Le contenu des résumés non techniques (RNT) est rédigé à des fins de communication par les établissements d'expérimentation animale. Ces résumés sont donc soumis, au minimum, au biais de désirabilité sociale, qui peut avoir pour conséquence de mettre en avant de manière détaillée les bénéfices attendus et de limiter les détails et la description des contraintes imposées aux animaux. Par ailleurs, n'étant pas sourcées ni soumises à une relecture par les pairs, les affirmations contenues dans les RNT sur des sujets scientifiques n'ont aucune valeur de preuve, mais fournissent des indications sur le cadre théorique dans lequel les établissements travaillent.
En bref (résumé court généré par IA)

Tous tués à la fin de la procédure pour prélever rate, branchies et intestin, 838 bars communs vont être utilisés dans des procédures impliquant un niveau de souffrance sévère. 478 d’entre eux sont infectés à la vibriose par balnéation, concentrés de vingt-quatre à quarante-deux heures dans un bac de deux litres, puis maintenus sous observation pendant deux semaines. Le porteur annonce pour cette période des effets sévères, nage anormale, isolement, couleur anormale, refus de s’alimenter, et la mort d’une partie des poissons. Il a retenu des juvéniles de deux grammes parce que c’est la taille du transfert de l’écloserie vers le pré-grossissement, un moment de stress qui les rend selon lui « plus vulnérables » aux infections, et parce qu’elle limite la quantité de solution infectieuse à préparer.

NTS-FR-207042v1
Types de recherche
· Bien-être animal · Maladies animales · Recherche appliquée ·
Mots-clés
bar commun, vibriose, pisciculture, conditions environnementales, conditions zootechniques
Loups de mer : 838

Objectifs et bénéfices escomptés du projet

Décrire les objectifs du projet.

Note de l'OXA. Cette question est celle du formulaire européen de résumé non technique. Elle est posée au laboratoire qui demande l'autorisation, et sa réponse est écrite avant que la première procédure commence (arrêté du 1er février 2013, art. 5). Ces objectifs servent à justifier l'utilisation des animaux devant le comité d'éthique. Aucun document public ne dira ensuite s'ils ont été atteints : la directive permet aux États de faire mettre à jour le résumé avec les résultats de l'appréciation rétrospective (directive 2010/63/UE, art. 43), la base européenne prévoit de les recevoir, et aucune entrée française n'en porte (base ALURES).

Dans quel but fait-on ça ?

Réponse du laboratoire :

Les pertes économiques dues aux pathogènes en élevage aquacole s’élèvent à plusieurs milliards de dollars chaque année. Parmi les maladies qui impactent l’aquaculture, la vibriose du bar est considéré comme l’une des plus importantes, engendrant des pertes pouvant aller jusqu’à 70% d’un élevage. Actuellement, les moyens de lutte classiquement utilisés sont de 2 types : les antibiotiques, dont l’usage excessif peut amener à l’émergence de bactéries antibiorésistantes, et la vaccination qui vise à stimuler les moyens de défense des poissons mais qui n’existe pas actuellement pour certaines pathologies comme la vibriose. C’est dans ce contexte que 6 partenaires industriels et institutionnels se sont regroupés autour d’un appel à projet national visant à promouvoir les activités aquacoles durables. L’objectif étant d’avoir une approche multi-échelle de la lutte contre la vibriose en aquaculture, de l’anticipation des épisodes de vibriose à la maîtrise de la persistance et de la virulence. Notre établissement se focalisera sur la compréhension des paramètres induisant des épisodes de vibriose, notamment les conditions environnementales et zootechniques. A ce jour, nous savons que le développement de la vibriose est influencé par la température de l’eau ainsi que par la gestion des élevages (densité, stress) mais les conditions précises de son déclenchement ne sont pas clairement identifiées. Mais avant de pouvoir étudier l’influence de ces paramètres sur cette zoonose, il est nécessaire de mettre au point un mode d’infection contrôlé et réaliste vis-à-vis des conditions naturelles d’infection. C’est pourquoi l’objectif de cette demande d’autorisation est de mettre au point une méthode d’infection par balnéation du bar commun à la vibriose qui permettra dans le futur d’étudier l’influence de paramètres environnementaux et zootechniques, ainsi que certains vaccins, en restant proche du mode d’infection ‘naturel’ de cette bactérie.

Quels sont les bénéfices susceptibles de découler de ce projet?

Note de l'OXA. Le formulaire européen demande les bénéfices « susceptibles de découler » du projet. Il appelle donc une projection, et il l'obtient : ce que le laboratoire écrit ici est ce qu'il espère, avant d'avoir commencé. Deux chercheuses ont repris six corpus d'études précliniques déjà menées et pesé les dommages réellement infligés aux animaux contre les bénéfices cliniques réellement obtenus : moins de 7 % de ces études ressortaient défendables (Pound et Nicol, 2018).

Est-ce « inutile » ou « nécessaire » ?

Réponse du laboratoire :

Cette étude permettra à cours terme de travailler sur les moyens de traitements de cette pathologie chez le bar (ex : vaccin) et d’étudier l’influence de différents paramètres environnementaux ou zootechnique sur son apparition.

Nuisances prévues

À quelles procédures les animaux seront-ils soumis en règle générale?

Note de l'OXA. La formule « en règle générale » autorise une réponse générale, et c'est l'un des points sur lesquels les examens de qualité trouvent ces documents défaillants. Cruelty Free International a établi en 2018 que les résumés allemands et britanniques, les seuls examinés à ce jour, décrivaient mal ce qui est fait aux animaux et ce que ceux-ci pourraient éprouver (Taylor et al., 2018). L'adoption d'un modèle commun européen a nettement amélioré le premier point, à peine le second (Taylor et al., 2024).

Le droit d'accès aux documents

Réponse du laboratoire :

Les juvéniles de bars seront soumis à une infection de vibriose par balnéation (478 individus concernés) dont la durée sera comprise entre 24 et 42h. Chaque poisson sera pêché à l’épuisette 2 fois, quelques secondes. La première fois servira au transfert d’un aquarium vers le bac de balnéation, et la seconde servira au transfert du bac de balnéation vers l’aquarium. Suite à cela, les poissons seront maintenus et observés pendant 2 semaines.

Quels sont les effets/effets indésirables prévus sur les animaux et la durée de ces effets?

Note de l'OXA. C'est l'endroit du document où les animaux devraient apparaître, et c'est celui qui résiste. Cruelty Free Europe a mesuré en 2024 que cinq des six éléments attendus sur les dommages prévus progressaient depuis l'adoption d'un modèle commun européen. Les effets indésirables sont le sixième : 41 % des résumés allemands et 48 % des britanniques les décrivent complètement. Les auteurs relèvent aussi des effets présentés comme minimes sur des projets classés modérés ou sévères (Taylor et al., 2024). Ces deux pays sont les seuls dont les résumés ont été examinés. Les résumés français relèvent du même modèle européen, et leur qualité n'a jamais été mesurée.

Les animaux souffrent-ils ?

Réponse du laboratoire :

Un stress léger de moins d’une minute pourra survenir lors de la pêche des individus au sein de leurs aquariums pour leur transfert dans le bac de 2 litres. De surcroit, un stress léger de 24 ou 42 heures, en fonction des lots, pourra intervenir lors des infections par bain lié à la concentration des poissons dans un bac d’un volume inférieur à celui des aquariums. De plus, au cours des 2 semaines suivants cette infection, les bars pourront être soumis à des effets indésirables d’intensité sévère tels que l’apparition de signes cliniques (nage anormale, isolement, couleur anormale, manque de réactivité, absence d’alimentation) ou une mortalité de certains poissons.

Justifier le sort prévu des animaux à l’issue de la procédure.

Note de l'OXA. Le formulaire demande de justifier ce sort, non de le décrire. L'analyse dommage-avantage que la directive impose au comité d'éthique porte sur « la souffrance, la douleur et l'angoisse » infligées aux animaux (directive 2010/63/UE, art. 38). Quand ce sort est la mise à mort, celle-ci ne figure donc pas parmi les dommages que le comité met en balance avec les bénéfices annoncés. L'OXA écrit « mise à mort » plutôt que « sacrifice », qui emprunte au registre du don consenti, ou « euthanasie », qui désigne une mort décidée dans l'intérêt de celui qui meurt.

Peut-on parler d'éthique en expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Tous les animaux seront mis à mort à la fin de la procédure pour la réalisation de prélévements de rate, branchies et intestin.

Application de la règle des "3R"

1. Remplacement

Note de l'OXA. La directive demande au résumé « une démonstration de la conformité » aux exigences de remplacement, de réduction et de raffinement (directive 2010/63/UE, art. 43). C'est donc le demandeur qui démontre sa propre conformité, dans le document même qui sollicite l'autorisation. Cette démonstration peut prendre la forme d'une affirmation qu'aucune méthode de substitution n'existe, que le document n'a pas à sourcer. Ces trois exigences sont par ailleurs subordonnées à l'objectif du projet : elles cherchent à remplacer les animaux dans un projet donné, elles n'interrogent pas ce projet.

Comment avancer vers la fin de l'expérimentation animale ?

Réponse du laboratoire :

Il n’existe pas, à notre connaissance, d’expérimentations déjà décrites dont le but est d’identifier les conditions environnementales et zootechniques « optimales » dans lesquelles la vibriose se développe en élevage de bar commun. Pour ce type d’approche, il n’existe pas aujourd’hui de méthodes alternatives à l’expérimentation animale.

2. Réduction

Note de l'OXA. La réduction dont il est question ici porte sur le nombre d'animaux par groupe expérimental, calculé pour que l'analyse statistique tienne. Le total annoncé dans la fiche est une estimation portant sur une autorisation de cinq ans au maximum (code rural, art. R214-123) : il ne dit pas combien d'animaux seront effectivement utilisés, et il ne se rapporte pas à une année.

Qui est concerné ?

Réponse du laboratoire :

Le nombre de 838 individus a été réduit à son maximum tout en permettant, pour chaque modalité testée, d’étudier les bars dans des conditions de maintenance optimales. En effet, le bar européen étant grégaire à ce stade de vie, le nombre d’animaux par aquarium répond à cette contrainte. Afin de limiter autant que possible le nombre d’animaux utilisés dans cette demande de projet, il est prévue de réaliser les tests d’infections de la procédure 1, les uns après les autres en commençant par la concentration la plus faible. Ainsi, dès que des symptômes seront identifiés, cette procédure sera interrompue, et la procédure 2 commencée. Ce nombre d’animaux permettra de réaliser des analyses statistiques validant le développement de la maladie.

3. Raffinement

Note de l'OXA. Le raffinement nomme une amélioration technique de la procédure, sans dire ce qu'elle change pour l'animal qui la subit. La réglementation impose d'atténuer la douleur, dans une limite qu'elle inscrit elle-même : « pour autant que cela soit compatible avec la finalité de la procédure expérimentale » (code rural, art. R214-109). Ce qui reste de souffrance après cette limite est autorisé. Le raffinement ne porte par ailleurs que sur la procédure : les souffrances de la captivité elle-même, confinement, bruit, lumière, manipulations d'entretien, ne relèvent d'aucun des trois R.

La réglementation est-elle « très stricte » ?

Réponse du laboratoire :

Ce projet comporte des points limites stricts et spécifiques du projet. Il a été conçu pour minimiser les dommages causés aux animaux, ainsi que pour réduire ou maximum toutes manipulations sur ceux-ci. Tout d’abord, les bars réceptionnés subiront une acclimatation progressive d’1°C par jour pour passer de 19°C (température à laquelle ils sont maintenus à l’écloserie) à 22°C, puis de 0,5°C par jour afin de passer de 22°C à 24°C (température à laquelle la vibriose se déclare le plus souvent chez le bar). Ensuite, les pêches pré- et post-infection des poissons seront très brèves (quelques secondes) et l’infection se fera par balnéation dans une bac avec couvercle et apport d’oxygène dissous par bullage. Cette infection par balnéation vise à être peu dommageable et intrusive pour les bars. Des tables de suivi de soins et de bien-être des animaux seront mises en place. De plus, les conditions d’hébergement des animaux viseront à être optimales et leur environnement sera enrichi pour être adapté à leurs besoins (couvercles sur les aquariums, luminosité diminuée, effet de groupe, bullage).

Expliquer le choix des espèces et les stades de développement y afférents.

Note de l'OXA. Le dossier d'autorisation demande de justifier l'origine des animaux, leur espèce, leur nombre estimé et leur stade de développement (arrêté du 1er février 2013, art. 5). La justification attendue est technique : elle porte sur l'adéquation de l'espèce à l'objectif poursuivi. Ce que l'appartenance à une espèce autorise à faire subir à un individu est une question morale, et le formulaire ne la pose pas. L'appartenance à une espèce, prise seule, ne fonde pourtant pas de différence de statut moral entre des individus également capables de souffrir.

Spécisme et expérimentation animale

Réponse du laboratoire :

L’espèce choisie est le bar commun. Le choix de cette espèce a été faite car il s’agit d’une espèce aquacole de premier plan. En effet, il s’agit de la première espèce d’élevage marin en France et de la deuxième en Europe. De plus, l’étude s’intéresse spécifiquement aux conditions de développement de la vibriose dans des conditions potentielles d’élevage de cette espèce. Les animaux utilisés seront de jeunes bars communs de 2 grammes. Cette taille correspond à celle à laquelle les juvéniles sont transféré du site de l’écloserie vers celui de pré-grossissement, ce qui engendre un stress les rendant plus vulnérables à d’éventuelles infections. De plus, cette taille d’animaux permet de réaliser les infections par balnéation dans des conditions optimales, tout en limitant la quantité de solution infectieuse nécessaire.