
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2025-06-18 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-077533)
Pour mesurer la toxicité de la saumure que rejetteraient des usines d’hydrogène en mer, 70 bars juvéniles de quatre mois sont exposés pendant 96 heures à une eau salée à 70 grammes par litre, chauffée à 30 degrés et chargée en sous-produits de chloration. 60 des 70 poissons relèvent d’un niveau de souffrance sévère, les 10 autres d’un niveau léger, et tous sont tués à la fin pour des dosages enzymatiques dans leurs tissus. Le porteur attend des difficultés à maintenir l’équilibre hydrominéral et une respiration accélérée pendant les quatre jours de l’essai. Il écrit dans le même temps que 30 degrés, température située au-delà de l’optimum de l’espèce, n’est « pas susceptible d’induire des effets indésirables majeurs ».
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
Les besoins croissants en énergie et l’attente sociétale pour un plus grand respect de l’environnement amènent industriels et gouvernements à envisager la production d’hydrogène (H2) grâce à un électrolyseur couplé à de l’éolien en pleine ou haute mer. Cette solution soulève néanmoins un grand nombre de questions sur l’impact environnemental potentiel des rejets d’eau de production associés à ce procédé. L’électrolyse de l’eau pour la production d’hydrogène suppose le dessalement de l’eau de mer et donc le rejet d’une saumure très salée, concentrée en différentes substances chimiques et dont la température est supérieure à celle du milieu aquatique environnant. Ce projet s’inscrit dans une démarche d’Analyse du Risque Chimique décrit par REACH (Registration, Evaluation, Authorisation and restriction of Chemicals) et vise à déterminer l’impact de cette saumure sur l’espèce modèle de poisson choisi : le bar, en se basant sur les essais de produits chimiques de la ligne directrice n°203 de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économiques). Ce projet constitue la phase 2 d’un projet précédent. Les données obtenues montrent une grande tolérance du bar aux variations de salinité lorsqu’il est exposé à son preferendum thermique, mais, pour cette même salinité, les animaux exposés à la saumure, la mortalité est de 100%. Cette phase 2 permettra de déterminer quel paramètre parmi la température,la salinité ou les produits chimiques constituant la saumure se révèle être le plus toxique pour les animaux.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
Le projet permettra d’anticiper les risques environnementaux potentiels consécutifs au déploiement d’une nouvelle technologie (production d’hydrogène sur des champs d’éoliennes en haute mer) correspondant à la volonté publique de décarbonation des activités industrielles. Ces travaux vont ainsi fournir des informations cruciales sur la sensibilité d’une espèce de poisson modèle à la principale pression environnementale liée au déploiement de cette technologie. Plus globalement, les résultats obtenus dans cette étude serviront à caractériser l’impact environnemental du rejet lié à cette production d’hydrogène via une analyse du risque chimique selon la méthodologie décrite dans les normes internationales. Cette étude servira de base à la réflexion des séquences ERC (Eviter, réduire, Compenser) préalable à toute étude d’impact environnemental d’une activité industrielle.
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
70 poissons seront utilisés dans ce projet. Ils seront exposés à une augmentation de la température, une augmentation de la salinité et des agents chimiques. Ces conditions seront appliquées de façon unitaire et/ou conjointement.
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.
Le transport des poissons dans une épuisette du bac de stabulation aux bacs d’exposition peut induire un stress d’intensité faible et qui dure 1 minute. Concernant les nuisances des eaux de salinités (70 g/L) et de température élevées (30°C), nous pouvons émettre l’hypothèse que des effets indésirables de gravité légère à sévère (difficultés à maintenir son équilibre hydrominéral, modification du métabolisme, se traduisant au niveau symptomatique par une augmentation de la fréquence et de l’amplitude des mouvements ventilatoires) allant au maximum jusqu’à 96h (fin de l’essai) peuvent apparaître. Une température de 30°C bien qu’au-delà de l’optimum thermique de l’espèce n’est pas susceptible d’induire des effets indésirables majeurs sur les animaux. Leur métabolisme sera augmenté mais leurs capacités cardio-respiratoire ne seront pas limitantes. L’exposition aux substances chimiques est susceptible de modifier le métabolisme hépatique des animaux, mais les sous-produits de chloration n’ayant pas de capacités oxydantes, ils ne sont à priori pas irritants.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
Tous les animaux seront mis à mort à l’issue de la procédure et leurs tissus utilisés pour des dosages enzymatiques.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
Des analyses de toxicité seront effectuées à l’échelle cellulaire (hépatocytes) et tissulaire (Branchies) pour permettre d’obtenir des informations sur les effets toxiques des différents éléments des saumures. Elles nous permettront de mieux comprendre les mécanismes impliqués mais ne pourront pas remplacer les observations réalisées à l’échelle de l’organisme. A l’heure actuelle, il n’y a pas de données bibliographiques sur les effets de cette saumure qui impacte tous les niveaux trophiques en milieu naturel.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
Cette procédure se base sur la ligne directrice n°203 de l’OCDE dont les différentes modifications et mises à jour depuis sa création ont permis de réduire au maximum le nombre d’individu nécessaire à l’obtention d’un résultat fiable scientifiquement. Dans ce cadre, nous utilisons 10 animaux par groupe et 7 groupes expérimentaux soit 70 animaux au total.
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
Dans les bacs d’exposition, des enrichissements occupationnels par courant d’eau et sensoriels (ombre) seront utilisés. Les bacs d’exposition auront une dimension de 60x30x30cm offrant un volume utile d’eau de 50 L. Les dimensions de ces bacs permettront aux poissons de nager librement dans la colonne d’eau. Le raffinement spécifique aux procédures expérimentales mises en oeuvre consistera, pour les animaux exposés à l’eau de mer sur-salée comme à la saumure, à aménager une phase de transition pendant laquelle la composition et/ou la température de l’eau seront progressivement modifiées pour ne pas produire de choc osmotique et thermique trop importants. Les animaux seront suivis en appliquant des points limites stricts et spécifiques du projet.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
Le bar est une espèce de poisson modèle en écophysiologie et en écotoxicologie. Grâce à la maitrise de son cycle de vie, le bar est une espèce importante en pisciculture et permet à la recherche expérimentale de disposer d’individus issus d’élevage à tous les stades de son cycle de vie. La norme internationale utilisée dans le cadre de ce projet est applicable à l’espèce choisie. Les procédures seront réalisées sur des individus juvéniles âgés de 4 mois. L’étude sur le stade de juvéniles est requise dans la ligne directrice n° 203 de l’OCDE. Les juvéniles de poissons sont couramment utilisés en écotoxicologie en raison de leur sensibilité aux variations de certains paramètres environnementaux comme la présence de substances chimiques.