Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.
En bref (résumé court généré par IA)

24 vaches laitières Prim’Holstein vont être utilisées dans des procédures impliquant un niveau de souffrance léger, aucune tuée, toutes réintégrant ensuite le troupeau de l’établissement où elles pourront être réutilisées dans de nouvelles expérimentations. Chacune subit 16 prélèvements de sang à la veine caudale en 12 semaines, dont sept journées avec deux prises espacées de quatre heures, jusqu’à 60 mL au total ces jours-là. Le projet cherche à savoir si le fait de leur laisser ajouter deux fourrages à une ration décrite comme monotone améliore leur bien-être, ces vaches restant en bâtiment pendant toute l’expérience. Sur le remplacement, le porteur écrit qu’il est « impossible de se passer » de ces animaux puisqu’ils sont eux-mêmes le sujet de l’étude.

NTS-FR-482406v1
Types de recherche
· Éthologie / comportement / biologie animale · Oncologie · Recherche fondamentale ·
Mots-clés
Vache laitière, diversité alimentaire, choix, comportement, bien-être
Bovins : 24

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).

Dans quel but fait-on ça ?

Réponse du laboratoire :

Dans les systèmes d’élevage de bovins laitiers actuels, l’alimentation des vaches laitières peut être qualifiée de monotone car les rations qui leur sont offertes sont généralement peu complexes en termes de composition et ne varient pas ou peu dans le temps. Pourtant lorsqu’elles en ont la possibilité, les vaches laitières composent un régime alimentaire diversifié en sélectionnant, pour constituer leur ration, un large éventail de plantes dont la disponibilité et la composition biochimique varient dans l’espace et dans le temps. Cependant, la question de l’importance de la diversité alimentaire dans les systèmes d’alimentation des ruminants d’élevage n’a émergé que récemment. L’objectif est d’étudier les effets à court et moyen termes de la diversification de l’offre alimentaire sur l’ingestion, le comportement alimentaire et le statut physiologique des vaches laitières élevées en bâtiment, afin de déterminer si cela constitue une pratique d’élevage qui favorise leur bien-être. Pour cela, des indicateurs physiologiques (liés aux statuts métabolique, inflammatoire et oxydant et à la réponse de stress) et comportementaux (comportement alimentaire, motivation, comportements anticipatoires et activités) seront analysés dans la situation où les vaches laitières ont un accès individualisé à une ration complète (ration mélangée composée d’un mélange de fourrages et de concentrés) équilibrée d’un point de vue nutritionnel et considérée comme monotone, avec ou non la possibilité d’ajouter à leur régime alimentaire deux fourrages supplémentaires (un foin épié et un regain).

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).

Est-ce « inutile » ou « nécessaire » ?

Réponse du laboratoire :

Ce projet va permettre d’acquérir des connaissances sur l’intérêt de procurer une diversité alimentaire permettant à chaque individu de faire ses propres choix, pour améliorer le bien-être des vaches laitières, en analysant les données comportementales et physiologiques à l’échelle individuelle. A plus long terme, les nouvelles connaissances apportées par ce projet participeront à déterminer si les choix et la diversité alimentaire peuvent améliorer le bien-être des vaches laitières et s’il convient de favoriser leur intégration dans les pratiques d’alimentation. Les résultats de ce projet ont vocation de permettre de faire évoluer les pratiques d’élevage en faveur du bien-être des vaches laitières.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).

Le droit d'accès aux documents

Réponse du laboratoire :

Des prélèvements de sang seront réalisés au cours de ce projet (au total 16 prélèvements par vache sur une période de 12 semaines). Ces prélèvements de sang seront réalisés à la veine caudale afin de mesurer les concentrations plasmatiques d’indicateurs des statuts métabolique, inflammatoire, oxydant, de santé et de stress.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.

Les animaux souffrent-ils ?

Réponse du laboratoire :

La prise de sang est peu douloureuse et dure peu de temps (quelques secondes). Toutefois, la peau peut être légèrement sensible lorsque l’aiguille la traverse. Le volume de sang prélevé est très faible par rapport au volume sanguin total d’une vache. Certains jours précis (7 fois sur une période de 12 semaines), des prises de sang seront réalisées avant et après le repas. La réalisation de ces 2 prises de sang de façon rapprochées dans le temps (intervalle de temps entre les deux prises de sang = 4 heures) n’entraine pas de nuisance supplémentaire aux nuisances déjà décrites ci-dessus (légère sensibilité au niveau de la peau pour une durée de quelques secondes) puisque le volume prélevé de manière rapproché est très faible (maximum 60 mL pour les 2 prises de sang avant et après repas).

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.

Peut-on parler d'éthique en expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Dans le cadre de ce projet, seule une procédure légère qui n’est pas susceptible d’avoir d‘effets importants sur le bien-être et la santé des animaux sera réalisée (prélèvements de sang). Les animaux seront donc conservés, réintégreront le troupeau d’élevage de l’établissement utilisateur et pourront être réutilisés dans de nouvelles expérimentations. Ceci se fera sous la responsabilité du responsable de l’installation expérimentale. Le suivi sanitaire régulier par le vétérinaire traitant permettra de garantir que ceci est effectivement possible.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.

Comment avancer vers la fin de l'expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Ce projet vise à étudier les conséquences comportementale et physiologique du fait de donner aux vaches laitières la possibilité d’augmenter la diversité de leur régime alimentaire afin de déterminer si cette pratique permet d’améliorer leur bien-être. Les vaches laitières étant le sujet même de l’étude, il est donc impossible de se passer de l’utilisation de ces animaux pour atteindre l’objectif de ce projet.

2. Réduction

Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.

Qui est concerné ?

Réponse du laboratoire :

Le nombre de vaches laitières impliquées dans cette expérimentation a été calculé afin de garantir la possibilité de mettre en évidence des différences significatives entre les deux lots pour un risque à 5 % et une puissance de 80 %, au vu du schéma expérimental en continu et de la variabilité interindividuelle des paramètres étudiés. Un plus faible nombre d’animaux ne nous permettrait pas de mettre en évidence l’effet des traitements. Les modèles statistiques qui seront utilisés pour l’analyse des données seront des modèles linéaires généralisés mixtes qui sont adaptés à l’analyse des données répétées. Ces modèles statistiques permettront de comparer les différents indicateurs mesurés au cours du temps entre les deux lots de vaches et de prendre en compte les données mesurées pendant la période pré-expérimentale en tant que co-variable. La prise en compte des données de la phase pré-expérimentale en co-variable dans les modèles statistiques, qui revient à utiliser chaque animal comme son propre témoin, permettra d’obtenir une bonne puissance statistique du modèle d’analyse et permet de limiter le nombre d’animaux à inclure au sein de chacun des lots.

3. Raffinement

Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.

La réglementation est-elle « très stricte » ?

Réponse du laboratoire :

Ce projet sera réalisé par des personnes compétentes et habilitées à la manipulation des vaches laitières. Les vaches laitières sont habituées à être manipulées par le personnel de la ferme expérimentale et lors de ce projet, elles seront manipulées par des personnes familières réduisant ainsi leur stress. Lors de l’expérimentation, les vaches seront maintenues dans leur environnement d’élevage habituel qui est adapté à leurs besoins comportementaux, environnementaux et sanitaires (hébergement en groupe, matelas pour le couchage, alimentation et eau à volonté). Les mesures et prélèvements réalisés lors de cette expérimentation sont des prélèvements non invasifs (observation du comportement alimentaire, de la motivation, des comportements d’anticipation et des activités à l’aide de caméras, prélèvements de lait à la traite, prélèvement de poils de la queue) à l’exception des prélèvements de sang. Ces prises de sang seront réalisées au niveau de la queue qui est une zone peu douloureuse pour les vaches laitières. Le nombre de prises de sang réalisées lors de cette expérimentation sera de 16 au cours des 12 semaines d’expérimentation. Le volume de sang prélevé est très faible par rapport au volume sanguin total d’une vache.

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.

Spécisme et expérimentation animale

Réponse du laboratoire :

La question de l’intérêt de la diversité et des choix alimentaires a été abordée chez les petits ruminants. Cependant, il existe très peu d’études traitant de cette question chez la vache laitière, alors que ces dernières sont les ruminants dont les systèmes d’alimentation sont généralement parmi les plus monotones. La problématique de l’étude est donc spécifique aux vaches laitières et nécessitera de travailler avec cette espèce. Les vaches laitières utilisées dans ce projet seront de race Prim’Holstein. Il s’agit de la principale race de vache laitière fournissant du lait pour l’alimentation humaine et de la race la plus répandue en France et dans le monde. Les vaches laitières impliquées dans cet essai seront des vaches adultes en milieu de lactation (à partir d’environ 2 mois et demi de lactation). En effet, le projet vise à étudier les conséquences comportementales et physiologiques de la possibilité de diversification du régime alimentaire chez la vache laitière. L’objectif de cette expérimentation s’applique donc aux vaches laitières en lactation. De plus, les effets de la possibilité de diversification sur la qualité du lait seront étudiés par le biais d’analyse de prélèvements de lait ce qui nécessite de travailler avec des animaux en lactation. Les vaches seront en milieu de lactation au cours de l’expérimentation afin d’éviter la période du début de lactation lors de laquelle les niveaux d’ingestion des vaches ne sont pas stables en lien avec l’augmentation de la production laitière jusqu’au pic de lactation qui intervient environ 2 mois après la mise-bas.