Les questions parlementaires
Expérimentation animale dans les armées, rappel
Clarification et précisions concernant l'utilisation d'animaux vivants à des fins scientifiques dans les services des armées
Question écrite n° 22755, Sénat, 6 mai 2021
Le résumé de l'OXA
Le sénateur rappelle à la ministre des armées sa question n° 18999 : remplacement, espèces et primates utilisés, hausse du nombre d'animaux, usages hors recherche médicale.
4 demandes : réponse à 2, réponse partielle à 2.
Clarifier la licéité des procédures autorisées, au vu d'une réponse qui assimile le remplacement au choix d'une autre espèce.
Réponse partielle La réponse dit que l'IRBA applique la définition de la directive et qu'un remplacement total n'est pas possible ; elle défend sans répondre sur la licéité, ni revenir sur la définition donnée dans la réponse du 12 novembre 2020 aux questions n° 15121 et 17808.
Les autres espèces utilisées par l'IRBA, et notamment le nombre de primates.
Réponse L'IRBA n'utilise plus de primates depuis 2013 ; en 2020, il utilise des souris, des rats, des porcs et des lapins, sans nombre pour les lapins.
L'explication de la forte hausse du nombre d'animaux utilisés en deux ans.
Réponse La hausse est attribuée à "l'accroissement du nombre de sollicitations reçues", sans dire lesquelles.
Les statistiques des animaux utilisés par le ministère des armées à d'autres fins que la recherche médicale.
Réponse partielle La réponse donne 265 souris et rats par an en moyenne pour la DGA, mais aucun nombre pour les porcs de la formation chirurgicale.
La fiche
Thèmes : défense, statistiques, méthodes sans animaux · Espèces : primates, rongeurs, lapins, cochons
- Auteur
- M. Arnaud Bazin (Les Républicains, Val-d'Oise)
- Ministère interrogé
- Armées
- Rubrique
- Animaux
- Question publiée
- au Journal officiel du 6 mai 2021
- Réponse publiée
- au Journal officiel du 9 septembre 2021
- Statut
- Réponse reçue
- Événements
- Rappel le 4 mai 2021
- Sources
La question
(Question écrite n° 22755 de M. Arnaud Bazin, Sénat, JO du 6 mai 2021)
M. Arnaud Bazin rappelle à Mme la ministre des armées les termes de sa question n°18999 posée le 19/11/2020 sous le titre : " Clarification et précisions concernant l'utilisation d'animaux vivants à des fins scientifiques dans les services des armées ", qui n'a pas obtenu de réponse à ce jour.
La réponse
(Réponse du ministère : Armées, JO du 9 septembre 2021)
L'institut de recherche biomédicale des armées (IRBA) a pour mission d'améliorer la protection et la prise en charge des militaires exposés à des menaces et contraintes particulières (agents vulnérants conventionnels, risque biologique naturel ou provoqué, autres agents de la menace nucléaire, radiologique et chimique). Il mène des projets de recherche portant sur des thématiques spécifiques (contre-mesures médicales face aux menaces NRBC, prévention protection et traitement des maladies liées à l'exposition à des environnements agressifs, etc) peu traitées par les équipes de recherche civiles et dont les bénéfices s'étendent bien au-delà de la communauté militaire. L'augmentation de l'utilisation d'animaux au sein des laboratoires de l'IRBA est liée à l'accroissement du nombre de sollicitations reçues. Les animaux utilisés à l'IRBA en 2019 représentent environ 0,06 % des 1,9 millions d'animaux utilisés annuellement en France à des fins scientifiques selon les chiffres du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche. Conformément au principe des « 3R », qui impose de réduire le nombre d'animaux en expérimentation, de « raffiner » la méthodologie utilisée, et de remplacer les modèles animaux lorsque cela est possible, chaque projet de recherche mis en œuvre au sein de l'IRBA applique des procédures visant à garantir le bien-être animal, à supprimer toute souffrance inutile et à réduire le nombre d'animaux utilisés. L'IRBA a pris en compte la notion de « remplacement » telle qu'elle est définie dans la directive européenne n° 2010/63/UE, qui considère que « s'il est souhaitable de remplacer l'utilisation d'animaux vivants dans les procédures par d'autres méthodes qui n'impliquent pas leur utilisation, l'utilisation d'animaux vivants demeure nécessaire pour protéger la santé ». Avant le lancement de toute étude sur l'être humain, l'évaluation de l'innocuité et de l'efficacité des traitements sur l'animal est une obligation réglementaire. Le remplacement total des animaux par des méthodes alternatives n'est pas encore possible pour tous les types de recherche, en rapport avec les pathologies d'origine environnementale ou toxique, par exemple. L'institut a donc recours à des animaux vivants, les animaux moins sensibles étant privilégiés. Depuis 2013, l'IRBA n'utilise plus de primate non humain à des fins scientifiques. Pour l'année 2020 en cours, les espèces utilisées par l'IRBA sont les souris, les rats, les porcs et les lapins. Au-delà de la recherche médicale, l'utilisation d'animaux est possible afin d'assurer la formation des chirurgiens et des personnels paramédicaux ayant vocation à être projetés sur les théâtres d'opérations extérieurs. Le porc, espèce la plus indiquée pour une application humaine, est ainsi utilisé pour la formation au traitement chirurgical des plaies hémorragiques, à l'origine de la plupart des décès de soldats ou de victimes d'attentats par armes de guerre. Son utilisation est néanmoins limitée à l'apprentissage du traitement des plaies vasculaires et du cœur, qui ne peut être réalisé que sur un organisme vivant. La procédure, excluant toute souffrance pour l'animal (placé sous anesthésie), a par ailleurs fait l'objet de plusieurs présentations devant le comité d'éthique animale de l'IRBA et a été validée par une autorisation de projet en 2013 puis en 2018. D'autre part, bien qu'utilisant de manière préférentielle les modèles alternatifs (cellulaires ou explants), la direction générale de l'armement (DGA) procède également à un usage limité de modèles animaux (souris et rats) afin d'évaluer l'efficacité de systèmes de défense NRBC, comme par exemple un procédé de décontamination d'urgence. Le volume annuel moyen est de 265 animaux et toutes les expérimentations sont validées par le comité d'éthique ad hoc. Enfin, le ministère des armées a été en pointe en matière d'éthique des expérimentations animales, puisque le premier comité français a été celui de la DGA en 1992, suivi en 1993 par celui du centre de recherche du service de santé des armées (CRSSA). Devenu aujourd'hui le comité d'éthique en expérimentation animale du SSA (C2EA-SSA), cette instance agréée participe aux réunions des comités d'éthique civils en Île-de-France dans un but d'échange et de réflexion.
Les éléments concrets
Ce que la réponse avance de vérifiable. Survoler un élément montre son passage.
- Les animaux utilisés à l'IRBA en 2019 représentent environ 0,06 % des 1,9 million d'animaux utilisés chaque année en France, selon les chiffres du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche.
- La directive 2010/63/UE considère que l'utilisation d'animaux vivants "demeure nécessaire pour protéger la santé", tout en jugeant souhaitable de la remplacer par d'autres méthodes.
- L'IRBA n'utilise plus de primates non humains depuis 2013 ; en 2020, il utilise des souris, des rats, des porcs et des lapins.
- À l'IRBA, la formation au traitement chirurgical des plaies hémorragiques sur des porcs a été validée par une autorisation de projet en 2013 puis en 2018.
- La direction générale de l'armement (DGA) utilise en moyenne 265 animaux par an, des souris et des rats, pour évaluer l'efficacité de systèmes de défense NRBC.
- Le premier comité d'éthique français a été celui de la DGA, en 1992, suivi de celui du CRSSA en 1993.
- Le C2EA-SSA, instance agréée qui a succédé au comité du CRSSA, participe aux réunions des comités d'éthique civils en Île-de-France.
Le détail de l'analyse
Les sources de la réponse
- Directive 2010/63/UE, considérant cité sur le remplacement texte juridique
- Chiffres du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche : 1,9 million d'animaux utilisés par an en France chiffre sourcé
Les organismes cités
- Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA)
- Direction générale de l'armement (DGA)
- Centre de recherche du service de santé des armées (CRSSA)
- Comité d'éthique en expérimentation animale du SSA (C2EA-SSA)
- Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche
Sur le site de l'OXA
Les questions liées
Les questions qui ont reçu la même réponse
Recueil établi et publié par l'Observatoire de l'Expérimentation Animale. Les textes des questions et des réponses sont ceux que publient l'Assemblée nationale, le Sénat et le Parlement européen. Un texte que les sources ouvertes ne donnent qu'en anglais est publié dans une traduction de l'OXA, avec l'original.
Cette analyse a été produite par un modèle de langage appliquant la grille de l'OXA décrite dans la méthode du recueil, et contrôlée par des scripts. Elle n'a pas été relue question par question.
Le ministère chargé des armées gère l'inspection et l'agrément de ses laboratoires ainsi que l'évaluation et l'autorisation de leurs projets.
Le ministère chargé de la recherche (direction générale de la recherche et de l'innovation) délivre les autorisations de projet sur la base des avis des "comités d'éthique en expérimentation animale" (CEEA), publie les résumés non techniques (RNT) des projets autorisés, et recueille et diffuse les chiffres annuels de l'expérimentation animale en France.
Les statistiques françaises et européennes comptent des utilisations d'animaux dans des procédures : un animal réutilisé dans une nouvelle procédure compte une fois de plus. La directive européenne appelle procédure toute utilisation d'un animal à des fins scientifiques ou éducatives "susceptible de causer à cet animal une douleur, une souffrance, une angoisse ou des dommages durables équivalents ou supérieurs à ceux causés par l'introduction d'une aiguille". Les réutilisations restent rares : faute de mieux, le nombre d'utilisations donne une idée du nombre d'animaux.
Un projet qui utilise des animaux ne peut commencer qu'après son autorisation. En France, l'établissement envoie une demande d'autorisation de projet (DAP) au ministère chargé de la recherche, après son évaluation par un comité d'éthique. La demande comporte un résumé non technique. L'autorisation vaut cinq ans au plus.
En France, l'évaluation des projets que la réglementation européenne impose avant leur autorisation revient aux "comités d'éthique en expérimentation animale" (CEEA ou C2EA). Ce sont des groupes locaux créés à l'initiative des laboratoires, qui examinent leurs demandes d'autorisation de projet avant leur envoi au ministère chargé de la recherche. Ils doivent réunir cinq "compétences" : conception de projet, réalisation de projet, soins et mise à mort des animaux, pratique vétérinaire, et un membre "non-spécialiste". Ils n'ont aucune obligation de compétence en méthodes n'utilisant pas d'animaux, en biostatistiques, en droit, ni même en éthique, et sont majoritairement composés de personnes qui travaillent pour les laboratoires dont ils évaluent les projets.