
Résumé non technique d'un projet d'expérimentation animale publié sur ALURES le 2026-08-28 00:00:00
("EC NTS/RA identifier" : NTS-FR-377234)
Pour savoir si un environnement social favorable protège de la vulnérabilité aux troubles psychiatriques, 852 souris sont utilisées, toutes tuées pour prélèvement du cerveau, dans des procédures impliquant un niveau de souffrance modéré à sévère. Un groupe de souriceaux est séparé de sa mère trois heures par jour pendant vingt et un jours, la mère étant pendant ce temps placée dans une cage avec de la litière de rat et une lumière intense. À l’âge adulte, des mâles sont mis en présence d’un congénère agresseur, le porteur écrivant qu’ils seront « stressés et potentiellement blessés », et des femelles assistent à l’agression entre deux mâles. Le porteur annonce ensuite « une batterie de tests comportementaux » pour explorer les fonctions de motivation, de motricité et sociales, sans nommer un seul de ces tests.
Objectifs et bénéfices escomptés du projet
Décrire les objectifs du projet.
Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).
Les troubles psychiatriques comme la dépression ou la schizophrénie affectent une partie de plus en plus importante de la population. Bien que leur origine soit multifactorielle, l’environnement joue un rôle majeur dans le déclenchement, le développement et/ou l’évolution de ces troubles. Les évènements traumatiques (ET) qui surviennent à tout moment de la vie, mais plus particulièrement pendant l’enfance, sont associés à l’occurrence de ces maladies. Il a été proposé que les ET précoces pourraient contribuer à la vulnérabilité cérébrale. Par contre, les effets ‘protecteurs’ d’un environnement familial/social favorable n’ont jamais été investigués. Dans ce projet, nous voulons étudier les conséquences de l’environnement social en période post-natale sur la vulnérabilité/résilience des individus aux troubles psychiatriques.
Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?
Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).
Les maladies psychiatriques comme la dépression ou les troubles de la personnalité touchent une partie de plus en plus importante de la population. Malgré son origine multifactorielle, l’environnement joue un rôle majeur dans le développement, le déclenchement et/ou l’évolution de ces troubles. Ainsi, les évènements dits traumatiques pendant l’enfance font très souvent partie de l’histoire clinique des patients psychiatriques. Cependant, les effets ‘protecteurs’ de l’environnement familial n’ont jamais été étudiés. Dans ce projet, nous cherchons à évaluer, chez la souris, comment la modification du niveau de soins maternels pendant la période précoce de la vie post-natale influence la susceptibilité au stress à l’âge adulte. Ces connaissances seront d’une grande utilité pour approfondir nos connaissances sur l’origine des maladies psychiatriques
Nuisances prévues
À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?
Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).
Nous allons observer trois groupes de souris, qui recevront des niveaux de soins différents pendant les 21 premiers jours après leur naissance : • Groupe contrôle : les bébés souris grandissent normalement avec leur mère, dans un environnement classique de laboratoire. • Groupe “traumatisé” : chaque jour, pendant 21 jours, les bébés souris sont séparés de leur mère pendant 3 heures. Cela permet de simuler un stress précoce. • Groupe “protégé” : deux familles de souris vivent ensemble dans la même cage avec leurs deux mères. Chaque mère est retirée à tour de rôle, trois fois par jour pendant 15 minutes, et placée dans une cage plus stimulante (avec d’autres femelles, des jouets et des tunnels). Les petits ne sont donc jamais laissés seuls et bénéficient d’un environnement plus enrichi. Ensuite, certains animaux vont subir une chirurgie (45 min) pour observer les modifications des régions cérébrales qui traitent l’information sociale. Tous les animaux vont subir une batterie de tests comportementaux pour explorer les fonctions de motivations, de motricités et sociales. Un groupe d’animaux va subir un stress intense à l’âge adulte pour évaluer les effets du stress sur la vulnérabilité aux maladies psychiatriques
Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?
Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.
Les animaux du groupe isolé subissent une séparation qui peut générer un stress important et/ou altérer le bien-être des souriceaux. Un stress sera également présent pour la mère du groupe « traumatisé » car lors de la séparation avec ses souriceaux, elle sera mise dans une cage avec litière de rat et une lumière intense. Certains animaux vont subir une chirurgie. Un ensemble d’incidents per-opératoires peuvent survenir au cours de l’injection, comme par exemples une complication liée à l’anesthésie. Suite à la chirurgie, un début d’infection est possible au niveau de l’incision. D’autres animaux mâles seront stressés et potentiellement blessés quand ils seront en contact avec l’agresseur ». Les femelles seront également très stressées, car elle seront témoins d’une agression entre deux mâles. Certains animaux subiront un stress en raison de placer les animaux dans un contexte inconnu.
Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.
Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.
Tous les animaux sont mis à mort pour prélèvement des cerveaux pour analyses biologiques.
Application de la règle des "3R"
1. Remplacement
Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.
Ce type d’étude nécessite un modèle animal puisque les méthodes de remplacement ne permettent pas d’évaluer les fonctions cérébrales supérieures (donc inutilisables chez l’humain). D’une manière générale les modèles rongeurs sont nécessaires en neurosciences pour des raisons de proximité de comportements basiques avec l’Homme.
2. Réduction
Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.
Nous allons limiter au maximum le nombre d’individus à utiliser pour ce projet. Nos données préalables nous ont également permis un calcul approximatif de la taille de la cohorte optimale pour ces expériences permettant de limiter le nombre d’animaux sans diminuer pour autant la puissance de nos analyses. Le nombre total d’animaux à utiliser dans ce projet est estimé à 852 souris. Nous utiliserons 4 lignées de souris transgéniques à phénotypes non dommageables dans chaque procédure. Une fois nos premières expériences complètes, nous choisirons la meilleure lignée pour la suite de nos études. » donc le nombre d’animaux pourra être diminué si la première lignée transgénique est suffisante
3. Raffinement
Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.
Nous allons prendre un certain nombre de mesures pour garantir le bien-être des souris pendant leur hébergement : – contrôle de la température, humidité et rythme lumière/obscurité (12h/12h). – environnement dépourvu des nuisances sonores. – enrichissement de l’environnement (pièce en carton à utiliser comme maison, coton pour construire un nid,rouleaux en carton …) – manipulation délicate. Nous allons utiliser une échelle pour surveiller le bien-être des animaux. Cette échelle tient compte de plusieurs paramètres (poids de l’animal,posture, respiration, comportement spontané, état de la fourrure, présence de blessures, état des yeux, état du corps, réaction et mouvements après provocation, état du nid et de la cage).Une surveillance sera faite 3 jours par semaine.
Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.
Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.
Dans ce projet, nous voulons étudier les conséquences de l’environnement social en période post-natale sur la vulnérabilité/résilience des individus, nous avons besoin de travailler sur le modèle rongeur. D’une manière générale les modèles souris sont nécessaires en neurosciences pour une meilleure compréhension des mécanismes impliqués dans les maladies humaines. Il n’est pas possible d’étudier ces mécanismes chez l’Homme. Les animaux utilisés seront des souris nouveau-nées car elles seront exposées à un environnement social diffèrent pendant 21 jours afin de déterminer les conséquences de ces manipulations à l’âge adulte.