Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.
En bref (résumé court généré par IA)

Exposées à un prédateur, isolées deux heures, agitées une heure sur plaque, laissées douze heures dans une cage inclinée à 45 degrés puis douze heures sur de la litière sale de rat, éclairées en continu pendant trente-six heures : dix souris subissent un stress chronique et imprévisible, la moitié des tests répétés deux fois pour éviter l’habituation. Le lot complet compte 30 souris dans des procédures impliquant un niveau de souffrance légère, avec trois pesées par semaine et deux prises de sang sous anesthésie. Le projet est déclaré au titre du bien-être animal et mesure le stress selon les conditions d’hébergement, hormone du stress dans les selles, globules blancs, test d’anxiété, poids. Aucune souris n’est tuée à l’issue, toutes sont gardées vivantes pour être réutilisées dans des formations réglementaires à l’expérimentation animale.

NTS-FR-107475v1
Types de recherche
· Bien-être animal · Recherche appliquée ·
Mots-clés
raffinement, stress imprévisible chronique, corticostérone, ratio neutrophiles/lymphocytes
Souris : 30

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).

Dans quel but fait-on ça ?

Réponse du laboratoire :

Notre unité est une unité d’appui à la recherche dont une des fonctions principales est d’élever et d’héberger des rongeurs (souris, rats, hamsters…) à des fins d’utilisation dans des projets expérimentaux. La prise en compte du bien-être animal regroupe le respect des 5 libertés individuelles : absence de faim, de soif et de malnutrition, absence de peur et de détresse, absence de stress physique et/ou thermique, absence de douleur, de lésions et de maladie et la liberté d’exprimer le comportement normal de son espèce. Certaines de ces libertés individuelles sont faciles à mettre en oeuvre comme l’absence de faim, de soif et de malnutrition tandis que l’absence de peur, de détresse et de stress physique sont difficilement évaluables. Le stress aboutit à la production d’hormone qui modifie des fonctions biologiques dans l’organisme avec des conséquences sur le métabolisme, la reproduction, la croissance, le système immunitaire…Ces conséquences ont un retentissement sur la qualité des résultats des expérimentations mises en oeuvre dans notre animalerie par les chercheurs dans des disciplines variées. Nous souhaiterions par ce projet évaluer le niveau de stress d’animaux hébergés dans différentes conditions (1: standard de notre animalerie; 2: avec un raffinement augmenté;3 : en condition dégradée par un stress chronique). Différents paramètres seront étudiés : niveau d’hormone du stress dans les selles, analyse des quantités et des types de globules blancs circulants, test de mesure de l’anxiété, nourriture consommée et masse corporelle.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).

Est-ce « inutile » ou « nécessaire » ?

Réponse du laboratoire :

Nous espérons pouvoir quantifier différents niveaux de stress. Ce projet doit nous permettre de déterminer si nos conditions d’hébergement standard induisent un stress chez nos animaux et si nous pourrions le diminuer en raffinant nos conditions de change et de manipulation des animaux (tail handling vs cup handling). Nous déterminerons des valeurs de référence relative à l’hormone du stress et au différentes populations de globules blancs pour notre animalerie pour envisager des contrôles ponctuels ultérieurs.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).

Le droit d'accès aux documents

Réponse du laboratoire :

Les animaux seront manipulés 3 fois par semaine pour être pesés vigiles (2 minutes par pesée). Les animaux subiront deux prélèvements de sang sous anesthésie (50µl prélevés,2 minutes d’anesthésie gazeuse chacune, l’interval sera proche de 3 semaines). Tous les protocoles de stress induiront une nuisance pour les animaux du lot 3 (5 mâles et 5 femelles) : – test 1 exposition à un prédateur ; durée 30 minutes – test 2 stress d’isolement ; durée 2 heures – test 3 stress d’agitation sur plaque ; durée 1 heure – test 4 exposition à un nouvel environnement ; durée 30 minutes – test 5 changement multiple de cage ; durée 4 heures – test 6 inclinaison de cage à 45° ; durée 12 heures – test 7 exposition à de la litière sale de rat ; durée 12 heures – test 8 absence de litière et de raffinement ; durée 12 heures – test 9 exposition à une lumière continue ; durée 36 heures – test 10 inversion de cycle jour/nuit ; durée 48 heures. Les tests 1,2,3,5,6 et 7 seront faits 2 fois non consécutives pour faire varier le type de test en tenant compte de la faisabilité pendant certains jours de la semaine et pour éviter une habituation.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.

Les animaux souffrent-ils ?

Réponse du laboratoire :

Tous les animaux subiront un stress pour les prises de sang au début et à la fin du projet. Ils seront anesthésiés par inhalation de gaz anesthésiant et la quantité de sang prélevée sera environ de 50µl. Les animaux du lot 3 soit 10 animaux (5 mâles et 5 femelles) subiront un stress chronique et imprévisible au cours des différents protocoles de stress.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.

Peut-on parler d'éthique en expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Les animaux seront tous gardés en vie afin de pouvoir les réutiliser dans des projets pour lesquels nous avons une autorisation à savoir des formations règlementaires à l’expérimentation animale .

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.

Comment avancer vers la fin de l'expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Le remplacement du modèle murin in vivo n’est pas possible car il n’existe pas de système ex vivo qui nous permette de déterminer les marqueurs biologiques de stress décrits dans la littérature à savoir le niveau de corticostérone et le ratio polynucléaires neutrophiles/ lymphocytes. Les tests de Maze ne peuvent être effectué que sur animaux vigiles.

2. Réduction

Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.

Qui est concerné ?

Réponse du laboratoire :

Nous avons déterminé 3 groupes d’animaux (5 mâles et 5 femelles) pour étudier l’effet sur les deux sexes. L’effectif de 5 animaux par sexe et par groupe est suffisant pour observer une variation significative de 10%.

3. Raffinement

Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.

La réglementation est-elle « très stricte » ?

Réponse du laboratoire :

Les animaux seront manipulés après une période d’acclimatation de 1 semaine. Les prélèvements sanguins seront réalisés sous anesthésie gazeuse. Les animaux sont hébergés dans des salles ou l’hygrométrie et la température sont controlées. L’eau et la nourriture sont ad libitum. Des points limites ont été définis à savoir la présence d’une blessure ou une perte de poids > 20% déterminée par la pesée des animaux pendant la procédure.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.

Spécisme et expérimentation animale

Réponse du laboratoire :

La souris a été choisie car notre unité est spécialisée dans l’hébergement, l’élevage et l’appui à l’expérimentation animale sur des rongeurs. Les marqueurs de stress comme la corticosterone sont facilement dosables par des kits commerciaux et les automates d’hématologie sont adaptés à la mesure des parmètres hématologiques de la souris. Les animaux seront utilisés au stade jeune adulte car les animaux que nous recevons pour hébergement sont âgés de 6 semaines et les animaux qui proviennent de nos élevages sont très généralement impliqués dans des procédures expérimentales à l’âge adulte.