La réglementation
Agrément, personnel et inspection des établissements
Un établissement qui élève, fournit ou utilise des animaux pour l'expérimentation doit être agréé par le préfet, employer un personnel formé, désigner un vétérinaire et créer une instance interne qui suit les animaux. Les services vétérinaires de l'État l'inspectent ensuite à un rythme qui dépend de plusieurs facteurs. Ces règles, qui transposent les articles 20 à 27 de la directive 2010/63/UE, figurent aux articles R214-99 à R214-104 du code rural et dans deux arrêtés du 1er février 2013.
Comment un établissement obtient-il son agrément ?
Le préfet accorde l'agrément pour six ans, après une visite d'inspection, et peut le restreindre ou le retirer.
Le responsable de l'établissement adresse sa demande au préfet, avec un dossier qui décrit le personnel, les espèces détenues, les procédures pratiquées et les locaux (annexe I de l'arrêté sur l'agrément). Le préfet doit faire inspecter l'établissement avant de statuer, puis délivre l'agrément pour six ans. Il peut en restreindre l'étendue ou l'assortir de conditions (article R214-100). Un changement important qui risque de nuire aux animaux impose de modifier l'agrément, que le préfet peut aussi suspendre ou retirer. Toute procédure doit se dérouler dans un établissement agréé, mais un utilisateur peut être autorisé à en mener une ailleurs « sur la base d'éléments scientifiques » (article R214-99).
Quelle formation pour le personnel ?
Les personnes qui conçoivent les projets, appliquent les procédures, soignent ou tuent les animaux doivent suivre, au plus tard dans l'année qui suit leur prise de poste, une formation approuvée par le ministre chargé de l'agriculture.
L'arrêté sur les compétences des personnels prévoit que ces formations sont approuvées pour cinq ans, après avis de la commission nationale décrite sur la page des organismes nationaux. Chaque personne suit ensuite une formation continue qui représente « l'équivalent de trois jours sur une période de six ans », et ses compétences sont consignées dans un livret individuel. L'établissement tient un tableau de suivi de ces compétences.
Qui suit les animaux dans l'établissement ?
Un vétérinaire désigné conseille l'établissement, et une instance interne, composée de ses propres personnels, suit les animaux et les projets.
Chaque établissement désigne un vétérinaire, ou un expert qualifié pour certaines espèces (article R214-102), et se dote d'une « structure chargée du bien-être des animaux » (article R214-103). Cette instance réunit au moins les personnes responsables des soins aux animaux et, chez un utilisateur, une personne qui conçoit des projets. Le vétérinaire la conseille sans en être forcément membre (article 4 de l'arrêté sur l'agrément). Elle conseille le personnel, suit les projets et leurs effets sur les animaux, et conserve cinq ans les documents relatifs à ses conseils et à ses décisions. Le préfet peut autoriser un établissement « de très petite taille » à remplir ces tâches autrement.
Comment les établissements sont-ils inspectés ?
Les services vétérinaires de l'État inspectent chaque année au moins un tiers des établissements utilisateurs, et tous ceux qui détiennent des primates ou des carnivores domestiques.
La fréquence des inspections dépend d'une analyse de risque propre à chaque établissement, qui tient compte des animaux détenus, des manquements passés et des projets menés (article 5 de l'arrêté sur l'agrément). Cet arrêté reprend le minimum fixé par l'article 34 de la directive, au moins un tiers des établissements utilisateurs par an, et prévoit aussi une inspection chaque année des établissements qui détiennent des primates ou des carnivores domestiques, comme les chiens et les chats. Une « proportion appropriée » d'inspections est inopinée, mais l'arrêté ne donne aucune proportion cible. Chaque inspection donne lieu à un rapport d'inspection, adressé au responsable de l'établissement, qui le conserve cinq ans.
Le règlement (UE) 2017/625 sur les contrôles officiels, qui veut des contrôles effectués « sans préavis » sauf exception (article 9), ne s'applique pas aux inspections qui vérifient le respect de la directive 2010/63/UE (article 1er).
Le 13 mai 2026, le tribunal administratif de Rennes a annulé le refus du préfet du Finistère de faire inspecter un établissement, comme le lui demandait une association. Des manquements y avaient été relevés en 2016, mais aucune inspection n'avait ensuite donné lieu à un rapport, et l'agrément avait été renouvelé sans rapport d'inspection. Le préfet avait ainsi « méconnu son obligation de contrôle » (n° 2300260).
Le ministère de l'agriculture a publié rétrospectivement en 2026 des bilans annuels des inspections réalisées depuis 2022. Les rapports eux-mêmes s'obtiennent par des demandes d'accès aux documents, face auxquelles les autorités publiques ont tendance à résister, forçant les demandeurs à avoir recours aux tribunaux administratifs pour faire respecter leurs droits.
À paraître en janvier 2027. L'OXA publiera un rapport sur les inspections des établissements d'expérimentation animale et les manquements qui y sont constatés.
Quelles sanctions sont prévues ?
Le code rural prévoit des amendes de 450 ou 750 euros au plus, et le code pénal un délit dont la définition renvoie encore à un décret de 1987.
L'article R215-10 du code rural punit d'une amende de 750 euros au plus le responsable qui ne vérifie pas l'origine des animaux, leurs soins et leur marquage, ni la validité de l'agrément et des autorisations de projet. Il en va de même pour les normes de détention, la qualification du personnel et les méthodes de mise à mort. Ne pas pouvoir présenter les preuves de compétence du personnel ou le registre des animaux est puni de 450 euros au plus.
L'article 521-2 du code pénal punit de trois ans de prison et de 45 000 euros d'amende le fait de pratiquer des expériences « sans se conformer aux prescriptions fixées par décret en Conseil d'Etat ». Mais l'article R511-1 du code pénal, qui désigne ces prescriptions, renvoie encore au décret n° 87-848 du 19 octobre 1987, antérieur à la réglementation actuelle.
Dans les faits, les sanctions sont excessivement rares, et les services d'inspection n'ont aucun pouvoir de sanction directe. Les suites données aux inspections se limitent donc presque toujours à des lettres d'avertissement ou à des mises en demeure suivies d'un re-contrôle après quelques mois.
Sur le site
- Les décisions sur les agréments, dont celui de la plateforme Silabe, annulé à Strasbourg le 30 janvier 2024 puis rétabli par la cour administrative d'appel de Nancy le 16 juin 2026, et ceux de 17 comités d'éthique, annulés le 26 juin 2025
- Les autres recours, dont le refus du préfet du Finistère de contrôler le CEDRE
- L'accès aux documents administratifs, les occultations et les décisions sur l'accès aux documents
- Le glossaire : inspection, DDPP, structure chargée du bien-être des animaux, établissement utilisateur
Page à jour au 27 octobre 2026.