Les questions parlementaires
Expérimentation animale dans les armées
Clarification et précisions concernant l'utilisation d'animaux vivants à des fins scientifiques dans les services des armées
Question écrite n° 18999, Sénat, 19 novembre 2020
Le résumé de l'OXA
Le sénateur demande à la ministre des armées de clarifier le remplacement, les espèces et primates utilisés, la hausse du nombre d'animaux et les usages hors recherche médicale.
4 demandes : réponse à 2, réponse partielle à 2.
Clarifier la licéité des procédures autorisées, au vu d'une réponse qui assimile le remplacement au choix d'une autre espèce.
Réponse partielle La réponse dit que l'IRBA applique la définition de la directive et qu'un remplacement total n'est pas possible ; elle défend sans répondre sur la licéité, ni revenir sur la définition donnée dans la réponse du 12 novembre 2020 aux questions n° 15121 et 17808.
Les autres espèces utilisées par l'IRBA, et notamment le nombre de primates.
Réponse L'IRBA n'utilise plus de primates depuis 2013 ; en 2020, il utilise des souris, des rats, des porcs et des lapins, sans nombre pour les lapins.
L'explication de la forte hausse du nombre d'animaux utilisés en deux ans.
Réponse La hausse est attribuée à "l'accroissement du nombre de sollicitations reçues", sans dire lesquelles.
Les statistiques des animaux utilisés par le ministère des armées à d'autres fins que la recherche médicale.
Réponse partielle La réponse donne 265 souris et rats par an en moyenne pour la DGA, mais aucun nombre pour les porcs de la formation chirurgicale.
La fiche
Thèmes : défense, statistiques, méthodes sans animaux · Espèces : primates, rongeurs, lapins, cochons
- Auteur
- M. Arnaud Bazin (Les Républicains, Val-d'Oise)
- Ministère interrogé
- Armées
- Rubrique
- Animaux
- Question publiée
- au Journal officiel du 19 novembre 2020
- Réponse publiée
- au Journal officiel du 9 septembre 2021
- Statut
- Réponse reçue
- Sources
La question
(Question écrite n° 18999 de M. Arnaud Bazin, Sénat, JO du 19 novembre 2020)
M. Arnaud Bazin demande à Mme la ministre des armées un complément d'information après sa réponse du 12 novembre 2020 à la question écrite n° 15121 concernant les statistiques d'utilisation d'animaux vivants dans les laboratoires de recherche biomédicale des armées. Il souhaite rappeler dans un premier temps que le remplacement inscrit dans le principe des 3R (remplacer, réduire et raffiner), tel qu'énoncé dans la directive européenne 2010/63/UE et transposé en droit français dans le décret n°2013-118 du 1er février 2013, vise à substituer au recours à un modèle animal des approches et méthodes ne faisant pas appel au modèle animal telles que des méthodes in vitro et in silico.
Compte tenu de la mauvaise compréhension du terme de remplacement, s'il en juge par la réponse à la question écrite précitée qui indique la possibilité de remplacer par « les espèces le plus appropriées au modèle développé », il s'interroge sur la licéité des procédures expérimentales autorisées par le ministère. Il souhaiterait par conséquent qu'elle clarifie ce point. Par ailleurs, elle souligne dans sa réponse que « les souris, les rats et les porcs sont les animaux les plus couramment utilisés ». Cependant, le tableau fourni à l'appui de ces dires, légendé « espèces ou types d'animaux utilisés dans les protocoles d'expérimentation menés par les équipes de recherche de l'institut de recherche biomédicale des armées (IRBA) », mentionne uniquement ces trois espèces. Il aimerait donc savoir quelles autres espèces sont utilisées et notamment le nombre de primates non humains. Il constate par ailleurs dans ce tableau une forte augmentation en deux ans du nombre d'animaux utilisés. Il s'étonne de cette évolution contraire au principe de réduction des 3R et à la réalisation de l'objectif final, tel qu'édicté dans la directive européenne : « le remplacement total des procédures appliquées à des animaux vivants à des fins scientifiques et éducatives ». Il souhaiterait par conséquent avoir également une explication sur ce point. Enfin, il aimerait connaitre les statistiques concernant les animaux utilisés par le ministère des armées à d'autres fins que la recherche médicale.
La réponse
(Réponse du ministère : Armées, JO du 9 septembre 2021)
L'institut de recherche biomédicale des armées (IRBA) a pour mission d'améliorer la protection et la prise en charge des militaires exposés à des menaces et contraintes particulières (agents vulnérants conventionnels, risque biologique naturel ou provoqué, autres agents de la menace nucléaire, radiologique et chimique). Il mène des projets de recherche portant sur des thématiques spécifiques (contre-mesures médicales face aux menaces NRBC, prévention protection et traitement des maladies liées à l'exposition à des environnements agressifs, etc) peu traitées par les équipes de recherche civiles et dont les bénéfices s'étendent bien au-delà de la communauté militaire. L'augmentation de l'utilisation d'animaux au sein des laboratoires de l'IRBA est liée à l'accroissement du nombre de sollicitations reçues. Les animaux utilisés à l'IRBA en 2019 représentent environ 0,06 % des 1,9 millions d'animaux utilisés annuellement en France à des fins scientifiques selon les chiffres du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche. Conformément au principe des « 3R », qui impose de réduire le nombre d'animaux en expérimentation, de « raffiner » la méthodologie utilisée, et de remplacer les modèles animaux lorsque cela est possible, chaque projet de recherche mis en œuvre au sein de l'IRBA applique des procédures visant à garantir le bien-être animal, à supprimer toute souffrance inutile et à réduire le nombre d'animaux utilisés. L'IRBA a pris en compte la notion de « remplacement » telle qu'elle est définie dans la directive européenne n° 2010/63/UE, qui considère que « s'il est souhaitable de remplacer l'utilisation d'animaux vivants dans les procédures par d'autres méthodes qui n'impliquent pas leur utilisation, l'utilisation d'animaux vivants demeure nécessaire pour protéger la santé ». Avant le lancement de toute étude sur l'être humain, l'évaluation de l'innocuité et de l'efficacité des traitements sur l'animal est une obligation réglementaire. Le remplacement total des animaux par des méthodes alternatives n'est pas encore possible pour tous les types de recherche, en rapport avec les pathologies d'origine environnementale ou toxique, par exemple. L'institut a donc recours à des animaux vivants, les animaux moins sensibles étant privilégiés. Depuis 2013, l'IRBA n'utilise plus de primate non humain à des fins scientifiques. Pour l'année 2020 en cours, les espèces utilisées par l'IRBA sont les souris, les rats, les porcs et les lapins. Au-delà de la recherche médicale, l'utilisation d'animaux est possible afin d'assurer la formation des chirurgiens et des personnels paramédicaux ayant vocation à être projetés sur les théâtres d'opérations extérieurs. Le porc, espèce la plus indiquée pour une application humaine, est ainsi utilisé pour la formation au traitement chirurgical des plaies hémorragiques, à l'origine de la plupart des décès de soldats ou de victimes d'attentats par armes de guerre. Son utilisation est néanmoins limitée à l'apprentissage du traitement des plaies vasculaires et du cœur, qui ne peut être réalisé que sur un organisme vivant. La procédure, excluant toute souffrance pour l'animal (placé sous anesthésie), a par ailleurs fait l'objet de plusieurs présentations devant le comité d'éthique animale de l'IRBA et a été validée par une autorisation de projet en 2013 puis en 2018. D'autre part, bien qu'utilisant de manière préférentielle les modèles alternatifs (cellulaires ou explants), la direction générale de l'armement (DGA) procède également à un usage limité de modèles animaux (souris et rats) afin d'évaluer l'efficacité de systèmes de défense NRBC, comme par exemple un procédé de décontamination d'urgence. Le volume annuel moyen est de 265 animaux et toutes les expérimentations sont validées par le comité d'éthique ad hoc. Enfin, le ministère des armées a été en pointe en matière d'éthique des expérimentations animales, puisque le premier comité français a été celui de la DGA en 1992, suivi en 1993 par celui du centre de recherche du service de santé des armées (CRSSA). Devenu aujourd'hui le comité d'éthique en expérimentation animale du SSA (C2EA-SSA), cette instance agréée participe aux réunions des comités d'éthique civils en Île-de-France dans un but d'échange et de réflexion.
Les éléments concrets
Ce que la réponse avance de vérifiable. Survoler un élément montre son passage.
- Les animaux utilisés à l'IRBA en 2019 représentent environ 0,06 % des 1,9 million d'animaux utilisés chaque année en France, selon les chiffres du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche.
- La directive 2010/63/UE considère que l'utilisation d'animaux vivants "demeure nécessaire pour protéger la santé", tout en jugeant souhaitable de la remplacer par d'autres méthodes.
- L'IRBA n'utilise plus de primates non humains depuis 2013 ; en 2020, il utilise des souris, des rats, des porcs et des lapins.
- À l'IRBA, la formation au traitement chirurgical des plaies hémorragiques sur des porcs a été validée par une autorisation de projet en 2013 puis en 2018.
- La direction générale de l'armement (DGA) utilise en moyenne 265 animaux par an, des souris et des rats, pour évaluer l'efficacité de systèmes de défense NRBC.
- Le premier comité d'éthique français a été celui de la DGA, en 1992, suivi de celui du CRSSA en 1993.
- Le C2EA-SSA, instance agréée qui a succédé au comité du CRSSA, participe aux réunions des comités d'éthique civils en Île-de-France.
Le détail de l'analyse
Les sources de la réponse
- Directive 2010/63/UE, considérant cité sur le remplacement texte juridique
- Chiffres du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche : 1,9 million d'animaux utilisés par an en France chiffre sourcé
Les organismes cités
- Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA)
- Direction générale de l'armement (DGA)
- Centre de recherche du service de santé des armées (CRSSA)
- Comité d'éthique en expérimentation animale du SSA (C2EA-SSA)
- Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche
Sur le site de l'OXA
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Les questions que cite le texte
Recueil établi et publié par l'Observatoire de l'Expérimentation Animale. Les textes des questions et des réponses sont ceux que publient l'Assemblée nationale, le Sénat et le Parlement européen. Un texte que les sources ouvertes ne donnent qu'en anglais est publié dans une traduction de l'OXA, avec l'original.
Cette analyse a été produite par un modèle de langage appliquant la grille de l'OXA décrite dans la méthode du recueil, et contrôlée par des scripts. Elle n'a pas été relue question par question.
Le ministère chargé des armées gère l'inspection et l'agrément de ses laboratoires ainsi que l'évaluation et l'autorisation de leurs projets.
Le ministère chargé de la recherche (direction générale de la recherche et de l'innovation) délivre les autorisations de projet sur la base des avis des "comités d'éthique en expérimentation animale" (CEEA), publie les résumés non techniques (RNT) des projets autorisés, et recueille et diffuse les chiffres annuels de l'expérimentation animale en France.
Les statistiques françaises et européennes comptent des utilisations d'animaux dans des procédures : un animal réutilisé dans une nouvelle procédure compte une fois de plus. La directive européenne appelle procédure toute utilisation d'un animal à des fins scientifiques ou éducatives "susceptible de causer à cet animal une douleur, une souffrance, une angoisse ou des dommages durables équivalents ou supérieurs à ceux causés par l'introduction d'une aiguille". Les réutilisations restent rares : faute de mieux, le nombre d'utilisations donne une idée du nombre d'animaux.
Un projet qui utilise des animaux ne peut commencer qu'après son autorisation. En France, l'établissement envoie une demande d'autorisation de projet (DAP) au ministère chargé de la recherche, après son évaluation par un comité d'éthique. La demande comporte un résumé non technique. L'autorisation vaut cinq ans au plus.
En France, l'évaluation des projets que la réglementation européenne impose avant leur autorisation revient aux "comités d'éthique en expérimentation animale" (CEEA ou C2EA). Ce sont des groupes locaux créés à l'initiative des laboratoires, qui examinent leurs demandes d'autorisation de projet avant leur envoi au ministère chargé de la recherche. Ils doivent réunir cinq "compétences" : conception de projet, réalisation de projet, soins et mise à mort des animaux, pratique vétérinaire, et un membre "non-spécialiste". Ils n'ont aucune obligation de compétence en méthodes n'utilisant pas d'animaux, en biostatistiques, en droit, ni même en éthique, et sont majoritairement composés de personnes qui travaillent pour les laboratoires dont ils évaluent les projets.