Les questions parlementaires
Développement des méthodes non animales, Grangier
Méthodes alternatives à l'expérimentation animale
Question écrite n° 12648, Assemblée nationale, 7 novembre 2023
Le résumé de l'OXA
La députée demande à la ministre les efforts du Gouvernement pour développer et diffuser les méthodes non animales, et l'avancement du prochain rapport sur le sujet.
2 demandes : réponse à 1, réponse partielle à 1.
Les efforts mis en œuvre par le Gouvernement pour développer et diffuser les méthodes non animales.
Réponse La réponse décrit le FC3R, son budget de 1 M€ financé pour moitié par le ministère, ses appels à projets, une enquête, une base de résultats non publiés et un projet de l'ANR ; aucun montant n'est donné pour les projets financés.
L'avancement du prochain rapport de la France sur les méthodes non animales.
Réponse partielle La réponse annonce pour 2024 les résultats d'une enquête du FC3R qui mettra à jour l'état des lieux, sans dire si un rapport sera publié ni quand.
La fiche
Thèmes : méthodes sans animaux, financement, instances nationales
- Auteur
- Mme Géraldine Grangier (Rassemblement National, Doubs (4e circonscription))
- Ministère interrogé
- Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche
- Ministère attributaire
- Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche
- Rubrique
- animaux
- Question publiée
- au Journal officiel du 7 novembre 2023
- Réponse publiée
- au Journal officiel du 12 mars 2024
- Statut
- Réponse publiée
- Événements
- Question renouvelée le 20 février 2024
- Sources
La question
(Question écrite n° 12648 de Mme Géraldine Grangier, Assemblée nationale, JO du 7 novembre 2023)
Mme Géraldine Grangier attire l'attention de Mme la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche sur les efforts entrepris par la France pour développer les méthodes alternatives à l'expérimentation animale. Selon les dernières statistiques disponibles, la France a utilisé 1,9 million d'animaux à des fins scientifiques. La directive 2010/63/UE relative à la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques indique que « la présente directive représente une étape importante vers la réalisation de l'objectif final que constitue le remplacement total des procédures appliquées à des animaux vivants à des fins scientifiques et éducatives, dès que ce sera possible sur un plan scientifique. À cette fin, elle cherche à faciliter et à promouvoir les progrès dans la mise au point d'approches alternatives ». En son article 47, elle indique que « les États membres contribuent à la mise au point et à la validation d'approches alternatives » et qu'« ils prennent toutes les mesures qu'ils jugent appropriées pour encourager la recherche dans ce domaine ». Sur la base de cet article, les États membres peuvent faire état des moyens qu'ils ont mis en œuvre pour contribuer au développement des méthodes alternatives à l'expérimentation animale. Le dernier rapport publié par la France remonte à l'année 2013-2014 et ne présente pas de montant pour le financement de projets. Ainsi, elle souhaiterait connaître les efforts mis en œuvre par le Gouvernement pour développer et diffuser les méthodes alternatives à l'expérimentation animale et aimerait connaître l'avancement du prochain rapport sur le sujet.
La réponse
(Réponse du ministère : Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, JO du 12 mars 2024)
La Commission européenne a rappelé, au mois de juillet 2023, dans sa réponse à l'initiative citoyenne européenne « Pour des cosmétiques sans cruauté - S'engager en faveur d'une Europe sans expérimentation animale » que l'arrêt de l'utilisation d'animaux en recherche demeure l'objectif ultime mais qu'en l'état actuel des connaissances scientifiques, il n'est pas possible de fixer une échéance sans amoindrir la protection des personnes et de l'environnement. À ce jour, la liste des méthodes alternatives validées par EURL-ECVAM, instance officielle de la Commission européenne, fait encore apparaître un grand nombre de domaines, comme l'étude de la toxicité par administrations répétées, pour lesquels il n'existe pas d'alternatives. Aussi l'approche des méthodes alternatives reste centrée sur le principe des 3R : remplacer (ne pas utiliser d'animaux lorsque c'est scientifiquement possible), réduire (diminuer le nombre d'animaux utilisés en préservant la possibilité d'interpréter les résultats obtenus), raffiner (optimiser les conditions d'utilisation des animaux afin de préserver leur bien-être). Le FC3R, centre français dédié au principe des « 3 R », créé par la loi de programmation de la recherche de 2020, est l'acteur central de la mise en œuvre des méthodes alternatives. Il dispose maintenant d'un budget de 1 M€ provenant de ses membres et des ministères. Le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche assure la moitié de son financement. Les actions du FC3R concernent l'ensemble des 3R. REMPLACER Le FC3R a réalisé une enquête auprès des laboratoires sur les approches substitutives, dont les résultats seront connus en 2024. Cette enquête permettra de mettre à jour l'état des lieux sur le développement et la diffusion des méthodes alternatives à l'expérimentation animale en France. Le FC3R a organisé trois appels à projet ayant suscité de nombreuses réponses. Le troisième appel à projet concerne les approches numériques et se terminera au mois de décembre. L'Agence nationale de la recherche finance également différents projets qui pourront contribuer à terme au développement de recherches sans animaux : par exemple le programme Track-NAFLD de modèle de foie sur puce multicellulaire couplé à la biologie systémique et à un modèle mathématique pour suivre la stéatose hépatique non alcoolique. REDUIRE Le FC3R conduit différentes actions à destination des chercheurs qui contribuent à réduire le nombre d'animaux utilisés dans les projets. Il organise des webinaires sur la planification expérimentale et l'amélioration des plans d'étude ou encore sur l'optimisation de l'utilisation des données statistiques. Le centre développe parallèlement une base de données sur les résultats non publiés (« résultats négatifs ») qui permettra d'améliorer le partage des connaissances et des informations au sein de la communauté scientifique et d'éviter des réplications non nécessaires de procédures scientifiques. RAFFINER La Commission nationale de protection des animaux utilisés à des fins scientifiques et le Comité national de réflexion éthique sur l'expérimentale animale ont une activité soutenue et continue. Ces deux instances se sont réunies neuf fois au cours de l'année dernière et leurs réunions permettent des échanges fructueux entre les ministères, les associations de protection animale et les professionnels de la recherche. Ces réunions sont complétées par plus de dix groupes de travail sur des sujets spécifiques. Ces deux instances produisent des avis et des recommandations, accessibles sur le site du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche, qui portent entre autres sur l'agrément des comités d'éthique en expérimentation animale ou sur des sujets plus techniques (production d'anticorps d'origine animale, utilisation des animaux en enseignement…). Le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche attache ainsi une vigilance particulière non seulement à la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques mais également à l'amélioration des connaissances ainsi qu'à la protection des personnes et de l'environnement. L'ensemble des actions présentées ci-dessus sont suivies de près et le ministère veille à leur diffusion et leur mise en œuvre par l'ensemble de la communauté scientifique.
Les éléments concrets
Ce que la réponse avance de vérifiable. Survoler un élément montre son passage.
- En juillet 2023, dans sa réponse à l'initiative citoyenne européenne "Pour des cosmétiques sans cruauté", la Commission européenne ne fixe pas d'échéance à l'arrêt de l'utilisation d'animaux en recherche.
- La liste des "méthodes alternatives validées par EURL-ECVAM" n'en compte aucune pour l'étude de la toxicité par administrations répétées.
- Le FC3R, créé par la loi de programmation de la recherche de 2020, dispose d'un budget de 1 M€, dont la moitié vient du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche.
- Une enquête du FC3R auprès des laboratoires sur les approches substitutives donnera ses résultats en 2024.
- Le FC3R a organisé trois appels à projets ; le troisième, sur les approches numériques, se terminera en décembre.
- L'Agence nationale de la recherche finance notamment le programme Track-NAFLD, un modèle de foie sur puce.
- Le FC3R organise des webinaires sur la planification expérimentale, l'amélioration des plans d'étude et l'optimisation de l'utilisation des données statistiques.
- La Commission nationale de protection des animaux utilisés à des fins scientifiques et le Comité national de réflexion éthique sur l'expérimentation animale se sont réunis neuf fois l'année précédente.
- Plus de dix groupes de travail complètent les réunions de la Commission nationale de protection des animaux utilisés à des fins scientifiques et du Comité national de réflexion éthique sur l'expérimentation animale.
- Les deux instances nationales publient sur le site du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche des avis portant notamment sur l'agrément des "comités d'éthique en expérimentation animale".
Le détail de l'analyse
Les sources de la réponse
- Réponse de la Commission européenne de juillet 2023 à l'initiative citoyenne européenne Pour des cosmétiques sans cruauté, S'engager en faveur d'une Europe sans expérimentation animale texte en préparation
- Liste des méthodes alternatives validées par l'EURL ECVAM autre
- Loi de programmation de la recherche de 2020 texte juridique
- Avis et recommandations de la CNEA et du CNREEA, site du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche avis
Les organismes cités
- Commission européenne
- Laboratoire de référence de l'Union européenne pour les méthodes alternatives (EURL ECVAM)
- Centre français pour les 3R (FC3R)
- Agence nationale de la recherche (ANR)
- Commission nationale pour la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques (CNEA)
- Comité national de réflexion éthique sur l'expérimentation animale (CNREEA)
Sur le site de l'OXA
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Recueil établi et publié par l'Observatoire de l'Expérimentation Animale. Les textes des questions et des réponses sont ceux que publient l'Assemblée nationale, le Sénat et le Parlement européen. Un texte que les sources ouvertes ne donnent qu'en anglais est publié dans une traduction de l'OXA, avec l'original.
Cette analyse a été produite par un modèle de langage appliquant la grille de l'OXA décrite dans la méthode du recueil, et contrôlée par des scripts. Elle n'a pas été relue question par question.
Les méthodes non animales remplacent l'utilisation d'animaux par d'autres moyens. Par contraste avec l'expérimentation in vivo, sur des animaux vivants, elles forment trois familles, qui se combinent ou fonctionnent séparément : in vitro (organes sur puce, organoïdes, cultures de cellules), in silico (algorithmes prédictifs, jumeaux numériques) et in humano (épidémiologie, participation de volontaires consentants à des recherches et à des essais cliniques).
Le FC3R, centre français pour les 3R, a été fondé en 2021 pour promouvoir le développement des 3R. Avec un budget maigre, il lance des appels d'offres, fournit des ressources, diffuse des informations et promeut des formations spécialisées.
Les statistiques françaises et européennes comptent des utilisations d'animaux dans des procédures : un animal réutilisé dans une nouvelle procédure compte une fois de plus. La directive européenne appelle procédure toute utilisation d'un animal à des fins scientifiques ou éducatives "susceptible de causer à cet animal une douleur, une souffrance, une angoisse ou des dommages durables équivalents ou supérieurs à ceux causés par l'introduction d'une aiguille". Les réutilisations restent rares : faute de mieux, le nombre d'utilisations donne une idée du nombre d'animaux.
Le ministère chargé de la recherche (direction générale de la recherche et de l'innovation) délivre les autorisations de projet sur la base des avis des "comités d'éthique en expérimentation animale" (CEEA), publie les résumés non techniques (RNT) des projets autorisés, et recueille et diffuse les chiffres annuels de l'expérimentation animale en France.
Le Comité national de réflexion éthique sur l'expérimentation animale (CNREEA) réunit des représentants des pouvoirs publics et de différentes spécialités. Il encadre l'activité des "comités d'éthique en expérimentation animale" et adresse des recommandations thématiques à la CNEA.
En France, l'évaluation des projets que la réglementation européenne impose avant leur autorisation revient aux "comités d'éthique en expérimentation animale" (CEEA ou C2EA). Ce sont des groupes locaux créés à l'initiative des laboratoires, qui examinent leurs demandes d'autorisation de projet avant leur envoi au ministère chargé de la recherche. Ils doivent réunir cinq "compétences" : conception de projet, réalisation de projet, soins et mise à mort des animaux, pratique vétérinaire, et un membre "non-spécialiste". Ils n'ont aucune obligation de compétence en méthodes n'utilisant pas d'animaux, en biostatistiques, en droit, ni même en éthique, et sont majoritairement composés de personnes qui travaillent pour les laboratoires dont ils évaluent les projets.
L'expression "expérimentation animale", employée au cours du XXe siècle et encore largement répandue, désigne toutes les utilisations des animaux susceptibles de leur nuire dans le cadre de recherches, de tests ou d'enseignements. L'OXA la retient parce qu'elle n'est ni complaisante, ni concentrée sur les pratiques qui infligent les plus grandes souffrances. La réglementation parle d'"utilisation des animaux à des fins scientifiques" : toute utilisation susceptible de causer à l'animal "une douleur, une souffrance, une angoisse ou des dommages durables équivalents ou supérieurs à ceux causés par l'introduction d'une aiguille effectuée conformément aux bonnes pratiques vétérinaires".
La Commission nationale pour la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques, dite CNEA, réunit des représentants des différents intérêts concernés. Elle discute notamment des autorisations de projets de formation professionnelle et adresse des recommandations thématiques aux ministères.