Les questions parlementaires
Contournement de l'interdiction des tests cosmétiques
Contournement de l'interdiction des expérimentations animales pour des produits cosmétiques
Question écrite n° 00319, Sénat, 3 octobre 2024
Le résumé de l'OXA
La sénatrice demande au Gouvernement ses actions pour développer des méthodes non animales pour les substances cosmétiques, et s'il envisage d'interdire ces tests en France.
2 demandes : réponse partielle à 1, aucune réponse à 1.
Quelles actions le Gouvernement met en place pour développer des méthodes non animales pour les substances chimiques utilisées dans les cosmétiques.
Réponse partielle La réponse décrit les actions du FC3R (budget d'un million d'euros, trois appels à projets, webinaires, base de résultats négatifs) et un projet de l'ANR, sans rien dire des substances cosmétiques.
Si le Gouvernement envisage d'interdire en France les tests sur des animaux pour la conception de produits cosmétiques.
Aucune réponse La réponse ne dit rien d'une interdiction en France ni de REACH, et ne nomme les cosmétiques que par le titre de l'initiative citoyenne européenne. Elle reprend la position de la Commission, pour qui aucune échéance d'arrêt ne peut être fixée.
La fiche
Thèmes : cosmétiques, méthodes sans animaux, interdiction
- Auteur
- Mme Mélanie Vogel (GEST, Français établis hors de France)
- Ministère interrogé
- Agriculture, souveraineté alimentaire et forêt
- Ministère attributaire
- Agriculture, agro-alimentaire et souveraineté alimentaire
- Rubrique
- Agriculture et pêche
- Question publiée
- au Journal officiel du 3 octobre 2024
- Réponse publiée
- au Journal officiel du 4 décembre 2025
- Statut
- Réponse reçue
- Événements
- Transmise le 13 octobre 2025 au ministère : Agriculture, agro-alimentaire et souveraineté alimentaire
- Sources
La question
(Question écrite n° 00319 de Mme Mélanie Vogel, Sénat, JO du 3 octobre 2024)
Mme Mélanie Vogel attire l'attention de Mme la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt sur le contournement de l'interdiction des expérimentations animales pour des produits cosmétiques.
Des tests de produits cosmétiques sur des animaux ont été progressivement interdits pour toute l'Union européenne. Après que la directive 2003/15/EC a interdit des tests sur des animaux pour des produits cosmétiques finis, l'interdiction a été progressivement élargie et couvre, depuis le 11 mars 2013, également des expérimentations animales de substances utilisées pour des cosmétiques et la commercialisation de produits importés développés en utilisant des expérimentations animales.
Elle lui rappelle que ces interdictions européennes visent à lutter contre la maltraitance animale étant donné que ces tests sont particulièrement cruels pour les animaux. En effet, les animaux passent toute leur vie en captivité, vivent dans des conditions particulièrement contraignantes et doivent subir des protocoles de tests qui ne tiennent nullement compte du bien-être animal. Le plus souvent, ils sont tués juste après la fin des tests pour être disséqués.
Qui plus est, leurs terribles souffrances s'avèrent inutiles, car les réactions des souris, des rats, des cobayes, des lapins ou des autres animaux utilisés pour ces tests diffèrent souvent sensiblement des réactions que la substance testée entraîne en contact avec le corps humain, ce qui rend les résultats de ces tests sur des animaux peu exploitables. En revanche, il existe généralement des alternatives à ces expérimentations animales pour la conception de produits cosmétiques. Entre autres, des essais in vitro des molécules utilisées ou des modélisations informatiques peuvent permettre d'évaluer le produit en cours de conception. En outre, il se peut même que les données soient déjà disponibles, mais qu'un manque d'échange des informations entre les entreprises ne permette pas leur prise en compte. Dans ce cas, il suffit de faciliter le partage de connaissances.
Elle déplore que les expérimentations animales continuent malgré la volonté du législateur européen d'y mettre fin. L'interdiction est en effet contournée par des producteurs qui testent leurs produits dans des établissements clandestins en dehors de l'UE, entre autres en Chine. De plus, des expérimentations animales continuent d'être autorisées dans l'UE et pour des produits importés en vertu du règlement n° 1907/2006 (REACH).
Alors que l'interdiction des expérimentations animales pour des produits cosmétiques avait été actée avant l'adoption du règlement REACH, les tests sur des animaux pour des produits cosmétiques sont ainsi de nouveau organisés sur le fondement de ses dispositions. De cette manière, grand nombre de producteurs exploitent cette contradiction afin de continuer de conduire des expérimentations animales, rendant leur interdiction prévue dès 2003 non effective dans les faits.
Pour toutes ces raisons, elle souhaite connaître quelles actions le Gouvernement met en place pour développer des alternatives aux tests de substances chimiques utilisées dans des produits cosmétiques sur des animaux. En outre, elle aimerait savoir si elle envisage d'interdire les tests sur des animaux en France pour la conception de produits cosmétiques.
La réponse
(Réponse du ministère : Agriculture, agro-alimentaire et souveraineté alimentaire, JO du 4 décembre 2025)
La Commission européenne a rappelé, au mois de juillet 2023, dans sa réponse à l'initiative citoyenne européenne « Pour des cosmétiques sans cruauté - S'engager en faveur d'une Europe sans expérimentation animale » que l'arrêt de l'utilisation d'animaux en recherche demeure l'objectif ultime mais qu'en l'état actuel des connaissances scientifiques, il n'est pas possible de fixer une échéance sans amoindrir la protection des personnes et de l'environnement. À ce jour, la liste des méthodes alternatives validées par EURL-ECVAM, instance officielle de la Commission européenne, fait encore apparaître un grand nombre de domaines, comme l'étude de la toxicité par administrations répétées, pour lesquels il n'existe pas d'alternatives. Aussi l'approche des méthodes alternatives reste centrée sur le principe des 3R : remplacer (ne pas utiliser d'animaux lorsque c'est scientifiquement possible), réduire (diminuer le nombre d'animaux utilisés en préservant la possibilité d'interpréter les résultats obtenus), raffiner (optimiser les conditions d'utilisation des animaux afin de préserver leur bien-être). Le FC3R, centre français dédié au principe des 3R, créé par la loi de programmation de la recherche de 2020, est l'acteur central de la mise en oeuvre des méthodes alternatives. Il dispose maintenant d'un budget d'un million d'euros provenant de ses membres et des ministères chargés de la recherche et de l'agriculture. Sur le remplacement, le FC3R a réalisé une enquête auprès des laboratoires sur les approches substitutives. Cette enquête permettra de mettre à jour l'état des lieux sur le développement et la diffusion des méthodes alternatives à l'expérimentation animale en France. Le FC3R a organisé trois appels à projet ayant suscité de nombreuses réponses. Le troisième appel à projet concerne les approches numériques et se terminera ce mois de décembre. L'agence nationale de la recherche finance également différents projets qui pourront contribuer à terme au développement de recherches sans animaux : par exemple le programme Track-NAFLD de modèle de foie sur puce multicellulaire couplé à la biologie systémique et à un modèle mathématique pour suivre la stéatose hépatique non alcoolique. Sur la réduction, le FC3R conduit différentes actions à destination des chercheurs qui contribuent à réduire le nombre d'animaux utilisés dans les projets. Il organise des webinaires sur la planification expérimentale et l'amélioration des plans d'étude ou encore sur l'optimisation de l'utilisation des données statistiques. Le centre développe parallèlement une base de données sur les résultats non publiés (« résultats négatifs ») qui permettra d'améliorer le partage des connaissances et des informations au sein de la communauté scientifique et d'éviter des réplications non nécessaires de procédures scientifiques. Sur le raffinement, la commission nationale de protection des animaux utilisés à des fins scientifiques et le comité national de réflexion éthique sur l'expérimentale animale ont une activité soutenue et continue. Ces deux instances se réunissent plusieurs fois par an et leurs réunions permettent des échanges fructueux entre les ministères, les associations de protection animale et les professionnels de la recherche. Ces réunions sont complétées par plus de dix groupes de travail sur des sujets spécifiques. Ces deux instances produisent des avis et des recommandations accessibles sur le site du ministère chargé de la recherche et qui portent entre autres sur l'agrément des comités d'éthique en expérimentation animale ou sur des sujets plus techniques (production d'anticorps d'origine animale, utilisation des animaux en enseignement…). Le ministère chargé de l'agriculture attache également une vigilance particulière à la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques par le biais d'inspections des établissements utilisant des animaux à des fins scientifiques dans le domaine de la protection animale.
Les éléments concrets
Ce que la réponse avance de vérifiable. Survoler un élément montre son passage.
- En juillet 2023, dans sa réponse à l'initiative citoyenne européenne "Pour des cosmétiques sans cruauté", la Commission européenne ne fixe pas d'échéance à l'arrêt de l'utilisation d'animaux en recherche.
- La liste des "méthodes alternatives validées par EURL-ECVAM" n'en compte aucune pour l'étude de la toxicité par administrations répétées.
- Le FC3R, créé par la loi de programmation de la recherche de 2020, dispose d'un budget d'un million d'euros apporté par ses membres et les ministères chargés de la recherche et de l'agriculture.
- Le FC3R a réalisé une enquête auprès des laboratoires sur les approches substitutives.
- Le FC3R a organisé trois appels à projets ; le troisième, sur les approches numériques, se terminera en décembre.
- L'Agence nationale de la recherche finance notamment le programme Track-NAFLD, un modèle de foie sur puce multicellulaire.
- Le FC3R organise des webinaires sur la planification expérimentale, l'amélioration des plans d'étude et l'optimisation de l'utilisation des données statistiques.
- Plus de dix groupes de travail complètent les réunions de la Commission nationale de protection des animaux utilisés à des fins scientifiques et du Comité national de réflexion éthique sur l'expérimentation animale.
- Les deux instances nationales publient sur le site du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche des avis portant notamment sur l'agrément des "comités d'éthique en expérimentation animale".
- Le ministère chargé de l'agriculture inspecte les établissements utilisant des animaux à des fins scientifiques dans le domaine de la protection animale.
Le détail de l'analyse
Les sources de la réponse
Les organismes cités
- Commission européenne
- Laboratoire de référence de l'Union pour les méthodes de substitution (EURL ECVAM)
- Centre français 3R (FC3R)
- Agence nationale de la recherche (ANR)
- Commission nationale de protection des animaux utilisés à des fins scientifiques (CNEA)
- Comité national de réflexion éthique sur l'expérimentation animale (CNREEA)
- Ministère chargé de la recherche
Sur le site de l'OXA
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Recueil établi et publié par l'Observatoire de l'Expérimentation Animale. Les textes des questions et des réponses sont ceux que publient l'Assemblée nationale, le Sénat et le Parlement européen. Un texte que les sources ouvertes ne donnent qu'en anglais est publié dans une traduction de l'OXA, avec l'original.
Cette analyse a été produite par un modèle de langage appliquant la grille de l'OXA décrite dans la méthode du recueil, et contrôlée par des scripts. Elle n'a pas été relue question par question.
Les méthodes non animales remplacent l'utilisation d'animaux par d'autres moyens. Par contraste avec l'expérimentation in vivo, sur des animaux vivants, elles forment trois familles, qui se combinent ou fonctionnent séparément : in vitro (organes sur puce, organoïdes, cultures de cellules), in silico (algorithmes prédictifs, jumeaux numériques) et in humano (épidémiologie, participation de volontaires consentants à des recherches et à des essais cliniques).
Le FC3R, centre français pour les 3R, a été fondé en 2021 pour promouvoir le développement des 3R. Avec un budget maigre, il lance des appels d'offres, fournit des ressources, diffuse des informations et promeut des formations spécialisées.
Les statistiques françaises et européennes comptent des utilisations d'animaux dans des procédures : un animal réutilisé dans une nouvelle procédure compte une fois de plus. La directive européenne appelle procédure toute utilisation d'un animal à des fins scientifiques ou éducatives "susceptible de causer à cet animal une douleur, une souffrance, une angoisse ou des dommages durables équivalents ou supérieurs à ceux causés par l'introduction d'une aiguille". Les réutilisations restent rares : faute de mieux, le nombre d'utilisations donne une idée du nombre d'animaux.
Le Comité national de réflexion éthique sur l'expérimentation animale (CNREEA) réunit des représentants des pouvoirs publics et de différentes spécialités. Il encadre l'activité des "comités d'éthique en expérimentation animale" et adresse des recommandations thématiques à la CNEA.
Le ministère chargé de la recherche (direction générale de la recherche et de l'innovation) délivre les autorisations de projet sur la base des avis des "comités d'éthique en expérimentation animale" (CEEA), publie les résumés non techniques (RNT) des projets autorisés, et recueille et diffuse les chiffres annuels de l'expérimentation animale en France.
En France, l'évaluation des projets que la réglementation européenne impose avant leur autorisation revient aux "comités d'éthique en expérimentation animale" (CEEA ou C2EA). Ce sont des groupes locaux créés à l'initiative des laboratoires, qui examinent leurs demandes d'autorisation de projet avant leur envoi au ministère chargé de la recherche. Ils doivent réunir cinq "compétences" : conception de projet, réalisation de projet, soins et mise à mort des animaux, pratique vétérinaire, et un membre "non-spécialiste". Ils n'ont aucune obligation de compétence en méthodes n'utilisant pas d'animaux, en biostatistiques, en droit, ni même en éthique, et sont majoritairement composés de personnes qui travaillent pour les laboratoires dont ils évaluent les projets.
L'expression "expérimentation animale", employée au cours du XXe siècle et encore largement répandue, désigne toutes les utilisations des animaux susceptibles de leur nuire dans le cadre de recherches, de tests ou d'enseignements. L'OXA la retient parce qu'elle n'est ni complaisante, ni concentrée sur les pratiques qui infligent les plus grandes souffrances. La réglementation parle d'"utilisation des animaux à des fins scientifiques" : toute utilisation susceptible de causer à l'animal "une douleur, une souffrance, une angoisse ou des dommages durables équivalents ou supérieurs à ceux causés par l'introduction d'une aiguille effectuée conformément aux bonnes pratiques vétérinaires".
Le ministère chargé de l'agriculture coordonne, par son système d'information RESYTAL, les inspections des établissements éleveurs, fournisseurs et utilisateurs d'animaux, menées par les directions départementales de la protection des populations (DDPP).