le décret du 17 mars 2020, qui assouplit selon elle les dérogations aux élevages agréés.
1 demande : réponse partielle à 1.
Les hypothèses réelles et les "besoins concrets" auxquels répond l'assouplissement des dérogations à l'obligation de se fournir auprès d'élevages agréés.
Réponse partielle La réponse attribue le décret à une demande de la Commission européenne, dit qu'il ne modifie pas fondamentalement les dérogations et nie tout assouplissement ; aucun cas concret ni nombre de dérogations.
La fiche
Thèmes : élevages et provenance des animaux, réglementation, droit européen
- Auteur
- Mme Aurore Bergé (La République en Marche, Yvelines (10e circonscription))
- Ministère interrogé
- Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation
- Ministère attributaire
- Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation
- Rubrique
- animaux
- Question publiée
- au Journal officiel du 7 juillet 2020
- Réponse publiée
- au Journal officiel du 10 novembre 2020
- Statut
- Réponse publiée
- Événements
- Question renouvelée le 27 octobre 2020
- Sources
La question
(Question écrite n° 30891 de Mme Aurore Bergé, Assemblée nationale, JO du 7 juillet 2020)
Mme Aurore Bergé attire l'attention de Mme la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation sur le flou existant autour des raisons ayant présidé à l'allègement des motifs légitimant une procédure d'exception à la règle qui veut que les animaux utilisés à des fins scientifiques soient exclusivement produits dans des élevages spécifiquement agréés. Mme la députée rappelle qu'aux termes de l'article R. 214-90 en vigueur depuis le 8 février 2013, le principe régissant l'approvisionnement en animaux destinés à être utilisés dans des procédures expérimentales appartenant aux espèces dont une liste est fixée par arrêté conjoint des ministres chargés de l'environnement, de l'agriculture et de la recherche était d'imposer qu'ils aient été élevés à cette fin, et qu'ils proviennent d'éleveurs ou de fournisseurs agréés selon les modalités prévues aux articles R. 214-99 à R. 214-103 du même code. Une dérogation à ce principe était bien prévue au troisième alinéa de l'article R. 214-90, mais celle-ci supposait, en premier lieu, que des éléments scientifiques justifient ce recours à la procédure d'exception, mais aussi, et surtout, que cela s'inscrive dans un contexte de pénurie, de production insuffisante ou inappropriée aux projets de recherche poursuivis. Or, le 17 mars 2020, un décret a été publié prévoyant que les dérogations au principe d'approvisionnement spécifique ne sont désormais plus conditionnées au fait que la production des éleveurs agréés soit insuffisante ou ne convienne pas aux besoins spécifiques du projet. Mme la députée s'inquiète de ce que cet assouplissement conduise, notamment, à pouvoir s'approvisionner bien plus facilement auprès d'élevages classiques d'animaux de compagnie, pour alimenter les contingents d'animaux d'expérimentation. Outre que cet assouplissement va à l'encontre de l'orientation affirmée qui veut qu'on évite de plus en plus de recourir au modèle animal au profit de méthodes substitutives et à des modélisations, en application de la règle des trois « R», à savoir « réduire, raffiner et remplacer », elle souhaite qu'elle puisse lui préciser à quelles hypothèses réelles et besoins concrets correspond cette volonté d'assouplissement de la règle d'une production dédiée, limitée et spécifiquement réglementée des animaux destinés à être utilisés à des fins scientifiques.
La réponse
(Réponse du ministère : Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, JO du 10 novembre 2020)
La Commission européenne veille au respect des délais et à la qualité de la transposition des directives européennes en droit national. Or, si la directive 2010/63/UE requiert que les animaux utilisés à des fins scientifiques aient été élevés à cette fin et proviennent d'éleveurs ou fournisseurs agréés, elle prévoit également la possibilité de déroger à cette obligation, sur la base de justifications scientifiques. Dans ses remarques adressées au Gouvernement français à propos de la transposition de cette disposition, la Commission européenne a relevé que l'article R. 214-90 du code rural et de la pêche maritime prévoyait bien des dérogations à ce principe sur la base d'éléments scientifiques dûment justifiés mais ajoutait « lorsque la production des éleveurs agréés est insuffisante ou ne convient pas aux besoins spécifiques du projet ». Ces conditions supplémentaires n'étant pas prévues par la directive, la commission a considéré que la transposition en droit national était erronée. Elle a en particulier estimé que l'ajout d'une référence à la production des éleveurs agréés pouvait présenter un risque de demandes de dérogations qui n'auraient pas été strictement fondées sur le critère d'une nécessité scientifique. La commission a donc demandé à la France de supprimer ces conditions ajoutées. Le décret n° 2020-274 récemment adopté pour se conformer à cette demande de la Commission européenne ne modifie pas fondamentalement les modalités actuelles de dérogation, mais réaffirme plus explicitement le principe selon lequel ces dérogations sont délivrées uniquement pour des impératifs scientifiques. Les dérogations, qui demeureront exceptionnelles, seront toujours accordées par le ministère de la recherche après avis des autres ministères concernés. C'est donc une clarification du texte à la demande de la Commission européenne qui a été effectuée en toute transparence, après avis de la Commission nationale de l'expérimentation animale rassemblant des représentants de l'ensemble des parties prenante (ministères, associations de professionnels ou syndicats, protection animale). Le texte est désormais plus rigoureux et ne constitue en aucun cas un assouplissement de la règle ou un affaiblissement des contraintes.
Les éléments concrets
Ce que la réponse avance de vérifiable. Survoler un élément montre son passage.
- La directive 2010/63/UE requiert des animaux élevés à cette fin, issus d'éleveurs ou de fournisseurs agréés, et permet d'y déroger sur justification scientifique.
- Selon la Commission européenne, l'article R. 214-90 du code rural et de la pêche maritime transposait mal la directive 2010/63/UE en ajoutant des conditions aux dérogations, dont elle a demandé la suppression.
- Le décret n° 2020-274 a été adopté après avis de la Commission nationale de l'expérimentation animale.
- Le décret n° 2020-274, adopté à la demande de la Commission européenne, réaffirme que les dérogations de provenance des animaux sont délivrées uniquement pour des impératifs scientifiques.
- En France, les dérogations de provenance des animaux seront toujours accordées par le ministère de la recherche après avis des autres ministères concernés.
Le détail de l'analyse
Les sources de la réponse
- Directive 2010/63/UE texte juridique
- Code rural et de la pêche maritime, article R. 214-90 texte juridique
- Décret n° 2020-274 du 17 mars 2020 texte juridique
Les organismes cités
Sur le site de l'OXA
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